N° 33, août 2008

A la recherche du paradis


Hoda Sadough


Dans toutes les cultures, le jardin idéal a toujours été envisagé comme un paradis, un havre de confort, d’abondance et de beauté. C’est l’incarnation d’une tentative humaine cherchant à reproduire à l’échelle réduite le système biologique terrestre. L’histoire des jardins commence avec celui de l’Eden, symbolisant le sceau de l’harmonie entre Dieu et les hommes avant le premier péché, et continue avec les jardins persans de Mésopotamie et d’Iran qui, avec les pays d’Extrême-Orient, ont toujours été les plus importants foyers de culture florale. Aux premiers temps de l’Islam, le modèle perse se diffusa rapidement en Egypte, au Maghreb et en Espagne. Ces jardins, destinés à accueillir l’aristocratie et la bourgeoisie citadine en villégiature pendant les saisons chaudes, étaient situés aux alentours des palais et des mosquées. Selon la tradition perse, ils étaient divisés en quatre quartiers disposés autour d’un bassin ou d’une construction centrale. Ce mode d’aménagement de l’espace était conforme aux traditions les plus anciennes de l’Asie qui percevaient le monde divisé en quatre zones par quatre fleuves.

Les jardins devaient par ailleurs être démarqués du monde externe par des frontières, car ils n’étaient pas seulement des lieux de méditation, mais aussi des lieux de réjouissance et de plaisirs sensuels.

Il convient de noter que les mots ’’paradis’’ ou ’’paradise’’ tirent leur origine de l’ancien persan, du mot ’’paira-daeza’’ signifiant espace clos. Sous l’ère achéménide, la conception du paradis s’exporta dans diverses cultures, et le terme ’’hortus conclusus’’, signifiant jardin clos, apparut en latin.

Jardin d’Eram, Shirâz

Comme tous les genres de l’art islamique, la genèse des jardins est étroitement liée à la religion. Dans le monde islamique, le jardin promet un avant-goût du paradis. De ce fait, l’inspiration artistique des plans des jardins provient de la vision musulmane du paradis. Aux musulmans sont promis des jardins avec des fontaines jaillissantes, des sources coulantes, des arbres fruitiers, ainsi que des lits ornés d’or et de pierreries pour se reposer à l’ombre. Cette notion d’un paradis luxuriant est particulièrement importante pour le peuple musulman, manquant d’eau et confronté à des conditions climatiques difficiles. La création des jardins dans le monde musulman a permis le développement graduel d’un mode d’architecture essentiellement islamique et symbolique, qui fut plus tard adopté en Occident.

Les architectes musulmans tendaient souvent à intégrer les parties externes dans les parties internes. C’est pourquoi les jardins islamiques entouraient généralement un palais ou un pavillon central et se développaient de manière symétrique à l’intérieur d’une cour, d’un palais ou d’une mosquée. Etant relié aux palais et au manoir, le jardin offrait plusieurs vues importantes, notamment celle de l’édifice central vers l’extérieur, ou celle de l’entrée du jardin vers l’édifice central. D’autre part, les différentes parties du jardin étaient disposées de manière à être totalement dissociées les unes des autres. De la sorte, aucune partie ne pouvait apparaître comme prolongement d’une autre. A chaque espace étaient ainsi attribuées une fonction et une identité déterminée.

L’eau, symbole de la richesse et de l’abondance, était l’âme du jardin islamique. La présence de l’eau représentait l’harmonie dans ces jardins. Les terrasses, les canaux et les réservoirs pouvaient non seulement satisfaire les demandes d’irrigation, mais servaient également à l’accomplissement d’un but esthétique et sonore. Le grand besoin d’eau, des hommes tout autant que des jardins, nécessitait un contrôle attentif des sources. L’eau était apportée des montagnes par des aqueducs et conservée dans des citernes ou des réservoirs souterrains, et servait à l’arrosage des plantes. Ce processus était essentiel pour l’irrigation des vergers. L’eau était portée aux plantes grâce à des conduits souterrains ou des canaux tuilés ou ouverts, qui reliaient les piscines et fontaines aux jardins. Les fontaines en forme d’octogone, d’étoile ou de cercle constituaient les points focaux du jardin islamique. Le mouvement et la circulation de l’eau sous ses formes variées évoquait de plus la continuité de la vie.

Jardin de Delgoshâ, Shirâz

Les espaces mi-clos étaient une autre particularité des jardins islamiques. Les structures telles que l’iwan [1], le pavillon et le châtelet servaient non seulement d’endroit de repos et de protection contre la chaleur, mais créaient également un dialogue agréable entre la nature et le bâti.

De manière générale, les jardins islamiques ont été formés à partir des principes suivants :

- Répartition du jardin en quatre sections majeures ;

- Planification du schéma par l’esquisse des lignes droites ;

- Présence d’un châtelet ou d’un monument au centre symétrique, ou sur le point le plus élevé du jardin ;

- Présence d’un ruisseau dominant ;

- Construction d’un large bassin vis-à-vis du châtelet ;

- Plantation des arbres fruitiers dans une grande partie du jardin ;

- Utilisation optimale du terrain ;

- Attachement à la nature ;

Le jardin occupe une place très importante dans la culture et la vie traditionnelle des Iraniens. Ce phénomène se présente à toute échelle, en milieu rural comme en milieu urbain. La planification des jardins et l’espace vert de la maison s’inspire d’une géométrie basée sur des conceptions spirituelles, adaptées dans la pratique à la vie courante. Dans ce contexte, il est à observer que les ébauches et esquisses de l’artisanat iranien, notamment celles employées pour le tissage des tapis, sont inspirées de ces jardins.

Notes

[1L’iwan est une structure architecturale iranienne, formé d’un hall voûté et d’une façade rectangulaire ouverte par un grand arc.


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