N° 39, février 2009

L’aide humanitaire en Afghanistan


Mireille Ferreira


Depuis l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979, les ONG (organisations non gouvernementales) sont fort nombreuses sur ce territoire. Elles jouent un rôle primordial dans l’assistance à la population, en zone rurale comme dans les villes, à travers tout le pays. Jusqu’en 2001, beaucoup sont intervenues auprès des Afghans réfugiés au Pakistan et en Iran. Cette présence s’explique par le fait que ce pays a connu, et connaît encore, des événements aux conséquences dramatiques pour sa population : guerre contre les Soviétiques, guerre civile, régime rigoureux des Talibans, intervention de forces étrangères s’accompagnant de combats et d’attentats meurtriers. La désorganisation qui a résulté de ces longues années d’affrontements et d’instabilité a suscité d’énormes besoins dans le domaine de la santé, de l’éducation et des biens matériels de la population afghane.

Photos : Odile Oberlin

Odile et Philippe Oberlin, médecins en région parisienne, participent depuis plusieurs années aux activités de deux associations humanitaires en Afghanistan. A ce titre, ils connaissent bien ce pays et ont accepté de faire, pour nos lecteurs, un bilan de l’aide apportée par les ONG à la population afghane. [1] Nous les remercions de nous avoir consacré un peu de leur temps pour cet éclairage essentiel.

Des ONG occidentales mais aussi afghanes

En Afghanistan, les activités des ONG concernent entre autres le domaine de la santé, mais elles interviennent également dans l’éducation, la culture, le développement agricole, l’adduction et l’assainissement d’eau, les travaux publics, pour la construction de routes et de ponts notamment, et l’artisanat.

Elles peuvent être classées en trois grandes catégories :

- Les ONG nées pour l’Afghanistan et qui y restent centrées,

- Les ONG créées pour l’Afghanistan et qui se développent dans d’autres pays

- Les ONG internationales qui organisent des missions sur l’Afghanistan

Dans la première catégorie, on trouve plusieurs petites associations qui mènent des missions d’enseignement et d’éducation. Parmi elles, on peut citer : AFRANE (créée par un groupe de Français qui avaient enseigné en Afghanistan), Afghanistan Libre, Afghanistan Demain, Solidarité Afghanistan Belgique, The Swedish Committee for Afghanistan, Ashiâna. Cette liste est loin, bien évidemment, d’être exhaustive.

Afghanistan Demain est une association afghane, créée en 2001 par Ehsân Mehrângais. Elle est soutenue par l’Unesco, la Commission européenne et la France. Elle doit l’origine de ses activités à un dominicain, le père Serge de Beaurecueil, venu en Afghanistan faire des études sur les mystiques musulmans, à Herat puis à Kaboul et, se rendant compte de la difficulté de vie des enfants handicapés, éleva chez lui à partir de 1965 une vingtaine de ces enfants. Quand le père de Beaurecueil fut expulsé par les Russes, Ehsân Mehrângais, qui avait lui-même fait partie de ces enfants, poursuivit sa tâche. Il accueille à son tour des enfants des rues, dans six centres de vie, dont l’un est réservé aux filles.

L’association Ashiâna (nid en langue dari), a été fondée par l’Ingénieur Mohammad Youssef. Elle est soutenue par Rezâ, photographe iranien bien connu en Occident, et par l’association Terre des Hommes. Elle a ouvert des centres de jour situés dans Kaboul et sa banlieue, destinés à 2500 enfants des rues scolarisés à mi-temps.

L’association française Medical Refresher Courses for Afghans, s’est donné pour mission d’organiser des cours de recyclage médicaux pour les Afghans. Elle a été créée en 1980 dans les camps de Peshawar. Ces camps, aujourd’hui fermés, étaient situés au Pakistan, près de la frontière afghane et ont accueilli jusqu’à trois millions de réfugiés afghans, au moment de la guerre soviéto-afghane et de la guerre civile.

Dans la seconde catégorie, on peut citer deux grandes ONG internationales :

- Aide Médicale Internationale qui a été créée en Afghanistan mais qui travaille à présent dans de nombreux pays.

- HumaniTerra, ONG française qui s’occupe du centre de brûlés d’Herat, et intervient également dans d’autres pays que l’Afghanistan.

Dans la troisième catégorie, des ONG françaises bien connues dans leur pays d’origine, s’illustrent en Afghanistan comme dans le monde entier. On peut citer, par exemple :

- Médecins sans Frontières,

- Médecins du Monde, qui réalise à Kaboul des actions d’aide aux toxicomanes,

- Action contre la Faim, qui fait de l’éducation à la nutrition.

De grandes organisations internationales ou para-publiques sont aussi présentes en Afghanistan. C’est le cas d’US AID, de l’Organisation Mondiale de la Santé, du Comité international de la Croix Rouge, de l’association Save the Children, du Haut commissariat aux réfugiés, de l’UNICEF, branche des Nations Unies qui intervient en faveur des enfants du monde.

Les ONG dans les aléas de l’histoire afghane

1979-1988

Dès le début de l’occupation soviétique, les ONG fournirent de la nourriture, des abris et des médicaments aux Afghans réfugiés dans les camps de Peshawar au Pakistan. Sur le sol afghan même, elles introduirent clandestinement des produits de première nécessité pour la population des zones non contrôlées par les Soviétiques. Médecins sans Frontières effectua à cette époque des missions secrètes de distribution de médicaments aux mouvements de la résistance (Il faudra attendre le départ des troupes russes en 1989 pour que les ONG puissent travailler au grand jour en Afghanistan). Durant cette période, de nombreuses ONG alertèrent l’opinion internationale sur la situation désespérée des Afghans, victimes de la guerre ou contraints à se réfugier hors du pays. Les Afghans qui le pouvaient s’installèrent aux USA ou en Europe, les couches sociales plus modestes partirent pour les camps du Pakistan. De nombreux chiites (les Hazara de l’Hazarajat, la région du centre) émigrèrent vers l’Iran.

1989-1995

Au départ des Soviétiques, malgré un contexte politique et sécuritaire instable, les ONG commencèrent à organiser des activités de développement tout en maintenant l’assistance d’urgence. Le nombre d’ONG afghanes augmenta rapidement, des groupes de coordination apparurent pour optimiser l’organisation des activités entre les différentes associations. Les organismes internationaux mirent en place des centres de formation, permettant à des milliers de membres d’ONG afghanes d’acquérir une réelle maîtrise professionnelle.

1996-2001

Sous le régime taliban, la sécurité s’améliora dans de nombreuses régions du pays, en dépit des pressions politiques ; ce qui permit aux ONG de travailler directement dans les zones rurales les plus isolées. Elles poursuivirent leur coordination avec les Nations Unies et les différents bailleurs de fond pour définir des priorités dans les actions d’assistance. Des règles d’enseignement à l’intention des enfants furent fixées.

A partir de 1996, des ONG disparurent, d’autres les remplacèrent. Ce fut le cas de Mères Pour la paix, organisation française qui s’emploie à apporter une aide matérielle d’urgence aux enfants et aux femmes, (création d’une Maison pour les femmes aux environs de Kaboul, assistance aux accouchements, information de planning familial).

Les ONG durent composer avec les règles rigoureuses imposées par le gouvernement taliban. Un exemple parmi d’autres, l’association Medical refresher Courses for Afghans venait d’ouvrir une unité de chirurgie réparatrice dans un quartier de Kaboul quand le décret taliban interdisant aux femmes de travailler et de se faire soigner par des hommes fut promulgué. Or, les patients accueillis dans cette unité étaient en majorité des femmes et des enfants. Une négociation dut être engagée avec l’administration pour arriver à un accord et aboutit à la construction d’un mur entre l’unité de chirurgie des femmes et celle des hommes. Un garde armé posté nuit et jour s’assura que la porte entre hommes et femmes restait close à tout moment. L’association a pu ainsi continuer à travailler pendant les six ans qu’a duré le pouvoir taliban, sans autres problèmes majeurs.

La terrible sécheresse des années 1997 à 2001 rendit nécessaire l’intervention d’urgence des ONG auprès des populations rurales contraintes à se regrouper dans des zones urbaines plus épargnées ou dans les camps de réfugiés d’Afghanistan, du Pakistan et de l’Iran.

Depuis 2001

A la suite des événements du 11 septembre 2001 et de la chute du régime taliban en décembre de la même année, les réfugiés afghans revinrent en grand nombre chez eux, ce qui provoqua un besoin urgent de nourriture et de logements. Le contexte de travail changea considérablement pour les ONG qui virent s’exercer sur leurs activités un plus grand contrôle de la part du gouvernement de transition. Auparavant la désorganisation totale des autorités afghanes ne permettait aucune organisation ni planification des actions des ONG.

Jusqu’en 2004, le gouvernement avait peu de contrôle sur les programmes des ONG.

A cette époque, le gouvernement afghan, mis en place avec l’aide des puissances intervenantes, mit au point, dans le domaine de la santé, et uniquement dans ce domaine, un programme bien structuré, appelé Basic Package for Health Service (Service des soins de base). Les ONG qui s’occupaient de soins primaires de santé durent s’y conformer sous peine d’être empêchées de travailler en Afghanistan. Certaines ONG refusèrent ce système qu’elles considérèrent comme une ingérence dans leur politique mais la majorité d’entre elles, qui jugèrent ce système de santé bénéfique pour les populations, l’acceptèrent.

Par contre, l’absence totale de règles qui prévalait jusque là permit d’aménager, çà et là, un espace de liberté qui favorisa l’apparition de quelques bonnes initiatives. Le cas de l’association Aïna en est un exemple. En 2001, Rezâ, le photographe iranien déjà cité, fonde à Kaboul cette ONG, engagée dans la formation de journalistes à tous les médias (image, texte et son) et dans la création de magazines, radios et journaux indépendants. Elle se définit par son ambition à permettre l’émergence d’une société civile par des actions dans le domaine de l’éducation (en priorité des femmes et des enfants), l’information et la communication. Elle favorise le développement des médias indépendants et l’expression culturelle comme fondements de démocratie. Des journalistes, qui ont par la suite fondé leur propre entreprise de presse, ont été formés par Aïna. La vitalité de cette ONG est étonnante. En octobre 2002, elle avait déjà édité neuf journaux en neuf mois d’existence, à raison d’une publication chaque mois, chacune étant destinée à un public différent, femmes, enfants, etc. L’édition se faisait en anglais, en pachtoune, et en dari. Depuis, Aïna a essaimé vers l’Asie Centrale, le Sri Lanka, l’Afrique du sud.

D’une façon générale, il semble qu’il y ait actuellement, de la part du gouvernement afghan, une volonté d’assurer la maîtrise de sa propre politique, contrairement à ce qui se passait avec les régimes politiques précédents, qui laissaient les ONG décider de tout. Cette reprise en mains s’est manifestée par quelques discours virulents du ministre du plan fustigeant les ONG pour leur train de vie exubérant, les associant à tort avec certains organismes para-publics internationaux, installés en Afghanistan avec des budgets très importants. Contrairement à ces organismes, les ONG, dont la présence est quasi-permanente sur le terrain, sont contraintes de déployer une grande énergie à obtenir des financements, dont, au demeurant, la pérennité n’est jamais acquise.

L’avenir politique de l’Afghanistan reste incertain mais, depuis 2002, des améliorations évidentes dans le domaine de la santé sont constatées par les membres des ONG. Les femmes bénéficient d’un meilleur suivi de grossesse et d’accouchement, minimisant les risques de décès en couche. Malgré la difficulté à obtenir des statistiques complètes pour le vérifier, il semble que la mortalité infantile ait tendance à diminuer. Les conditions d’éducation s’améliorent, de nombreuses écoles ont été ouvertes, accueillant un plus grand nombre d’enfants, des filles en particulier. L’état des routes a été amélioré et de grands travaux de lignes électriques à haute tension ont été entrepris pour combler l’insuffisance des réseaux, malgré les ressources hydroélectriques énormes du pays.

Notes

[1Voir, dans ce numéro de la Revue de Téhéran, l’article intitulé « Deux médecins français en Afghanistan » détaillant leur rôle au sein de ces associations.


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3 Messages

  • L’aide humanitaire en Afghanistan 31 janvier 2010 17:31, par BAUMGARTNER

    Membre fondateur d’Aviation sans frontières, je souhaite acquérir un avion "tout-terrain",
    le Cessna Grand Caravan spécialisé pour des missions humanitaires ,en Afghanistan, au profit des ONG et sociétés françaises opérant sur place (ainsi qu’aux autorités civiles et militaires) et avec des pilotes professionnels actuellement au chômage (1500 en France). Cette activité aérienne leur permettrait de rester dans le coup pendant cette triste période de chômage.
    L’objectif principal étant orienté vers l’extrême-urgence, l’approvisionnement d’eau, de vivres,
    médicaments, carburants, médicaments, couveuses bébés, civières, groupes elec.,matériel de
    chirurgie, tentes etc.) et promouvoir le désenclavement de villages et enrayer la
    vulnérabilité des populations fragilisées.
    Bien cordialement pour expertise et avis.
    Claude

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  • L’aide humanitaire en Afghanistan 18 février 2010 11:42, par Sarrazin

    Bonjour,
    Pourriez-vous me dire si vous avez connu en automne 1979 un médecin (peut-être chirurgien) qui est parti au Pakistan ou en Afghanistan, son prénom était Paul, il habitait vers Marseille, il est parti de Marseille donc à la fin de l’été ou en automne. Il était Corse.
    Je sais qu’il est décédé là-bas, j’aurais seulement voulu avoir des précisions. C’était mon ami. Merci
    Bien cordialement
    Mme Sarrazin

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  • L’aide humanitaire en Afghanistan 6 novembre 2012 01:49, par templier chrystelle

    je souhaite me rendre en afghanistan afin d’apporter mon aide en tant que bénévole auprès des enfants et des familles.Travaillant dans le social pendant 15 ans j’ai acqui de l’experience et je voudrais apporter mon aide au dela des frontières.
    Bien cordialement
    Mme TEMPLIER

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