N° 33, août 2008

Le masque dans la société béninoise


Odile Puren


Odile Puren est une passionnée des recherches sur les cultures africaines, notamment celles de son pays d’origine, le Bénin. Après des études supérieures de théâtre à Paris III, elle soutient brillamment à la Sorbonne une thèse de théâtre. Elle fait sa première publication partielle sur le site internet de la bibliothèque de France.

Ce compte rendu a été rédigé à la suite d’une conférence-débat organisée par Odile Puren, consacrée au thème des masques sacrés du Bénin, qui s’est déroulée à Téhéran le 29 mai dernier.

Masque “Guèlèdè”, il symbolise le “ELEGBA”. Il sort avant tous les masques de jour “Guèlèdè”.
Photos : Odile Puren

Le Bénin est l’un des Etats d’Afrique de l’Ouest. Il est limité au Nord par le Niger et le Burkina Faso, au Sud par le Golfe du Bénin, à l’Est par le Nigéria et à l’Ouest par le Togo.

La principale source de richesse du Bénin est l’agriculture. La République du Bénin (anciennement le Dahomey) est différente du royaume du Bénin, fondé au XIIe siècle après J.-C. par les Edos, dans le sud-ouest du Nigéria (à 170 km à L’est d’Ifè). Il a connu son apogée au XVIIIe siècle.

Il existe, au Bénin, deux sortes de sociétés de masques : la société à moitié secrète et la société secrète. La première est représentée par le guèlèdè et la deuxième par le oro, le koutito et le zangbéto. Les masques de ces sociétés sont fabriqués dans le pays, par des initiés, sur la demande du chef de la société concernée. Ils sont utilisés dans différentes circonstances telles que les cérémonies annuelles des fétiches de ces sociétés, celles de l’initiation des nouveaux adhérents, les fêtes agricoles, l’exorcisme des mauvais esprits, la guérison et le divertissement. Dans ce dernier cas, le porteur du masque se conduit comme un bouffon pour faire rire le public, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il rompt avec le monde des esprits.

Il est nécessaire d’abandonner tout esprit cartésien si l’on veut appréhender le monde du masque au Bénin dans sa dimension totale.

Les sociétés de masques du Bénin sont essentiellement animistes, mais leurs adeptes sont aussi bien des athées que des individus venant de toutes les religions.

Masque “Koutito”-chef. Le “Koutito”-chef, debout sur un mortier, invoque les esprits pour que la fête se déroule sans incident.

La société guèlèdè est dirigée par un groupe de femmes dont le titre le plus élevé est Iyalashè (iya = mère et lashè = permission). Iyalashè est la femme qui détient la position-clé de la sorcellerie. Elle est le chef suprême qui ordonne la danse guèlèdè. C’est elle seule qui a le pouvoir de commander ou de décommander les actions des forces occultes. Elle supervise tous les cultes fétichistes, ses adeptes, et dirige la vie sociale de tout le village.

De nos jours, Iyalashè est aidée dans ses fonctions par Babalashè (baba = père et lashè = permission).

Les Nago et les Yoruba (ce sont des ethnies du Bénin et du Nigéria) pensent que la femme a deux forces : une positive et une négative. Cette dernière est aussi appelée ajè. Si les femmes dirigent la société guèlèdè, les masques, eux, sont portés par les hommes pour implorer la bonté de ces dernières. Selon certains membres de la société guèlèdè, le guèlèdè serait le tribut à payer aux pouvoirs mystiques des femmes dont il faut se protéger et qu’il faut apaiser, voire même changer, transformer en puissance bénéfique pour la société : "Nous dansons pour apaiser nos mères, pour leur plaire…" déclarent-ils. On adhère donc à la société guèlèdè pour se protéger :

- de la sorcellerie,

- de la maladie,

- de la mort,

- pour assurer son propre épanouissement.

Oro est la société de masque la plus secrète et la plus redoutable de la République du Bénin. Cette société est réputée pour son agressivité vis-à-vis des sorcières (appelées aussi "nos mères" ou encore ajè). On y adhère pour les mêmes raisons, évoquées plus haut.

La tradition dit que oro possède la nuit et le jour.

Il dispose d’un messager qui informe le village, à proximité duquel il (le oro) "vit" de sa volonté de sortir. Ce messager est toujours suivi d’un fils adoptif de oro. Ce dernier en possède plusieurs. Les non-initiés ne voient que ses fils adoptifs, son messager et son interprète.

Le mot oro désigne à la fois le masque masculin, le masque féminin et les masque pour les enfants. Mais en général, lorsque l’on parle de oro, on pense au masque mâle.
Masques “Guèlèdè” de pobè.

Le koutito est l’un des masques sacrés du Bénin. Le mot koutito signifie "revenant" en fon. C’est l’âme d’un mort qui revient de l’au-delà rendre visite aux siens. Il désigne également le costume et le masque (en tissu), faits d’une pièce, puis le porteur. La société de koutito, tout comme celles de oro et de guèlèdè, est originaire du Nigéria. Il est formellement interdit à quelqu’un qui n’est pas initié de toucher le masque parce que le tissu d’un défunt ne doit pas toucher un vivant. Le koutito est de temps en temps sollicité par l’administration pour rehausser l’éclat d’une fête.

Le zangbéto est aussi l’une des sociétés secrètes du Bénin. Zangbéto signifie en fon, le gardien de la nuit (zan = nuit, gbéto = gardien). Il était plus précisément l’agent de police du roi, chargé d’assurer la sécurité publique de la ville de Porto-Novo - capitale du Bénin, située au sud-est du pays - pendant la nuit.

Le zangbéto est le seul masque originaire du Bénin.

Aujourd’hui, il sort généralement le samedi, mais il a d’autres occasions de sorties :

- La nuit, pour garder le village ou le quartier de ville dont il est issu, en cas de vols fréquents. Les auteurs sont souvent arrêtés par le zangbéto et remis à la police.

- Lors du décès de l’un de ses adeptes.

- A l’occasion des fêtes de fin d’année.

- Parfois à Pâques pour distraire la population du village ou du quartier.

On rencontre les sociétés de zangbéto dans le Sud et le Centre du Bénin.

Le masque au Bénin transforme l’individu qui le porte et lui permet de concrétiser le surnaturel dans la vie des hommes. Le porteur laisse la place devant le double qu’il anime, grâce à sa sensibilité, son intuition et ses émotions. C’est en cela qu’il peut être assimilé à un acteur de théâtre. De plus, les costumes, les masques, les chants et la danse participent à cette théâtralité.

Tous les masques se trouvant dans les musées sont désacralisés.

Aujourd’hui, des partis politiques se servent du guèlèdè pour faire de la propagande pour leur dirigeant lors des élections présidentielles.

Au Bénin, on ne peut parler de masque sans penser à l’animisme, car l’art et la religion sont étroitement liés. Chaque société de masques a des règles très strictes que nul ne peut enfreindre sous peine de mourir. Les sociétés de masques ont chacune un langage, un code, des signes et une loi dont les initiés gardent le secret.


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