N° 15, février 2007

Les cérémonies du mois de Moharram et du jour de l’Ashoura, évolutions historiques et diversité géographique


Mortéza Johari
Traduit par

Maryam Devolder


Le Ta’ziyeh est un ensemble de représentations religieuses qui s’inspirent des événements du jour de l’Achoura , dont le sens est capital dans la spiritualité chiite. Il s’agit du martyre de l’Imam Hossein et de ses fidèles partisans qui furent assassinés par les troupes de Yazid, fils de Mohavieh et calife ommeyade, pendant le mois de Moharram de l’année 565 de l’hégire (1186). Le Ta’ziyeh est une représentation théâtrale de ces événements, accompagnée de complaintes et de récits religieux.

Le Ta’ziyeh dans l’Histoire

Ce théâtre populaire à des racines historiques profondes en Iran et à l’origine, il s’agissait d’un mime où des acteurs à pied ou à cheval et habillés en costumes d’époque exécutaient un spectacle qui se transforma peu à peu en un mélodrame déclamé et chanté. Le mot " Ta’ziyeh " signifie à l’origine deuil et lamentations, mais il devint par la suite synonyme de théâtre religieux, mais pas seulement dans le sens d’un théâtre triste car actuellement, il existe également des représentations humoristiques qui ont le même nom.

Le premier livre qui servit de support à ces représentations fut le Maghtal Nevis, qui est le récit des épreuves des disciples de l’Imam Hossein. Cependant, l’expansion du Ta’ziyeh en Iran est avant tout due au livre Le récit des martyrs de Mollah Hossein Vâhez-e Kâchefi, au IXe siècle de l’hégire (XVIe siècle).

Après être arrivé au pouvoir en 334 de l’hégire (955), Ahmad Ben Bouyeh, dit Ma’z-o-dolleh, prit Bagdad. C’est le calife Al-Mostakfi qui lui avait donné ce surnom et à partir de cette époque, tous les califes Abbassides respectèrent en pratique les ordres des princes Al-e-Bouyeh. Après avoir pris Bagdad, Ma’z-o-dolleh, qui était chiite, ordonna que le dixième jour du mois de Moharram de l’année 963 de l’ère chrétienne devienne un jour férié pour le bazar et qu’il deviennent un jour de deuil où les chiites seraient invités à participer aux cérémonies de la célébration du martyre de l’Imam Hossein. Cela n’était pas dans les habitudes de Bagdad, et les sunnites considérèrent cette innovation comme un sacrilège. Cependant, personne ne put voir Ma’z-o-dolleh pour discuter de cette affaire qui fut alors classée. Cela dura jusqu’à la disparition de la dynastie des Bouyeh qui régnait au sud de l’Iran et en Irak. Les chiites accomplissaient ces cérémonies de deuil pendant les dix premiers jours du mois de Moharram, dans toutes les villes. Cela dura pendant des siècles à Bagdad jusqu’à l’arrivée des Seljukides, qui marqua une évolution dans ces cérémonies et les représentations de Ta’ziyeh.

Au début, il s’agissait de cortèges qui avançaient lentement en se frappant la poitrine ou en se flagellant au rythme des tambours et des cymbales. Des emblèmes symboliques qui ressemblaient à des emblèmes de guerre étaient portés, accompagnés de chants repris en chœur et de récits psalmodiés des épreuves et du drame de Karbalâ. Peu à peu, les chants disparurent pour laisser place à un lecteur racontant sur un fond sonore de tambour et de cymbales, les événements de cette journée aux spectateurs. Peu à peu, les emblèmes devinrent plus nombreux et plus diversifiés. Les narrateurs s’habillèrent à la manière des héros de ce récit, les dialogues apparurent et des groupes de Ta’ziyeh se constituèrent en groupes de professionnels, surtout en Iran, où le chiisme était religion d’Etat. Les "acteurs" abandonnaient leur métier pendant les deux mois de Moharram et de Safar pour se consacrer aux représentations du Ta’ziyeh qui étaient financées par les commerçants du quartier ou divers mécènes. Les textes du Ta’ziyeh contemporains s’inspirent, en grande partie, des dialogues de ces anciens Ta’ziyeh qui généralement n’étaient pas transcrits. Il s’agissait de poèmes et de textes, distribués en fonction du tour d’apparition sur scène. Les noms de leurs auteurs ont malheureusement disparu. Ces représentations comme nous l’avons dit, concernaient en général les cérémonies de deuil bien que nous ayons certaines représentations humoristiques comme "la mariée de Quraysh", "Salomon et Bergheys", "Amir Teymour" et "Vali-e Shâm", etc. qui étaient jouées à certaines occasions, pour un public tant féminin que masculin.

Les scénarios et les dialogues étaient très simples et très précaires. Par exemple, "La mariée de Quraysh" met en scène l’histoire de femmes idolâtres de la tribu Quraychite et de la cérémonie d’un mariage où la fille du Prophète était invitée. Au début, Fâtemeh refuse de participer à ce mariage mais à cause de l’insistance des femmes de Quraysh et sur le conseil du Prophète, elle accepte finalement cette invitation. La mariée s’évanouit à la vue de Fâtemeh, la fille du Prophète, vêtue d’une parure offerte par les anges. Grâce aux prières de la noble invitée, la mariée revient à elle et se convertit à l’islam ainsi que les autres femmes de la famille.

A l’époque de Nâser-e Din Shâh, le Ta’ziyeh atteint son apogée. Les représentations ont alors lieu sur les grandes places et les événements de Karbalâ y sont rapportés dans leur suite chronologique, sous des chapiteaux dont le plus célèbre était le Tekieh de Dolat. Cette représentation était pour les "acteurs" l’occasion de prouver leur foi et leur attachement aux Membres de la Demeure prophétique. Il s’agissait de volontaires qui, s’ils recevaient quelquefois un "salaire" en guise de remerciements, considéraient ce spectacle comme une bonne action qui leur servirait dans l’au-delà.

La scène était carrée et les spectateurs s’asseyaient tout autour. Les acteurs étaient toujours des hommes, et les rôles de femmes étaient tenus par des jeunes gens impubères. Quelquefois, des petites filles de moins de neuf ans participaient au spectacle, et dans la ville de Boushehr au Sud de l’Iran, les rôles féminins étaient tenus par des femmes.

Comment se déroule le Ta’ziyeh ?

Les personnes jouant le rôle des prophètes et de leurs partisans sont vêtus de vert, et ils lisent leur texte qui est en général composé de poèmes. Les répliques des opposants qui sont quant à eux des harangueurs rudes et tranchants vêtus de rouge, sont très violentes.

A l’époque de Nâser-e-Din Shâh, le groupe le plus célèbre était le "Daste Shâhi", qui regroupait les meilleurs chanteurs de l’époque. Pendant les deux mois de deuil, les agents du gouvernement recrutaient les gens qui avaient une belle voix aux quatre coins du pays pour les faire participer aux Ta’ziyeh de Téhéran. Des instruments de musique, des trompettes, des tambours, des cymbales et des flûtes étaient utilisés, et des chameaux participaient au spectacle qui se déroulait dans une symbolique connue du public : le bol d’eau était le symbole de la source ou de la rivière, le drapeau noir était le symbole du deuil et le tour de la scène signifiait un parcours ou le déplacement d’un personnage.

Un "metteur en scène", le chef du Ta’ziyeh, était responsable du décor et de la préparation des textes. Il connaissait parfaitement les différents registres musicaux et avait parfois un rôle dans le spectacle. Il était en quelque sorte "un chef d’orchestre" qui dirigeait à la fois les acteurs et la musique. Concernant le texte même du Ta’ziyeh, il comprend beaucoup de termes techniques et d’expressions propres à ce genre littéraire et au personnage qu’il représente. En outre, il se peut qu’un acteur joue plusieurs rôles si les autres participants ne sont pas assez nombreux ; enfin, il y a aussi des figurants qui jouent le rôle des anges ou d’animaux sauvages, comme celui du lion.

Le Ta’ziyeh religieux

Dans son ensemble, le Ta’ziyeh est l’expression du combat entre le bien et le mal, le combat entre deux forces, celle de l’obscurité et celle de la lumière. Ce genre fait partie de l’art religieux en ce sens qu’il est la représentation de récits particuliers à l’Histoire religieuse. Ce genre de représentation a existé dans la grande majorité des religions, cependant, le Ta’ziyeh, à cause de son aspect spirituel et de ses particularités islamiques, s’est fixé dans un genre qui renonçait à toute évolution, tant au niveau du texte qu’au niveau de la représentation et de l’évocation des points historiques ou sociaux. Cela le distingue donc de la forme qu’il a prise dans la chrétienté, tant au niveau dramatique qu’au niveau des sujets qu’il concerne. Dans le drame religieux de la Grèce antique, le centre du drame est dans le conflit des dieux, qui devient dans le théâtre contemporain, un conflit entre humains. Dans les dramaturgies grecques et du Moyen âge, les gens se faisaient la guerre et c’était l’un ou l’autre qui l’emportait. Le combat entraînait la victoire ou la défaite, or, dans le drame religieux iranien, le personnage est soumis à un destin qui le conduit. Son unique résistance est la condamnation de l’oppression qu’il subit, l’oppression dont il est la victime, et contrairement aux drames religieux européens du Moyen-âge qui furent influencés par le drame de la Grèce antique, il ne s’agit pas d’une oppression individuelle mais d’une oppression collective, historique et philosophique.

Ainsi, en Iran, le Ta’ziyeh met en avant le conflit entre les "Olia" et les "Ashghia", qui tourne toujours au profit de ces derniers. Cependant, la victoire n’est qu’apparente car dans l’esprit des spectateurs, ce sont toujours les "Olia" qui sont vainqueurs parce qu’ils appellent à la victoire finale de l’autre monde. Il s’agit de la représentation de la situation des spectateurs eux-mêmes qui, en apparence, sont les perdants dans le contexte politique et social de ce monde. L’oppression des personnages est la même que celle des spectateurs qui projettent leurs idéaux et leurs revendications dans ceux des personnages du Ta’ziyeh.

Le Ta’ziyeh devient ainsi le seul genre artistique en Iran qui puisse refléter les préoccupations de la société, dans toutes ses dimensions sociales, philosophiques et psychologiques. Vivre ensemble dans un pays comme l’Iran où l’eau joue un rôle vital fait naître une communauté de source. Au moindre point d’eau, se constitue un village, dans la plus grande pauvreté. L’assèchement entraîne un exode sans relâche pour trouver l’eau, dans une tragédie qui scande toute l’Histoire de l’Iran et renaît dans le drame de Karbalâ. Le drame du martyr Abbâs est ainsi le drame d’une quête de l’eau dans le désert de Karbalâ ; une tragédie qui s’organise autour de la recherche et du manque d’eau, une véritable "Tragédie de l’eau".

Le drame du Ta’ziyeh est donc un drame qui sort du cadre courant où le texte et sa valeur littéraire passent en premier lieu. Dans le Ta’ziyeh, la poésie est une poésie populaire, qui n’est pas récitée par des professionnels de la cour. Or, ce style qui passe pour un style mineur à cause de sa simplicité littéraire et psychologique et du fait des termes populaires qui le colorent, devint le style privilégié du Ta’ziyeh. Il permettait une communication facile entre acteurs et spectateurs, ainsi décrite par Gobineau :

"Le Ta’ziyeh est un mode de discours occidental mais ne répond pas aux nombreuses règles et aux nombreux artifices du poème iranien. Les acteurs recherchent moins leurs mots que les poètes, ce qui importe c’est l’expression des sentiments, l’expression la plus vivante et la plus rapide. La langue du Ta’ziyeh est celle des couches sociales défavorisées, la langue de tous les jours, comprise par tous, même les enfants..."

Il ne s’agit donc pas d’une langue affectée et incompréhensible, mais d’une langue sincère, poétique, remplie de finesse et de beautés naturelles et capable, quand c’est nécessaire, d’exprimer les sentiments les plus durs et les plus précis. En outre, l’acteur a une liberté d’expression très large qui lui permet parfois d’incorporer aux poèmes des éléments qui disparaissent dans le dialogue et dont le style n’est pas très littéraire, comme c’est le cas dans les styles "Polutus" et "Tarans".

Le rôle de la musique dans le Ta’ziyeh

Ce n’est pas sans raison qu’on a parfois qualifié le Ta’ziyeh "d’opéra tragique". Abdollâh Mostofi écrit au sujet du rôle de la musique dans la représentation du Ta’ziyeh :

" Le Ta’ziyeh a permis la mémorisation et la transmission de certains chants nationaux. La voix est très importante dans le Ta’ziyeh, car une belle voix peut mieux émouvoir les spectateurs. Ces chanteurs suivent un enseignement auprès d’un professeur de chant qui connaît les registres musicaux et certains ont fait une percée dans le domaine artistique et musical par le biais du Ta’ziyeh."

Les différentes formes de Ta’ziyeh

Il existe des centaines de Ta’ziyeh, notamment le Ta’ziyeh du verger de Fadak (qui décrit l’usurpation de ce verger par le deuxième calife), celui du trône de Salomon, de la vente de la palmeraie (l’imam Ali y vend une palmeraie et fait don de l’argent de cette vente aux orphelins et aux démunis), ou encore du pillage des tentes qui présente les événements qui suivirent l’assassinat de l’Imam Hossein.

La disparition de Nâser-e-Din Shâh, mécène du Ta’ziyeh en Iran, marqua le déclin de ce genre de représentations. De fait, le désintérêt des rois qui lui succédèrent pour ce genre artistique et les remous politiques du mouvement constitutionnel aboutit à un certain oubli de ce genre de représentations. En outre, de nombreux religieux et personnalités des centres d’enseignement islamiques n’étaient guère favorables à ce genre théâtral qui mettait en scène les Imams. Le Ta’ziyeh disparut donc peu à peu du programme des cérémonies de deuil du mois de Moharram et des préoccupations gouvernementales, pour ne conserver que les cortèges funèbres où parfois des réminiscences du Ta’ziyeh dans les caravanes de prisonniers faisaient une faible apparition. Aujourd’hui, le Ta’ziyeh ne fait plus partie des cérémonies de deuil du mois de Moharram, mais certaines représentations sont mises au programme des manifestations culturelles en Iran et à l’étranger.


Les cérémonies du jour de l’Achoura


Les cérémonies de l’Achoura ne sont pas exclusivement réservées aux chiites, et durant le mois de Moharram, d’autres confessions incluant même les non musulmans participent parfois aux cérémonies de deuil. Tous les ans, pendant les dix premiers jours de Moharram et spécialement le neuvième et le dixième jour, les Iraniens oublient leur préoccupations quotidiennes pour se consacrer aux cérémonies de deuil en souvenir du martyre de l’Imam Hossein et de ses partisans. Chacun essaye, dans la mesure de ses moyens, de participer à l’organisation de ces cérémonies. Des cortèges d’hommes vêtus de noir déambulent dans les rues au son des tambours rythmés par le frappement des poitrines et des chaînes et précédés par des porte-drapeaux et des groupes de musique funèbre. Les femmes et les enfants suivent les cortèges de deuil de l’Imam, et pleurent les souffrances des prisonniers de Karbalâ. D’autres groupes distribuent des sirops et des aliments aux participants du défilé et les aspergent d’eau de rose, sous le regard des spectateurs qui remplissent les rues. Le programme se termine en général par un repas offert aux participants à la mosquée ou chez des particuliers.

Les emblèmes du cortège funèbre

Les objets utilisés dans ces cortèges ont une valeur symbolique, comme les mains d’étain ou de cuivre qui symbolisent les deux mains coupées du martyr Abal-Fazl. Les chaînes constituées de fines chaînes en grappes, attachées à une poignée de bois, sont utilisées par les participants pour se frapper successivement les deux épaules ou la tête. Ces chaînes ont une épaisseur différente en fonction de l’âge. Cette grappe de chaînes dont la disposition ressemble à celle des branches d’arbre, de plus en plus courtes à mesure qu’on approche du sommet, peut atteindre vingt centimètres et pèser jusqu’à un kilo.

Les "emblèmes symboliques" du jour de l’Achoura

Les emblèmes symboliques utilisés par les chiites le jour de l’Achoura sont des perches de cinq ou six mètres surplombées de la main symbolique ou de tissus de couleurs. D’autres emblèmes évoquent le sanctuaire de l’Imam Hossein, sa coupole et ses minarets, à Karbalâ. Des formes d’oiseaux ou de pigeons représentent l’Imam Hossein, l’Imam Hassan et les autres Imams. En outre, un emblème appelé "alam" vient en tête du cortège. Il était auparavant orné d’inscriptions calligraphiques et de motifs de dragons à la bouche ouverte. Cet alam faisait quelquefois trois mètres de large et avait en général onze motifs en forme de langues, dont celle du milieu était plus haute. Les représentations de pigeons, de paons, de tulipes, de dômes et d’autres motifs ornaient également à intervalles réguliers la largeur du alam. Au centre de l’ensemble, le porteur du alam plaçait le piquet central du alam dans une large ceinture de cuir, faisant avancer et s’incliner le alam devant les emplacements sacrés des chiites. Les emblèmes de ce genre étaient très importants en temps de guerre.

Ces cérémonies du mois de Moharram sont très courantes en Iran. Cependant, dans d’autres pays musulmans comme en Irak, nous retrouvons les mêmes coutumes, où ces cérémonies, grâce à la participation des oulémas, revêtent un plus grand intérêt.

Elles furent cependant gravement réprimées au cours de ces vingt dernières années par le régime bassiste. La chute de Saddam en 2003 a néanmoins permis une renaissance des cérémonies du jour de l’Achoura et s’est traduite par une participation encore plus accrue des Irakiens au souvenir du martyr de l’Imam Hossein. Dix jours avant le jour de l’Achoura, les Irakiens se préparent à cet événement en nommant chaque jour du nom de l’un des martyrs. Tous les soirs, après le rappel des épreuves de l’Imam Hossein et des membres de sa famille, les groupes en deuil brandissent des épées dans des mouvements réguliers au son des tambours, afin de commémorer son martyre. Le jour de l’Achoura, ils se rendent dans les mosquées et les mausolées, pour célébrer l’anniversaire du martyre de l’Imam, sous la direction d’un religieux expérimenté qui récite les différentes étapes de cet événement jusqu’à midi où un repas spécial - souvent un plat de riz accompagné de viande et de pois - est distribué gratuitement aux participants.

Au Bangladesh, le jour de l’Achoura est également très important. Les habitants du Nord-Est sont réputés pour leur respect des membres de la famille du Prophète, particulièrement "les cinq personnalités du manteau". Les habitants de près de trente villages se rejoignent lors de processions à pied pour célébrer l’anniversaire des funérailles. Bien que sunnites, les musulmans de cette région jeûnent ce jour-là et déambulent les pieds nus dans les rues, en l’honneur du martyr de Karbalâ. Avant les sermons, les participants, hommes et femmes, se joignent en groupes pour réciter chants et lamentations au rythme des coups qu’ils se donnent sur la poitrine. Ces chants traditionnels se transmettent depuis des centaines d’années sous forme de manuscrits conservés comme des trésors folkloriques dans chaque village. Le jour de l’Achoura est férié au Bangladesh et le président et le premier ministre font un discours spécial diffusé à la radio et à la télévision, qui émettent également des programmes spéciaux et des sermons religieux. Ce jour est pour eux un jour de jeûne et de tristesse, et certains musulmans jeûnent même pendant les dix premiers jours du mois de Moharram.

En Afghanistan, surtout dans les villes de Harat, Kaboul et Mazâr-e Sharif, le mois de Moharram revêt une tonalité particulière. Chaque région a un modèle particulier pour célébrer l’anniversaire de cet événement auquel participent les chiites et les sunnites. Les cérémonies sont ponctuées par des repas offerts gracieusement par des commerçants.

En Albanie, pays européen qui compte de nombreux chiites, cette fête est également célébrée. Sa capitale, Tirana, est en deuil et les membres de la communauté chiite se rejoignent en dehors de la ville sur une colline sacrée appelée la colline d’Hazrat Abbâs.

Le président de la république et les membres du gouvernement participent aussi aux cérémonies, à cette marche funéraire, aux prêches de ce jour et au repas spécial distribué aux participants.

Quel que soit leur forme et le lieu où elles se déroulent, ces cérémonies sont organisées afin de rappeler que l’imam Hossein s’est soulevé pour Dieu et pour des valeurs telles que la dignité humaine, le respect de la prière, du jeûne, du pèlerinage et de l’aide islamique, et dans le but de souligner la nécessité de prêter main forte aux opprimés et aux déshérités.

Sources


1. Taziyeh en Iran, Sadegh Homayouni.

2. Les hommes et les attraits de l’Iran, traduit par Gholamreza Samiei.

3. Les Iraniens, Abdol’hosein Saeidian.

4. De la Marsiyeh à la Taziyeh, Gholamreza Goli Zavareh.


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