Le café moderne - lieu public où les clients peuvent consommer des boissons - est en réalité le résultat de la métamorphose des anciens magasins qui vendaient du café. Ces magasins se sont transformés peu à peu en "Maison de café" (en persan : Ghahveh-Khaneh قهوه خانه ) car ils commençaient à servir du café aux clients.

C’est en premier dans la péninsule arabique que le café est devenu un produit populaire. C’est pourquoi les premières maisons de café apparurent d’abord en Arabie. La consommation du café s’est ensuite propagée en Egypte, en Syrie, en Iran et en Asie mineure.

La porte d’entrée du Café Azéri
Photos : azariteahouse.com

En Iran, la tradition des maisons de café remonte à l’époque de la dynastie safavide. Les premiers cafés seraient probablement apparus à Ghazvîn sous le règne de l’empereur Shah Tahmasb Ier (1514-1576), puis à Ispahan sous Shah Abbas Ier (1571-1629). Les maisons de café ont connu une expansion toute particulière à l’époque de Shah Abbas pour devenir des lieux de rencontre prestigieux, de sorte que les princes et les gens de la cour recevaient parfois les ambassadeurs et les envoyés des pays étrangers dans les cafés d’Ispahan.

Au cours du XIXe siècle, la culture des théiers dans les provinces septentrionales de l’Iran (surtout dans le Guilân) transforma rapidement le goût des gens. Dans les maisons de café traditionnelles, le thé remplaça le café ; mais la maison de café garda son nom quoique les clients s’y rendissent désormais pour boire du thé.

Sous le règne du roi qâdjâr, Nâssereddîn Shah (1831-1896), le café devint très populaire. Dans la plupart des villes iraniennes, chaque quartier comptait au moins un café. Pendant cette même période, marquée par de nouvelles évolutions politiques et socioculturelles, le café se dota pour la première fois d’une fonction sociale importante : il devint un lieu d’échange intellectuel et politique. C’est pour cette raison que sous le règne nassérien, plusieurs cafés de la capitale furent fermés, ayant été jugés dangereux pour l’ordre public.

L’ouverture des maisons de café montrait une évolution remarquable des loisirs et des rassemblements publics des Iraniens. La réunion au café, après les heures de travail, devint le passe-temps favori des gens des différentes couches sociales. Les clients y passaient parfois de très longues heures et discutaient souvent des affaires d’intérêt social, économique ou politique. La fonction sociale des maisons de café se développait : elles jouaient un rôle social de plus en plus important notamment en ce qui concerne les cérémonies religieuses du mois de ramadan (mois du jeûne) et du mois de moharram (commémoration du martyre de l’Imam Hussein). A l’époque de la Révolution constitutionnelle de 1906, les maisons de café sont devenues des centres de rassemblement des révolutionnaires et permirent la diffusion de leurs idées. Aujourd’hui, ces cafés ont perdu le prestige d’antan et ne sont plus que de simples lieux de repos où les clients peuvent boire du thé et éventuellement se restaurer.

La cour du Café Azéri

Le Café Azéri de Téhéran

Le Café Azéri est l’une des dernières maisons de café traditionnelles de Téhéran. Il se situe près de la Place Râh-Ahan, dans le sud de la capitale, au n°36 de l’avenue Vali-Asr, juste devant la mairie du 4ème arrondissement de Téhéran. Contrairement aux anciens grands cafés de la ville, pour la plupart fermés, le Café Azéri a survécu aux changements sociaux de la ville moderne, et a même plus ou moins conservé son prestige d’antan et une partie de ses fonctions sociales. Le Café Azéri poursuit la tradition des anciennes maisons de café et il est fréquenté par des personnalités célèbres.

Le Café Azéri fut acheté en 1948 par Abdol-Hamid Azaripour Esfahani, mais sa fondation remonte à la fin du XIXe siècle. Cependant, les noms des anciens propriétaires du café restent inconnus. En 1991, le Centre des recherches culturelles lança le projet de rénovation du Café Azéri qui fut appliqué de septembre à novembre 1993 après près de deux ans d’études culturelles, architecturales et anthropologiques.

Aujourd’hui, le Café Azéri est géré par l’Organisation nationale du Patrimoine Culturel, de l’Artisanat et du Tourisme. Les programmes culturels, les expositions et les concerts de musique qui sont organisés au Café Azéri doivent obtenir l’autorisation préalable du ministère de la Culture.

Les plats traditionnel du Café Azéri

La porte d’entrée du Café Azéri est décorée de briques jaunes et de céramiques bleues portant une épigraphe qui raconte l’histoire du café. Au-dessus de la porte, une petite fenêtre en demi-cercle ornée de vitres colorées rappelle l’architecture des anciennes maisons traditionnelles de Téhéran. Les murs de la salle principale du café sont décorés par des tableaux de style " Ghahveh-Khâneh ", école de peinture populaire essentiellement née dans les maisons de cafés traditionnelles de Téhéran et d’autres grandes villes iraniennes. Ces tableaux sont signés par les grands maîtres de cette école dont Maître Esmaïlzâdeh, Davoud Zandjâni, Ahmad Khalili, Hadj Ahmad Akhari et Hossein Behdjou. Ces tableaux représentent des événements historiques et des personnages épiques ou mythologiques, ou des thèmes et personnages religieux. La tradition de la peinture murale iranienne remonte à l’Antiquité médique et achéménide, mais elle connut son essor aux XVIe et XVIIe siècles, sous la dynastie safavide, où les fresques décorant les murs des palais et des résidences royales se transformèrent en ingrédients de base pour un art populaire de décoration des lieux publics tels que les maisons de café, les bains, etc.

Dès leur apparition en Iran, les maisons de café furent fréquentées par des intellectuels, des artistes, des écrivains et des poètes. C’est la raison pour laquelle les cafés traditionnels ont souvent été des lieux plus ou moins finement décorés et sont ainsi devenus le berceau d’une école de peinture populaire qui porte le nom de "maison de café".

Les cafés devinrent également le lieu d’un spectacle très populaire : le Naghâli (récitation des récits religieux ou des légendes mythiques du Livre des rois du poète épique iranien Ferdowsi). En effet, les tableaux muraux des maisons de café représentaient souvent les scènes mythiques ou religieuses des récits du Naghâl (narrateur).

La salle principale du café est décorée de tableaux de style " Ghahveh-Khâneh

La cour du Café Azéri contient une collection de précieuses poteries fabriquées dans les villes et les villages des provinces centrales de l’Iran : Hamadân, Qom, Yazd, … Et sur la terrasse du café qui donne sur la cour, il y a une petit collection d’objets ayant appartenu à des derviches de l’époque safavide, les derviches étant des inconditionnels des maisons de café. Dans un autre coin de la terrasse, les clients peuvent admirer une collection des accessoires utilisés dans les Zour-Khâneh (gymnase traditionnel) pour l’entraînement.

Au milieu de la cour, il y a un arc appelé traditionnellement Toghi (petit arc). Autrefois, seules des personnes respectées de tous les habitants du quartier avaient le droit de s’asseoir sous cet arc. Parfois, ces notables se mettaient sous cet arc et collectaient pour des nécessiteux. Aujourd’hui encore, beaucoup de gens respectent profondément ce lieu particulier des cours des anciens cafés de leur ville.

Le Café Azéri réunit ainsi les différents éléments de l’art, des pratiques et des croyances sociales et religieuses de la société iranienne depuis l’époque de la dynastie safavide aux XVIe et XVIIe siècles. La reconstruction de cet espace particulier s’explique certainement dans le cadre d’un projet du patrimoine, sinon la maison de café traditionnelle n’a plus le sens qu’il avait autrefois dans la vie sociale des villes iraniennes, puisqu’elle a relayaé la plus grande partie de ses fonctions sociales aux coffee shop modernes.

Sources :
- 1 - MOÏN, Mohammad : Dictionnaire Moïn, éd. Amir Kabir, Téhéran, 1992.
- 2- SEIF, Hadi : L’école de peinture de Ghahveh-Khaneh, éd. de l’Organisation Nationale du Patrimoine culturel, Téhéran, 1990.
- 3- GHARA-BAGHI, Mohammad-Hossein : Les Maison de café traditionnelles en Iran, mémoire de licence, dirigé par Dr. Vossoughi, 1979-1980.
- 4- SADAT-ASHKOURI, Kazem : La récitation du Livre des rois, in : Adabestan Farhang-o-honar, n° 12, novembre 1990.
- 5- SADEGHI, Habib : La Peinture Ghahveh-Khaneh et le récit de l’Achoura, in : Adabestan Farhang-o-honar, n° 12, novembre 1990.
- 6- Les célèbres maisons de café iraniennes, in : journal Hamshahri, 4 octobre 2006.


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1 Message

  • Le Café Azéri 4 mars 2012 18:45, par Lepine georges

    je recherche une enseignante iranienne de hamadan, qui a fait un stage en belgique de septembre 1976 jusqu’en juin 1977

    elle s’appelait ; mahin esmailzadeh. elle assistait dans ma classe à certaine de mes leçon dans une école de Mons. J’aimerais avoir de
    ses nouvelles et de sa famille. elle doit être agée d’environ 65 ans

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