N° 41, avril 2009

L’Iran de Gobineau à travers
"Les Nouvelles Asiatiques"


Mahboubeh Fahimkalâm


Au cours de l’Histoire, des mobiles divers ont incité des Occidentaux à porter leur regard vers la Perse ; les difficultés du voyage n’empêchant pas les aventuriers ni les commerçants d’entamer le long chemin qui devait les mener vers ce pays. Parmi ces voyageurs, il y eut Joseph Arthur de Gobineau, envoyé par Louis Napoléon Bonaparte. Pendant son séjour, Gobineau, enchanté du dépaysement, curieux de tout ce qu’il voit, et attentif aux mœurs et aux paysages iraniens, écrit sur l’Iran. Trois ans en Asie, Les religions et les philosophies dans l’Asie centrale et Les Nouvelles Asiatiques sont les œuvres de Gobineau consacrées à ses voyages en Asie et en Iran, et constituent un exemple typique de la vision orientaliste de l’époque.

Les mœurs et les habitudes des Persans

Dans ses Nouvelles Asiatiques, Gobineau dresse un bilan des coutumes, des mœurs, de la religion, de la politique, des sentiments, du système de la vie asiatique, bref, tout ce qui singularise la mentalité et la physionomie iraniennes. Les récits de voyage, en particulier ceux rédigés par les hommes de lettre connus et possédant des caractéristiques rhétoriques et littéraires indéniables, tendent à mieux toucher l’imaginaire collectif.

L’importance primordiale que Gobineau accorde aux coutumes, aux conduites et aux mœurs individuelles et collectives issues des traditions de la société persane nous invite à lui réserver une place à part dans l’analyse de son œuvre.

Gobineau nous présente une société impénétrable, qui tend à tout prix à conserver sa structure traditionnelle et son caractère original. A travers la multiplicité des habitudes ethniques et tribales, à travers la diversité des langues, des modes de vie et des coutumes locales, transparaît une unité de mœurs et de comportement constitutifs d’un ensemble de traits communs et originaux.

Portrait de Joseph Arthur de Gobineau, par la Comtesse de la Tour, 1876

Les Iraniens des Nouvelles Asiatiques sont agités, joyeux, actifs, beaux parleurs et remuants. La joie de vivre des Persans est un thème que Gobineau décrit minutieusement. Par exemple, cette activité du peuple à l’annonce du coucher du soleil un jour du mois de ramadan : « C’est le moment où le soleil se couche, tous les kalions se mirent donc à fumer de compagnie, la boutique de melons, de concombres fut à l’instant mis au pillage. Pendant ce temps, les marchands de thé remplissaient leur verres de la boisson bouillante, la foule s’en emparait, on chantait, on criait, on riait, on se poussait, on se bousculait, on s’amusait beaucoup", (Gobineau, 1965, p.87).

Gobineau admirait certains comportements persans : "J’était sensible, depuis le premier jour de mon arrivée, au charme de la politesse des iraniens .Quels gens polis". La formule de politesse employée par les persans pour s’enquérir de la santé de quelqu’un était intéressante pour lui."Votre nez est-il gras, s’il plaît à Dieu ?" Et cette expression signifie "Comment allez-vous ?" Il explique que le nez a le sens propre de cerveau, puis d’esprit.

La rencontre

Selon Gobineau, « En Iran, les hommes et leurs femmes passent la plus grande partie de leur temps hors de chez eux. Les heures qui ne sont pas données au bazar sont absorbées par les visites", (Gobineau, 1959, p.54). Il décrit également minutieusement les cérémonies de visite des Persans : « Quand on veut aller voir quelqu’un, on commence, le plus souvent, par lui envoyer un domestique porteur de nouvelles et lui faire demander si tel jour, à telle heure, on pourra venir le voir sans le déranger. Dans le cas où la réponse est favorable, on se met en route et l’on arrive au moment indiqué, qui n’est pas très rigoureusement défini. On arrive à la porte où l’on doit s’arrêter et l’on met pied à terre. Les domestiques marchant en avant, on pénètre par différents couloirs toujours bas et obscurs, et souvent on traverse une ou deux cours, jusqu’à la maison. Etes-vous d’un rang supérieur, le maître du logis vient lui-même vous recevoir à la première porte. En cas d’égalité, il vous envoie son fils. Alors a lieu un premier échange de politesse, par exemple : "Comment daignez-vous ainsi venir au-devant de votre esclave ? »

Le commerce

Ce qui est courant en Perse, selon cet historien, c’est l’habitude d’emprunter aux autres : au gouvernement, au peuple, aux amis, et souvent aux marchands. Mais ces derniers sont presque toujours d’une probité stricte. De nombreux exemples montrent la façon d’emprunter à un ami dans les récits de Nouvelles Asiatiques. Et la plupart du temps, l’accent est mis sur la fourberie des Persans et le système exceptionnel de la vie en Iran. Gobineau admire l’ouvrier persan. Selon lui, l’ouvrier persan est adroit, ingénieux, industrieux, et même laborieux à sa façon, parce qu’il n’entend pas que le travail puisse lui imposer les labeurs beaucoup plus considérables auxquels se soumettent ses semblables européens.

L’art

La Perse était toujours capable de créer des miracles. Aux yeux des Occidentaux, elle était dédiée à l’art. Il y a beaucoup d’ouvrages sur la conception orientale de l’art. On peut noter Vers Ispahan de Pierre Loti et Hadji Bâbâ de James Morier, entre autres ouvrages, où l’accent est mis sur cette conception de l’art qu’ils jugent proprement iranienne. Dans ses Nouvelles Asiatiques, Gobineau met l’accent sur l’influence de la musique persane sur l’esprit humain. L’exemple en est fréquent, comme cette scène qui passe dans L’illustre Magicien :

"Zemorod khanoum était une excellente femme… elle faisait les vers d’une manière charmante, et jouait du tar avec une telle perfection que son mari Aziz Khân, lorsqu’elle daignait jouer pour lui, commençait à dodeliner de la tête pendant un quart d’heure, puis se mettait à murmurer : Excellent ! Excellent ! En extase, et finissait par pleurer et se cogner la tête contre la muraille…", (Gobineau, 1965, p.104)

Quant à la poésie persane, Gobineau affirme la célébrité de ses représentants auprès de leurs confrères européens, qui traduisent les grands recueils persans de Saadi, de Hâfez et de Ferdowsi. Le sujet des poèmes persans l’intéressent également. Il trouve que l’intérêt des poètes persans est exclusivement tourné vers les femmes, le vin, les fleurs et les rossignols. Mais plus qu’autre chose selon lui, c’est la relation d’amour absolu entre l’homme et Dieu qui est caractéristique de la poésie persane.

La femme

L’écrivain a mis en œuvre à travers ses Nouvelles Asiatiques des Orientales pleines d’amour et dévouées à leur mari. La vie leur est impossible sans la présence du mari. La femme persane de cette œuvre est forte, courageuse et majestueuse. Le ménage persan fascine Gobineau qui consacre de longues pages à ce sujet, en particulier à ses querelles.


Bibliographie :

- Gobineau, Arthur, Les religions et les philosophies dans l’Asie centrale, Paris, Pléiade, 1965.

- Gobineau, Arthur, Nouvelles Asiatiques, édition illustrée de 1900, réédition, 1965.

- Gobineau, Arthur Trois ans en Asie, Paris, Hachette, 1959.

- Malraux, André, La tentation de l’Occident, Paris, Gallimard, 1938.


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