N° 94, septembre 2013

Poèmes de Ahmad Shâmlou


Adapté du persan par

Sylvie M. Miller


C’est moi, oui moi qui pleure…

En cet instant morose, où les ombres s’allongent

Et la nuit, vient, rapide, envahir la vallée

C’est moi, oui, moi qui pleure

Sur cette joue amère, de naître dans ta jupe,

Après une douleur de quarante ans d’attente

Jusqu’à cette pénombre irradiant le feu

Dans ta jupe qui est

Refuge, tendresse, pardon

Alors que le soleil répand l’éternité

Pour éteindre le jour ... et qu’il n’en finit pas

- Dès lors, un paysage voué à la mémoire,

La passion,

La détresse.

Si seulement ta main n’était pas la tendresse,

Le refuge, le pardon !

… tout ce qui est triomphe sur la convoitise

… tout ce qui est l’inverse des âmes clairvoyantes

Car il y a dans cette cage un animal sauvage

Né de la bonté de tes mains

Et qui dans la lenteur de ce pèlerin en noir

Hurle comme une bête furieuse

***

Séparation

C’est

consciemment que je te veux

Oh ton absence : l’évidence

amère

de ce qu’est la mort

Consciemment, que je te réclame,

lancé derrière un poulain,

prématuré, dirait-on

et qu’il est vain d’éprouver

par l’espace qu’il dévore

l’odeur de ta robe, ici

à cet instant

les montagnes

froides au loin

ma main

qui cherche la présence familière de ta main

au lit comme dans les rues

et

qui aligne ma détresse

à la mesure de mes tourments

Seul le mutisme de tes doigts

et

la terre perd toute compassion

***

C’était un souffle minuscule,

La fine soie d’un clair de lune

Un jet d’eau dans un jardin…

Je vins au monde avec des yeux pareils à deux feuilles d’orme,

Mes veines : des tiges de nénuphars,

Mes mains : les feuilles d’un érable

Et une âme qui ricochait comme le vent sur le bassin

À la manière de la pluie

Et moi,

Ô nature ardue,

Ô père, j’étais

Ton enfant.


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