N° 39, février 2009

Historique des relations médicales franco-iraniennes


J. Gousheh


Les relations médicales entre la France et l’Iran ont une riche histoire s’étendant sur plusieurs siècles. Le but de cet article est notamment d’en retracer les événements les plus marquants.

En 1667, le Père François Angélus, natif de Toulouse, arriva à Ispahan. Fréquentant les pharmacies traditionnelles iraniennes, il publiera en 1681, à Paris, un livre sur les médicaments iraniens de cette époque. Un peu moins d’un siècle plus tard, en 1750, le Père Damian, originaire de Lyon et arrivé en Iran quelques années plus tôt, devint le médecin particulier du roi Nâder-Shâh de la dynastie qâdjâre.

Ce n’est cependant qu’en 1846 que la médecine française se fera véritablement connaître en Iran, et ce grâce au Professeur Ernest Cloquet. Dès son Arrivée à Téhéran, il devient le médecin particulier du roi Mohammad Shâh Qâdjâr. Cloquet épousa une jeune arménienne originaire d’Iran. Il fut aussi le premier médecin étranger à enseigner la nouvelle médecine et la chirurgie à l’École Dar-ol-Fonoun, créée par Mirzâ Tâghi-Khân Amir-Kabir, grand homme d’État iranien.

Succédant à Cloquet, le Professeur Joseph Désiré Tholozan, agrégé du Val-de-Grâce, fut envoyé en Iran par le Roi de France suite à la demande de Mohammad Shâh Qâdjâr. Tholozan vivra quarante ans en Iran et deviendra responsable national de la santé publique. [1] Il est également à signaler que Nâssereddin Shâh Qâdjâr lui décerna le titre de "Jenâb", jusque là réservé aux seuls membres de la Cour impériale, en reconnaissance des innombrables services qu’il rendit à la nation iranienne. Ce vénérable médecin décéda en 1897 et fut enterré au cimetière d’Akbar-Abâd de Téhéran.

En 1858, le premier groupe d’étudiants composé de quarante-deux jeunes iraniens fut envoyé en France. Cinq d’entre eux y étudièrent la médecine.

En 1891, le docteur Schneider succéda à Tholozan et restera en Iran jusqu’en 1907. Il donna une nouvelle impulsion à l’ École Dar-ol-Fonoun et remettra à Nâssereddin Shâh Qâdjâr un projet destiné à rénover la Section médecine de l’ École Impériale Polytechnique de Téhéran. L’enseignement de la plupart des matières médicales dispensées dans cette École fut confié aux Dr. Major Georges, Major Galley, Danton et au Dr. Olmer, tous de nationalité française. Les docteurs Danton et Olmer auront même l’honneur de signer les diplômes de médecin décernés aux jeunes iraniens au terme de leurs études. Cependant cette liste de médecins français enseignants à Dar-ol-Fonoun n’est pas exhaustive, il faut également citer entre autres : Les Professeurs Mont, Odigier, et Boneville, ainsi que les docteurs Porak et Rolland.

Médecin prenant le pouls d’un patient, miniature d’un recueil de fables Kelileh et Demneh, Bagdad
(Le Caire, Bibliothèque nationale)

En 1907, le Major Coppin, médecin particulier de Mohammad Ali Mirzâ, prince héritier, devint le médecin personnel du Roi. Ce furent cependant les cinq dernières décennies qui constituèrent l’apogée de cette riche coopération entre les communautés médicales iranienne et française ; unique à la fois de par sa qualité, sa continuité, sa réputation, son ancienneté ainsi que par l’impact qu’elle avait à l’époque, et dont les effets se font encore sentir de nos jours. En effet, cette période fut fortement marquée par la contribution scientifique française et aboutit à la fondation de la Faculté de Médecine de l’Université de Téhéran en 1935, puis celle de Mashhad en 1948. Ces deux facultés de médecine, qui sont les plus anciennes dans ce domaine en Iran, furent créées grâce aux efforts continus du Professeur Charles Oberling, qui est sans doute la personnalité médicale française qui a le plus marqué la médecine iranienne. Son action remarquable a permis de perpétuer ainsi cette longue tradition de présence médicale française en Iran. En 1939, Le Professeur Oberling, agrégé de pathologie de la Faculté de médecine de Paris, fut nommé Doyen de cette nouvelle Faculté de médecine de Téhéran, poste qu’il occupa pendant six ans. L’une de ses œuvres essentielles a notamment consisté à rattacher aux facultés de médecine tous les hôpitaux publics iraniens. Le résultat de cette heureuse initiative fut de permettre d’améliorer la qualité des soins dispensés aux patients ainsi que la formation pratique pour les étudiants de médecine. Son dévouement, son influence morale, l’impulsion scientifique et ses efforts sans relâche pour implanter la nouvelle médecine en Iran, ainsi que ses qualités humaines et son attachement à ce pays, a valu au Professeur Charles Oberling l’estime, la considération et le respect de l’ensemble de la communauté médicale iranienne.

L’immense contribution scientifique de la France dans la création de l’Institut Pasteur d’Iran marque également une étape importante de l’histoire de la médecine franco-iranienne. En 1920, Ahmad Shâh Qâdjâr demanda au Professeur Roux, alors directeur de l’Institut Pasteur de Paris, de contribuer à la fondation d’un institut Pasteur à Téhéran. Ce dernier chargea le Dr. Joseph Mesnard d’apporter sur place son concours aux responsables iraniens pour créer l’Institut Pasteur d’Iran. Il devint ainsi le premier directeur de l’Institut Pasteur de Téhéran. Il eut comme successeurs les docteurs Kerandel, Legroux et Marcel Baltazard, qui rendirent d’innombrables services dans le domaine de la santé publique en Iran, et ce jusqu’à nos jours. Fort de l’appui que l’ambassade de France, le prestigieux établissement est également soutenu moralement et scientifiquement par l’Institut Pasteur de Paris où ses doctorants et chercheurs s’y rendent chaque année.

Nous vivons à une époque où la transmission du savoir scientifique entre savants à travers le monde est instantanée. Je me rappelle que lorsque les médecins iraniens de ma génération ont commencé à mettre en place une coopération avec des professeurs français, nous ne disposions pas de tant de facilités. Les jeunes médecins iraniens que nous étions alors n’avaient pas un tel accès à l’information scientifique française et avaient, de ce fait, malheureusement les yeux plutôt tournés vers d’autres pays comme les Etats-Unis. A titre d’exemple, dans mon domaine de spécialité, à savoir la chirurgie plastique, il a fallu attendre la venue en Iran des médecins français pour que les jeunes médecins iraniens découvrent le niveau du progrès atteint en France par rapport aux autres pays. Reste à espérer que grâce au concours des responsables scientifiques et autorités françaises et iraniennes, cette flamme de l’amitié franco-iranienne, entretenue par la coopération médicale et scientifique, ne soit jamais éteinte ni supplantée par d’autres pays. Les liens franco-iraniens doivent être préservés et renforcés, il y va de l’intérêt de nos deux pays.


* Professeur et directeur en chirurgie reconstructive et plastique. Président de l’association iranienne des médecins francophones.

Notes

[1La photo de ce remarquable médecin français figure dans le riche ouvrage intitulé Histoire des relations médicales entre l’Iran et la France, écrit et publié par mon illustre confrère le Professeur Jalâl Barimâni, agrégé de France. Nous nous sommes inspirés de cet ouvrage pour la rédaction de cet article.


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3 Messages

  • Dans mon domaine de spécialité, à savoir la chirurgie rachidienne, très développée en France (nous sommes parmi les premiers au monde, à la pointe des techniques les plus modernes), je pense qu’il serait utile et passionnant de partager notre savoir-faire dans ce domaine spécifique mais très important, car le mal du dos constitue, dans nos vies actuelles, un ensembles de pathologies peu, voire mal traitées ou traitées trop tardivement, alors que des moyens chirurgicaux peuvent, dans de nombreux cas, stopper, guérir ou, stabiliser les lésions pathologiques, permettant à de multiples patients (les maux du dos constituent la 3ème cause de consultations auprès des médecins généralistes chez nous) de reprendre espoir dans une nouvelle vie fonctionnelle et active. Il s’agit d’un des plus grand sujet de santé publique dans les pays développés.
    "L’éveil" de l’IRAN et ses objectifs de développement peuvent et doivent faire réfléchir à ce type d’entr’aides et de coopérations

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  • Historique des relations médicales franco-iraniennes 1er avril 2016 12:41, par Le Tourneau Bertrand

    Bonjour,

    J’écris un livre sur ma famille, à laquelle les médecins Cloquet sont apparentés.
    J’aimerais savoir si, avant de mourir par accident, Ernest Cloquet a eu au moins un enfant, ce que je ne crois pas.
    De plus, vous serait-il possible de photographier son portrait qui figure dans l’ouvrage << Histoire des relations médicales entre l’Iran et la France >>, d’indiquer le nom et le prénom du peintre, ainsi que la date du tableau ? (prendre la photo de face, éviter déformations et reflets)

    Merci d’avance,

    Bertrand Le Tourneau

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  • Historique des relations médicales franco-iraniennes 1er avril 2016 12:42, par Le Tourneau Bertrand

    Bonjour,

    J’écris un livre sur ma famille, à laquelle les médecins Cloquet sont apparentés.
    J’aimerais savoir si, avant de mourir par accident, Ernest Cloquet a eu au moins un enfant, ce que je ne crois pas.
    De plus, vous serait-il possible de photographier son portrait qui figure dans l’ouvrage << Histoire des relations médicales entre l’Iran et la France >>, d’indiquer le nom et le prénom du peintre, ainsi que la date du tableau ? (prendre la photo de face, éviter déformations et reflets)

    Merci d’avance,

    Bertrand Le Tourneau

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