N° 58, septembre 2010

Le Tâlesh : berceau de la civilisation « Kâdous* »


Mohammad Rezâ Khal’atbari (Directeur des fouilles archéologique à Tâlesh)
Traduit par

Babak Ershadi


La région du Tâlesh est située dans la partie septentrionale de la province du Guilân, le long de la côte de la mer Caspienne, de 48°,37’ à 49°,14’ de longitude est et de 37°,14’ à 38°,17’ de latitude nord. [1] La superficie du Tâlesh est de 2215 km². Le Tâlesh est voisin d’Astârâ (Guilân) au nord, d’Ardebil et de Khalkhâl (province d’Ardebil) à l’ouest, de Some’sarâ (Guilân) au sud, et de la mer Caspienne à l’est.

La ville de Hashtpar est le centre de cette région qui compte quatre communes : Hashtpar, Havigh, Kargânroud et Assâlem. Du point de vue de la géographie naturelle, le département se divise en deux zones :

1- La plaine littorale. Elle forme une bande étroite entre la ligne côtière et les collines forestières des montagnes de l’Alborz qui s’étendent le long de la côte, dans une direction allant du nord-ouest au sud-est. La plaine littorale est formée, en général, d’alluvions et de dépôts de sédiments des rivières et des cours d’eau, qui coulent - sur une pente raide - depuis les montagnes du Tâlesh jusqu’à la ligne côtière. La largeur de cette plaine varie de 7 à 10 km en fonction de la distance des collines forestières avec la ligne côtière.

2- La forêt et la montagne. La région du Tâlesh est fameuse pour sa végétation forestière qui couvre les montagnes d’Alborz. Les montagnes du Tâlesh communiquent avec les montagnes de Mâssouleh et de Posht-Kouh. Dans cette partie du Tâlesh, l’humidité est très importante, en raison de la pluviosité quasi-permanente, ce qui a favorisé la formation de forêts denses.

Durant ces dernières décennies, des fouilles ont été effectuées pour permettre de savoir comment les anciens habitants du Tâlesh vivaient sur cette terre et qui ils étaient. Cependant, nos informations sont limitées et les inconnus de l’histoire du Tâlesh restent, hélas, très nombreux.

Champs et fermes près de Tâlesh

Les recherches des dix dernières années nous ont permis pourtant d’identifier les structures culturelles de la communauté humaine de cette région à l’âge de fer. Le Tâlesh fut-il habité avant cette période ? Nous n’avons pas encore accès à des sources pertinentes pour répondre clairement à cette question. Certains experts estiment qu’avant la migration des tribus aryennes du nord vers le plateau iranien, les régions qui s’étendaient au nord des montagnes de l’Alborz, surtout le long de la côte sud-est de la mer Caspienne, n’étaient pas encore habitées, et ce pour des raisons climatiques et écologiques. Mais à partir de cette date, ces régions connurent une évolution technologique, un processus de production de richesse, et furent témoins de l’apparition de nombreuses cités antiques. Pour appuyer leur théorie, ces chercheurs disent que si ces régions avaient été habitées avant l’âge de fer, les vestiges de leurs habitats auraient dus être découverts, à l’instar des vestiges funéraires datant du début de l’âge de fer (1400-1500 av. J.-C.) découverts lors des fouilles archéologiques dans cette même région. Ces vestiges témoignent de la fécondité de l’esprit et de la créativité de ses habitants. Cependant, aucune fouille n’a abouti à la découverte de vestiges et d’indices datant d’avant l’âge de fer, c’est-à-dire à une période antérieure à la deuxième moitié du IIe millénaire av. J.-C. Peut-être est-il encore trop tôt pour donner une réponse définitive aux questions que l’on se pose sur l’ancienneté du peuplement du Guilân en général, et du Tâlesh en particulier. Il est à noter que les régions situées au nord des montagnes d’Alborz sont très différentes des autres régions iraniennes, notamment celles du plateau central, du point de vue de l’environnement naturel. Cette spécificité explique le fait que de nombreuses questions historiques et culturelles relatives au Guilân restent encore sans réponse. Le taux très élevé de pluviosité, la densité des forêts, la difficulté d’accès aux régions montagneuses furent autant d’obstacles à la formation de communautés humaines dans cette région iranienne durant l’Antiquité. Par ailleurs, l’existence de sources d’eau, de rivières, de prairies et de forêts a permis la formation de petites communautés humaines, bien qu’isolées les unes des autres. Les membres de ces petits groupes purent ainsi vivre de chasse et d’agriculture durant toute l’année. En effet, au moindre changement climatique, les habitants pouvaient se déplacer pour s’installer confortablement dans un milieu plus favorable, à proximité de leur ancien territoire. Cela expliquerait peut-être l’absence de vestiges d’habitat de ces communautés primitives dans les plaines et les régions montagneuses du Guilân. Il faudrait probablement chercher les traces de l’existence de telles communautés primitives dans les cavernes et les abris naturels de la région. Cependant, malgré l’ancienneté relative des fouilles archéologiques dans cette région, il n’y a pas eu d’études consacrées à ce sujet. Tant que les cavernes naturelles de la région n’auront pas été explorées, il sera plus ou moins hasardeux de déterminer avec précision l’ancienneté du peuplement de cette région iranienne. Les premières fouilles archéologiques effectuées dans la province du Guilân s’avéraient très prometteuses pour connaître les civilisations anciennes de cette région, mais elles n’ont pas été poursuivies. En effet, après les premières tentatives, les travaux archéologiques ont été interrompus pendant près de 70 ans. Par conséquent, même les données de base sur l’histoire et la civilisation de cette région restent rares. A l’exception des recherches effectuées à Shafâroud et à Kargânroud après la Révolution islamique en 1979, les autres recherches menées dans cette région furent inorganisées, dépourvues d’une programmation scientifique, et n’ont pas abouti à des résultats tangibles. Par conséquent, les documents portant sur le peuplement du Guilân pendant la préhistoire se réduisent aux œuvres écrites d’historiens qui ne sont pas toujours conformes aux découvertes archéologiques faites sur le terrain. Par exemple, l’historien Pourdâvoud écrit :

« Dans l’histoire religieuse de l’Iran, le nord du pays, notamment les provinces du Guilân et du Mâzandarân était connues pour être le territoire des div (démons). En effet, avant l’immigration des Aryens, ces régions étaient habitées par des groupes ethniques non aryens qui n’étaient pas adeptes du zoroastrisme. C’est la raison pour laquelle les adeptes de la religion mazdéenne les considéraient comme païens et démoniaques. » [2]

Aperçu de la ville de Tâlesh

A ce propos, le défunt Hassan Pirniâ a écrit dans son Antiquité iranienne : « Les Kâdousiens vivaient dans le Guilân et les Tapouri dans le Mâzandarân. Les Amardes (ou Mardes) vivaient aux confins des territoires de ces deux peuples. Certains disent que dans les périodes très anciennes, l’ensemble du plateau iranien, le Caucase et les régions du sud de l’Europe étaient peuplés par une race qui n’était pas physiquement très admirable [sic]. Lorsque les Aryens arrivèrent sur le plateau iranien, ils estimèrent que les habitants anciens de ce pays étaient hideux tant du point de vue physionomique que du point de vue des mœurs. C’est pourquoi ils les considérèrent comme démoniaques. » [3]

Ancienne maison d’un gouverneur à Tâlesh.
Photo : Alirezâ Abbâssi

Des théories de ce genre ont été pourtant appuyées par des fouilles effectuées de 1949 à 1951 par le professeur Carlton Cown dans la caverne de Kamarband, près de la ville de Behshahr, dans la province du Mâzandarân. [4] Mais ces sites ne sont pas nombreux, et le nombre des vestiges est trop peu important pour nous permettre d’émettre des hypothèses générales s’appliquant à l’ensemble de la région. Par conséquent, l’histoire du peuplement de ces régions pendant le paléolithique, le néolithique et l’âge du bronze reste inconnue. Dans ce cadre, des études approfondies dans les domaines du paléo-environnement et paléontologique pourraient appuyer les recherches archéologiques. La région du Tâlesh, qui a été mentionnée dans les textes historiques sous le nom de pays des Kâdousiens (ou Kâtouziens), occupe une place importante dans la culture iranienne à l’âge du fer. En réalité, les tribus venant du nord (les Aryens) traversèrent le Caucase pour descendre vers le plateau iranien au début de l’âge du fer (1400-1500 av. J.-C.). Avant de fonder la dynastie des Mèdes au VIIe siècle av. J.-C. et l’Empire achéménide en 550 av. J.-C., ces tribus se dispersèrent dans une vaste partie de l’ouest et du nord-ouest de l’Iran. La région du Tâlesh aurait joué le rôle d’intermédiaire entre la civilisation formée à l’ouest et les habitants des régions situées au nord des montagnes d’Alborz, et probablement ceux qui vivaient dans une partie du plateau central. Il est clair que la région du Tâlesh a joué un rôle important et décisif dans le transfert de cette nouvelle civilisation vers les régions centrales du plateau iranien. Malheureusement, nous ne savons pas grand-chose sur la présence de ces tribus et les cités qu’elles auraient pu fonder dans la région du Tâlesh. Faute de recherches dans ce domaine, une grande partie de la culture de cette période reste inconnue.

Les fouilles archéologiques des dix dernières années au Tâlesh ont permis de développer considérablement les connaissance à propos du début de l’âge du fer dans cette région, et de mieux connaître l’histoire ancienne du Tâlesh. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour connaître toutes les structures culturelles de la région. Ainsi, les modalités de la première étape de l’établissement des Aryens au Tâlesh demeurent inconnues. Est-ce que les différentes tribus aryennes qui s’installèrent dans cette région étaient homogènes du point de vue culturel et technologique ? Leurs structures de productivité étaient-elles analogues ? Avaient-elles réussi à fonder un « Etat » dans la région ? Ces questions sont nombreuses et demeurent à ce jour sans réponse. Une chose est pourtant certaine : vers la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C., il y avait plusieurs cités dotées d’un niveau important de technologie pour la fabrication d’outils dans l’ensemble de la région du Tâlesh. Ces cités étaient probablement gérées par des systèmes politiques, administratifs et sociaux simples mais capables de jouer efficacement un rôle régional important. D’après les documents historiques écrits et les découvertes archéologiques, le territoire du Kâdous connut probablement une période de tension et d’instabilité pendant les premiers siècles du Ier millénaire av. J.-C. Les inscriptions datant de l’époque des rois du royaume d’Urartu, découvertes à l’ouest du Tâlesh indiquent que vers les VIIIe et VIIe siècles av. J.-C., les troupes d’Urartu menèrent de vastes attaques contres les régions de l’ouest et du nord-ouest de l’Iran, sans épargner le territoire du Kâdous.

Forêts aux alentours de Tâlesh

Par ailleurs, vers le VIIIe siècle av. J.-C., une inscription fut gravée sur pierre à 38 km à l’ouest de la ville d’Ahar [Azerbaïdjan de l’Est] sur ordre de Sarduri II, roi d’Urartu. Cette inscription fait allusion à une autre expédition dans de vastes régions du nord-ouest de l’Iran.

Outre ces deux inscriptions, une autre, appartenant à Argishti a été identifiée en mars 2003 à Ajabshir, dans la province de l’Azerbaïdjan de l’Est. Cette inscription a été vérifiée et lue par M. Rassoul Bashâsh. Nous pouvons y lire :

« L’armée de combat du dieu Khaldi s’est lancée et a conquis le royaume des Mannéens, elle a conquis le territoire d’Arstia. Arstia a été conquis par Argishti. Argishti [fils de Menua] dit qu’il a pris mille cent hommes. Argishti, le roi puissant … Argishti veut que [celui qui] briserait [cette inscription] soit détruit par le dieu Khaldi, dieu du vent, et qu’il disparaisse de la lumière du soleil. » [5]

D’après ce texte, il est certain que pendant les premiers siècles du Ier millénaire avant J.-C., le royaume d’Urartu et l’Empire assyrien, militairement très puissants, conduisirent avec succès des expéditions militaires contre le territoire de Mannai et de ses alliés, ainsi que le territoire du Kâdous et la principauté d’Andié [6] qui se situait probablement dans le bassin de la rivière Sefidroud.

Ce que nous ignorons dans ces inscriptions, ce sont les noms des lieux envahis et leur situation géographique précise. Mais une chose est certaine : le territoire du Kâdous s’étendait certainement aux endroits où ces inscriptions furent placées. Nous pouvons en conclure que pour développer leur influence politique et leur domination militaire vers le nord et le nord-est, les troupes du royaume d’Urartu devaient traverser le territoire du Kâdous ou s’arrêter à ses frontières. Le fait que les inscriptions susmentionnées insistent sur la conquête des Etats voisins, notamment le royaume de Mannai et les territoires de ses alliés, est un argument solide en faveur du fait que le royaume du Kâdous est bien entré en conflit frontalier avec le royaume d’Urartu. Cependant, nous ignorons à quel point ces derniers ont réussi à développer leur influence sur le territoire du Kâdous. Lors des fouilles archéologiques de ces dernières années dans le Tâlesh (ancien territoire du Kâdous), un bracelet portant une inscription d’Urartu a été découvert. Cette inscription témoigne que cet objet avait été offert par Argishti ou son fils Sarduri II. Le fait que ce bracelet ait été découvert à l’intérieur d’un sépulcre spécial et hors du commun renforce l’hypothèse selon laquelle cet objet aurait été offert à l’une des personnes inhumées dans ce sépulcre. Selon une autre hypothèse, cet objet aurait été introduit dans la région par les commerçants ou les guerriers. [7]

Si le bracelet découvert dans cette région a été offert par Argishti ou son fils Sarduri II à un gouverneur local, nous devrons admettre que pendant les premiers siècles du Ier millénaire av. J.-C. (vers le VIIIe et VIIe siècles avant notre ère), le territoire du Kâdous fut un royaume si puissant du point de vue politique et militaire, que les rois d’Urartu, voisins du royaume du Kâdous, situé au nord et au nord-est de leur royaume, avaient ressenti la nécessité d’une alliance avec leur voisin pour protéger les régions conquises. Dans ce cas, nous pouvons en conclure que pendant la première moitié du Ier millénaire av. J.-C., ce territoire était doté d’un système administratif, politique, économique et social assez développé dont nous ignorons aujourd’hui les détails.

Guelim tissés à Tâlesh

Par ailleurs, les points de vue diffèrent en ce qui concerne les descriptions du Kâdous faites par les historiens et les géographes de l’Antiquité, et leur conformité avec celle correspondant à l’actuel Tâlesh. Dans son ouvrage intitulé Les Kurdes et leurs liens raciaux et historiques, Rashid Yâssemi a énuméré les groupes ethniques qui vivaient le long de la côte de la mer Caspienne et dans les zones forestières et montagneuses de cette région :

« (…) Entre la côte de la mer Caspienne et les montagnes de cette région, vivent des groupes ethniques différentes : d’abord les tribus albaniennes et arméniennes, dans un territoire exigu ; ensuite les Guils, les Kâdousiens et les Amardes. C’est aux Kâdousiens qu’appartient la plus grande partie des zones montagneuses. » [8] Plutarque donne également une description du territoire Kâdous, qui peut correspondre à la géographie supposée du grand royaume du Kâdous. Plutarque écrit :

« Le Kâdous est un pays montagneux aux routes impraticables. Le ciel y est toujours couvert de nuages. Dans ce pays, il n’y a ni céréales, ni fruits. Son peuple est composé des guerriers qui se nourrissent uniquement de pommes sauvages. »

D’après Plutarque et d’autres historiens qui ont mentionné le royaume du Kâdous, ce territoire s’étendait entre le royaume d’Urartu et celui des Amardes, qui vivaient à l’est de la rivière Sefidroud et sur les altitudes de Roudbâr. Par conséquent, le domaine des Kâdousiens s’étendait sur toutes les plaines et régions montagneuses situées à l’ouest de la rivière Sefidroud, jusqu’aux montagnes du nord-est de l’Azerbaïdjan et une partie du Caucase. Ainsi, le grand Tâlesh se situe exactement dans le même territoire que celui habité au cours de l’Antiquité par les Kâdousiens.

Dans son livre intitulé Kârvand, Ahmad Kasravi a parlé du territoire de Kâdous : « (…) Il n’y a aucun doute que les Kâdousiens vivaient dans les montagnes du nord-est de l’Azerbaïdjan, sur le même territoire qui est habité aujourd’hui par les Tâleshi. Mais nous ne savons pas où et comment les Kâdousiens ont disparu, et où et comment les Tâleshi les ont remplacés dans cette région. Pourquoi les documents anciens de la Grèce et de Rome qui énumèrent les anciennes tribus iraniennes, ou les textes anciens des Arméniens, n’ont-ils jamais mentionné les Tâleshi ? Leur nom n’apparaît que tardivement sous forme de ‘Tiles’ dans les ouvrages écrits après la conquête arabe. Mais la vérité est que les Kâdousiens n’ont jamais disparu et que les Tâleshi ne sont pas venus d’un autre pays pour prendre leur place. Il faut donc admettre que les Tâleshi sont les descendants des Kâdousiens qui vécurent longtemps dans cette région mystérieuse de notre pays, et dont il n’en reste aujourd’hui que des vestiges funéraires. » [9] De nombreuses théories ont été avancées par des experts pour appuyer cette idée. Il paraît que les études linguistiques menées dans ce domaine seraient plus crédibles et plus fiables. Kasravi en dit :

« Notons d’abord que la forme correcte du mot iranien ‘Kâdous’ était ‘Kadoush’ ou ‘Kadesh’. Introduit dans les documents écrits grecs, il s’est transformé en ‘Kâdous’ étant donné que les Grecs tendent à transformer le [f] final en [s]. Moussa Khoreyni, célèbre historien arménien du Ve siècle a transcrit ce mot sous forme de ‘Gadoush’. En tout état de cause, ‘Kâdous’ s’est transformé en ‘Taloush’ ou ‘Tâlesh’. » [10]

Le territoire du Kâdous avait un statut important aux yeux des grands Etats voisins, vers la fin de la première moitié du Ier millénaire av. J.-C. A l’époque des Mèdes, surtout sous le roi Cyaxares à qui se soumettaient de nombreuses populations iraniennes, le Kâdous faisait officiellement partie de la fédération médique. Mais en réalité, le territoire du Kâdous fut une région plus ou moins autonome. Les Kâdousiens se révoltèrent au moins une fois contre les Mèdes et pillèrent une partie de leurs territoires. Diakonov écrit dans L’Histoire des Mèdes :

« (…) Les Scythes (ou Sakas) étaient probablement les « Sakas aux bonnets pointus » que Hérodote mentionne dans son ouvrage. Leur domaine était depuis longtemps une satrapie de l’empire des Mèdes. Mais il paraît que les habitants de cette région éloignée aspiraient à l’indépendance, d’autant plus que la région forestière de Gharadâgh, habitée par les Kâdousiens, avait rendu difficile la communication entre les Scythes et les régions centrales de l’empire des Mèdes. Les habitants du Kâdous étaient, à cette époque-là, des tribus primitives vivant dans les montagnes et s’occupant de chasse, d’élevage, et peut-être d’une forme primitive d’agriculture. Ils étaient gouvernés à la fois ou alternativement par les deux dirigeants. » [11]

Au VIe siècle av. J.-C., les Achéménides appliquèrent leur politique d’unification au sein de l’Empire perse. Les habitants du Kâdous s’allièrent avec les Achéménides pour renverser l’empire des Mèdes. A partir de cette date, les Kâdousiens disposèrent d’une place privilégiée dans les armées achéménides – surtout sous Cyrus le grand – mais cela ne dura pas longtemps, car les habitants du Kâdous se révoltèrent de nouveau pour obtenir leur indépendance. Leur domaine fut gouverné de nouveau par des suzerains locaux. A partir de cette période, le nom du territoire du Kâdous ne fut plus mentionné dans les inscriptions officielles des Achéménides. Il s’agit là d’un argument solide qui prouverait que le territoire du Kâdous était autonome et que ses affaires intérieures étaient administrées par des souverains locaux. L’historien grec Plutarque décrit dans son ouvrage les conflits survenus sous les Achéménides, entre le gouvernement central et les tribus autonomes aux confins de l’Empire perse. Quant à l’expédition d’Artaxerxés II au territoire du Kâdous, Plutarque écrit à son sujet :

« Pour en finir avec les habitants du Kâdous, Artaxerxés attaqua leur royaume à la tête de trois cent mille fantassins et dix mille cavaliers. Mais sa tentative échoua, car la pénurie de vivres et la résistance des Kâdousiens empêchèrent sa grande armée d’avancer dans cette région. Le risque d’une défaite militaire conduisit les conseillers de l’empereur à lui demander de cesser l’expédition et de quitter la région. » [12]

Malgré l’insuccès d’Artaxerxés II, les Perses ne cessèrent pas leurs attaques contre le territoire du Kâdous. Trogue Pompée relate que sous le règne d’Artaxerxés III (358-338 av. J.-C.), les troupes perses attaquèrent de nouveau le territoire du Kâdous sans réussir pourtant à le soumettre au gouvernement central. A l’époque de la guerre de Gaugamèles, les Kâdousiens n’étaient ni alliés des Perses ni soumis à l’empereur perse. En effet, Darius III, qui avait perdu toutes ses troupes lors d’une bataille contre Alexandre, espérait bénéficier en dernier recours de l’aide et de l’assistance des habitants du Kâdous. [13] Ces derniers rejetèrent la demande de l’empereur achéménide. Cependant, le fait que les armées du gouvernement central espéraient l’assistance des habitants du Kâdous témoigne de la puissance de ces tribus à cette époque-là.

Après le renversement de la dynastie achéménide par Alexandre, une dynastie de rois macédoniens régna en Perse pendant 141 ans (312-171 av. J.-C.). Selon des documents historiques, durant cette domination étrangère, le territoire du Kâdous faisait partie officiellement de la province médique, mais les successeurs d’Alexandre ne dominaient pas vraiment cette région qui était restée largement autonome et ne payait pas de tribut aux Séleucides. [14]

Femmes travaillant dans les rizières aux environs de Tâlesh

En réaction à la domination des Séleucides, les habitants de l’ancien empire réagirent en soutenant la formation de la dynastie des Arsacides (Parthes) qui dura cinq cents ans, de 250 av. J.-C. à 224 de notre ère. Pendant ces cinq siècles, la situation du territoire du Kâdous ne changea guère. Le territoire était gouverné par des souverains locaux puissants, et les habitants – soumis à un système tribal – vivaient essentiellement d’élevage. Sous l’empereur Farhâd Ier, les habitants du Kâdous se révoltèrent contre les Parthes, mais ces derniers réprimèrent les rebelles et le territoire de Kâdous finit par se soumettre aux vainqueurs. [15] Nous ne savons pas grand-chose de la situation du royaume du Kâdous pendant cette période. En raison de l’importance qu’avait prise l’Arménie, pendant la guerre entre Rome et les troupes de Mithridate VI, certains documents – surtout les textes portant sur l’histoire de l’Arménie – font allusion à la situation politique et sociale du territoire voisin de l’Arménie, c’est-à-dire le territoire du Kâdous. [16]

Sous la dynastie des Sassanides, le Guilân bénéficia d’une situation privilégiée pour des raisons politiques. Pendant toute cette période, le Guilân fut concédé à titre de fief aux grands princes sassanides. En effet, plusieurs empereurs sassanides furent gouverneurs du Guilân avant de diriger l’empire. Pour des raisons que nous ignorons encore, à l’époque de la dynastie sassanide, le nom des Kâdousiens disparaît en faveur des noms de deux autres groupes d’habitants du Guilân : les tribus Guil et Deylam. Les premiers vivaient dans les plaines, tandis que les seconds habitaient dans les régions montagneuses. [17] Cependant, la proximité du territoire du Kâdous avec celui des tribus non perses au Caucase – en particulier les Albaniens -, avait conduit les empereurs sassanides à essayer de soumettre les souverains locaux en leur attribuant des postes et des titres officiels. Il paraît que sous l’empereur Shâhpour II, les habitants du Kâdous s’étaient soumis à l’empire et participèrent, aux côtés des troupes sassanides, aux guerres déclenchées par l’empereur au Caucase et dans les territoires des Albaniens. Les Kâdousiens ont également participé aux guerres de Shâhpour II contre les Romains, au cours desquelles l’empereur romain fut capturé par les Sassanides. Cela témoigne donc de la domination du gouvernement central des Sassanides sur le territoire du Kâdous. [18]

Après l’effondrement de la dynastie sassanide lors de l’invasion arabe, les habitants des régions situées au nord des montagnes d’Alborz résistèrent longtemps aux Arabes musulmans, de sorte que ces derniers ne réussirent jamais à envahir ces régions par la force militaire. Dans son livre intitulé Les Rois anonymes, Kasravi décrit la résistance des habitants de ces régions iraniennes aux attaques éclair de l’armée musulmane :

« (…) Parmi les habitants des régions situées au nord des montagnes d’Alborz, il y avait les Moghâns et les Tâleshi qui empêchèrent longtemps les Arabes d’entrer sur leurs territoires, sans accepter de se soumettre à eux. Malgré la puissance des troupes arabes qui faisaient trembler tous les peuples, les habitants de cette petite région montagneuse n’acceptèrent pas la domination des Arabes et préservèrent leur indépendance. »

Il paraît qu’à l’époque des premières vagues de la conquête de la Perse par les Arabes musulmans, le littoral et les régions montagneuses, à savoir le Tâlesh, le Guilân et le Deylamân étaient contrôlés par un commandant Deylami nommé « Moutâ ». L’historien Yâghout Homavi le présente comme roi du Deylamân et commandant de la population locale pendant la guerre de Vâjroud [lieu situé entre Hamedân et Ghazvin], face aux armées arabes. [19] Le territoire du Tâlesh ne resta pas à l’abri des attaques menées par les Arabes contre l’Azerbaïdjan [à l’ouest] et le Deylamân [à l’est], et il en subit parfois de lourds dégâts. Cependant, ces régions préservèrent leur liberté et leur indépendance, et furent gouvernées par des souverains locaux jusqu’à l’époque des califes abbassides. Après la révolte des Alavides contre les califes abbassides, les Tâleshi s’allièrent aux Alavides pour des raisons politiques. Les liens d’amitié avec les Alavides les familiarisèrent avec l’islam. Au fur et à mesure, les Tâleshi se convertirent à l’islam.

De l’époque de la dynastie samanide jusqu’à la dynastie des Khârazmshâh (ou Khorezmiens) qui coïncida avec l’invasion éclair des Mongols, nous n’avons pas accès à des documents et informations directes sur l’histoire du Tâlesh. Cependant, les documents historiques relatifs aux régions voisines nous permettent d’avoir une idée générale de la situation du Tâlesh pendant plusieurs siècles. Quand les villes iraniennes furent saccagées par les cavaliers mongols, le Tâlesh resta à l’abri, grâce à ses forêts denses et couvertes de brumes, et la difficulté d’accès à ces régions montagneuses. La région préserva son indépendance et fut gouvernée par les souverains locaux, jusqu’à ce que l’empereur mongol Oljeitu (Sultan Mohammad Khodâbandeh) dont la capitale était Soltânieh [située dans l’actuel département de Zanjân], réussisse à mettre le Tâlesh sous la domination de la dynastie mongole pendant un certain temps. Dans son livre intitulé L’Histoire des Mongols, le défunt Eghbâl Ashtiâni écrit :

« (…) En 705 de l’Hégire, l’un des fils du célèbre commandant mongol Arghûn se rendit à la cour du sultan Oljeitu pour lui annoncer la nouvelle de la mort du grand Khan Juqtaï. Là, il apprit avec un grand étonnement que les troupes mongoles n’avaient pas réussi à conquérir une petite région montagneuse, située pourtant à proximité du siège d’Oljeitu. Il incita donc le khân mongol à attaquer le Guilân. Les troupes mongoles déclenchèrent alors une attaque d’envergure pour conquérir le Guilân. » [20] A cette époque, le Guilân était gouverné par des souverains locaux, et les régions de l’ouest du Guilân, dont le Tâlesh, étaient sous le contrôle de la famille Dobbaj. Cette famille avait décidé d’abord d’accepter la demande du khân mongol qui avait appelé les souverains locaux à se soumettre à l’empire ilkhanide. Mais les Dobbaj comprirent vite que les Mongols convoitaient les richesses du Guilân, notamment la soie qui y était produite. Les Dobbaj rejetèrent donc la demande du khân, et les troupes ilkhanides attaquèrent aussitôt le Guilân. Le gouverneur local du Tâlesh et ses hommes résistèrent aux Mongols, et la mort au combat du commandant des troupes du khân incita ces dernières à intensifier leurs attaques contre le Tâlesh. [21] La victoire rapide des troupes ilkhanides leur permit de contrôler provisoirement le Guilân. Mais les Mongols comprirent vite qu’il leur serait impossible de dominer la région sans la collaboration des dirigeants locaux. Ces derniers finirent par accepter de signer un traité avec le khan, et envoyèrent une quantité importante de soie à la cour à titre de tribut. Grâce à ce geste, les souverains locaux purent garder en main le contrôle du Guilân.

Région entre Kouh Sardeh et Khotbeh Sara à Talesh

Sous la dynastie safavide, surtout pendant le règne de l’empereur Shâh Abbâs Ier, le gouvernement central appliqua une politique d’unification pour mettre fin à l’autorité des souverains locaux. Les Safavides réprimèrent donc les troupes de Hamzeh Khân, gouverneur du Tâlesh, pour s’emparer de toute la province du Guilân. Dès lors, les Safavides désignèrent ou limogèrent, à leur gré, les gouverneurs du Guilân, en fonction de leurs intérêts politiques, économiques ou militaires. [22]

Sous le roi Nâder Shâh, fondateur de la dynastie des Afshâr, le Tâlesh fut la scène de plusieurs révoltes réprimées violemment par le pouvoir central. Cependant, cette région resta toujours un foyer d’opposants aux politiques de ce roi et de ses successeurs.

A l’époque de la dynastie qâdjâre, notamment sous le roi Fath’Ali Shâh, l’incompétence politique du roi et des politiciens de l’époque, surtout en ce qui concerne la question controversée de la souveraineté de la Géorgie, entraîna l’Iran vers un conflit avec son puissant voisin du nord, la Russie : deux longues guerres furent déclenchées l’une après l’autre. La première guerre irano-russe dura dix ans et ne prit fin qu’avec la médiation de l’ambassadeur britannique à Téhéran pour la conclusion du traité avilissant de Golestân (1813). Aux termes de cet accord, la Russie annexa le Dâghestan, la Géorgie, et les villes de Gandja, Khanat, Sheki, Quba, Darband, Bakou, et la partie septentrionale du grand Tâlesh. Treize ans après la conclusion de cet accord, sous prétexte que les lignes frontalières n’étaient pas clairement démarquées à Tâlesh et au Karabakh, la Russie attaqua ces deux régions en 1825. Après cette démarche unilatérale des Russes, la guerre fut de nouveau déclenchée entre les deux pays. La deuxième guerre irano-russe ne dura pas longtemps car les troupes iraniennes étaient trop épuisées et leur moral était au plus bas. L’ambassadeur britannique intervint de nouveau pour la conclusion d’un second et humiliant traité : le traité de Torkmantchâï (1828). Selon ce traité, outre les régions caucasiennes déjà annexées par les Russes aux termes de l’accord du Golestân, l’Iran cédait à la Russie ses fortifications au Nakhitchevan [République d’Azerbaïdjan], Erevan [Arménie], une partie du Moghân et la partie septentrionale du Tâlesh. Ainsi, le fleuve Araxe fut désigné comme frontière naturelle entre les deux Etats. Ces deux traités divisèrent le grand Tâlesh en deux parties nord et sud. Après l’effondrement de l’ex-Union soviétique, et l’indépendance des anciennes républiques soviétiques, le Tâlesh du nord (chef-lieu : Lankaran) fit officiellement partie du territoire de la République d’Azerbaïdjan. [23]

* Territoire des Cadusiens, les chercheurs estiment que l’actuel Tâlesh en faisait partie, mais les recherches en la matière ne sont pas exhaustives.

Notes

[1Farhang Djoghrâfiâyi-e roustâhâ-ye Irân (Dictionnaire géographique des villages iraniens), n° 6, éd. de l’Organisation nationale de cartographie, p. 11.

[2Ebrâhim Pourdâvoud, Avestâ, vol. 1, éd. de l’Association des Zoroastriens de Bombay & Ligue iranienne, Bombay, p. 47.

[3Hassan Pirniâ, Târikh-e Irân-e bâstân (Histoire de l’Antiquité iranienne), éd. Doniâ-ye Ketâb, vol. 1, p. 157.

[4Louis Vanden Berghe, L’archéologie de l’Iran ancien, traduit en persan par Issâ Behnâm, éd. de l’Université de Téhéran, 1966, pp. 3-4.

[5Rassoul Bashâsh, "Tossifi digargouneh az tamaddon-e Urartu dar Ajabshir-e Ostân-e Azarbaîdjân sharghi" (Une autre inscription de la civilisation d’Urartu découverte à Ajabshir, dans la province de l’Azerbaïdjan de l’Est), in Revue du Centre de Recherches du Patrimoine Culturel, n° 2, printemps 2004, pp. 85-90.

[6Mohammad-Rezâ Khal’atbari, Kâvoshhâ-ye bâstân shenâssi dar mohavvatehâ-ye bâstâni-e Toul, Guilân, Tâlesh (Les Fouilles archéologiques sur les sites antiques de Tâlesh, Toul, Guilân), éd. de l’Organisation du Patrimoine Culturel et du Tourisme de la province du Guilân, 2004, pp. 57-59.

[7Ibid., pp. 86-97.

[8Rashid Yâssemi, Kord o peyvastegi-e târikhi va nejâdi-e ou (Les Kurdes et leur pérennité raciale et historique), p. 163.

[9Ahmad Kasravi, Kârvand, édité par Yahyâ Zokâ, éd. Ketâbhâ-ye Jibi, pp. 285-286.

[10Ibid., p. 287.

[11Igor Mikhailovich Diakonov, L’Histoire des Mèdes, traduit en persan par Karim Keshâvarz, éd. Payâm, 1996, p. 412.

[12Plutarque, La Chronique d’Artaxerxés, couplets 28-29.

[13Igor Mikhailovich Diakonov, L’Histoire des Mèdes, traduit en persan par Karim Keshâvarz, éd. Payâm, 1996, p. 412.

[14Hassan Pirniâ, L’Antiquité iranienne, éd. Doniâ-ye Ketâb, vol. 3, troisième édition, p. 2063.

[15Abdolfattâh Foumani, Târikh-e Guilân (L’Histoire du Guilân), éd. de l’Assemblée annuelle du lycée Shâhpour, p. 5.

[16Herand Pasdermajian, Târikh-e Armanestân (L’Histoire de l’Arménie), traduit en persan par Mohammad Ghâzi, éd. Târikh-e Iran, 1er édition, p. 41.

[17Azizollâh Bayât, Abrégé de géographie naturelle et d’histoire de l’Iran, 1987, p. 314.

[18Arthur Christensen, L’Iran à l’époque des Sassanides, traduit en persan par Rashid Yâssemi, 6ème édition, éd. Donyâ-ye Ketâb, p. 204.

[19Ibid., p.650.

[20Abbâs Eghbâl Ashtiâni, Târikh-e Moghol (L’Histoire des Mongols), éd. Amir Kabir, 1962, pp. 311-313.

[21Ibid., p. 313.

[22Nasrollâh Falsafi, Târikh-e zendegâni-e Shâh Abbâs-e Avval (La vie de Shâh Abbâs Ier), éd. Elmi, vol. 3, pp.21-22.

[23Massoud Keyhân, Joghrâfiâ-ye mofassal-e Irân (Dictionnaire géographique de l’Iran), vol. 3, pp. 21-22.


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2 Messages

  • Le Tâlesh : berceau de la civilisation « Kâdous* » 30 mars 2012 03:47, par Ari-lollipop

    Salam ! Bonjour !

    j’ai vraiment bien aimer ceci ! c’est tres beau, tres bien fait, avec les images et tout... Vous avez bien choisi vos mots..

    Mais, c’est bien beau tout ceci, et ce n’est pas pour vous offenser car jai VRAIMENT adoré lire tout ceci, mais je pense que vous auriez du parler un peu plus sur les tribus perses, puisque on a peu d’information sur des choses extraordinaires !!! Meme si jai appris plein de choses, je vous demande alors un petit peu plus d’effort sur les tribus qui me passionnent ! Pas que vous n’aviez pas du tout mis d’effort, je trouve que vous avez meme trop d’effort sur ça et J’-A-D-O-R-E !!! Hahahahaha !! mais bon, un petit info sur les tribus ne fera pas de mal, n’est ce pas ? (vu la quantité que vous avez écrit.... un petit chose, ça sera rien,non ?... lol !! :) ;) :) ;) ’^__^’

    repondre message

  • Le Tâlesh : berceau de la civilisation « Kâdous* » 30 mars 2012 03:48, par Ari-lollipop

    mais oubliez pas de me repondre, svp !!! ;)

    repondre message