N° 94, septembre 2013

La science médicale et les soins de santé dans l’Iran contemporain


Afsaneh Pourmazaheri


Avec ses quelque 77 millions d’habitants, l’Iran est aujourd’hui l’un des pays les plus peuplés du Moyen-Orient. Le pays doit ainsi faire face à divers problèmes notamment l’un, concernant le plus souvent les nations démographiquement jeunes de la région, est la demande toujours croissante de services publics. La couche la plus jeune de la population aura bientôt atteint l’âge de fonder une famille, ce qui entraînera l’accroissement du taux de croissance et par conséquent l’accroissement du besoin en infrastructures de soins publics et de nouveaux services. D’après les statistiques de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 2000, l’Iran se range à la 58ème place dans la liste des pays offrant les meilleurs services médicaux dans le monde.

Au cours des deux dernières décennies, le statut de l’Iran dans le domaine de l’offre des soins médicaux a considérablement évolué. Le pays est en effet parvenu à développer ses services préventifs de soin et de santé à travers la mise en place d’un réseau de système primaire de santé particulièrement élaboré. Par conséquent, le taux de mortalité chez les enfants et les femmes a sensiblement diminué et l’espérance de vie, ainsi que le taux des naissances, a subi une hausse remarquable. De surcroît, on peut parler d’un phénomène notable qui a bousculé la condition médicale en Iran pendant ces dernières années : l’immunisation des enfants que les autorités ont réussie à généraliser aussi bien dans les régions urbaines que rurales.

L’inauguration des nouvelles usines du groupe pharmaceutique Fârâbi

En outre, grâce aux avancées médicales, l’espérance de vie a augmenté pour passer de 70 ans en 2005 à 71,5 en 2010. La couverture d’assurance de l’Organisation de la sécurité sociale de l’Iran fait en sorte que tous les Iraniens puissent bénéficier des soins médicaux fondamentaux, aient accès à la médication et profitent des campagnes de vaccination subsidiaire. Un réseau extensif de cliniques et de dispensaires offre des soins médicaux à prix abordable, et les hôpitaux généralistes et spécialisés qui fonctionnent sous l’égide du ministère de la Santé et des études médicales fournissent des soins médicaux plus sophistiqués. Il est également important de souligner que dans les villes métropolitaines qui ont témoigné d’une hausse démographique notable, et conséquemment d’un développement remarquable de l’urbanisme et des infrastructures, une bonne partie des citoyens peuvent s’offrir le luxe de recourir aux cliniques et hôpitaux privés habituellement réservés à une minorité de personnes fortunées. De plus, environ 73% des ouvriers iraniens bénéficient aujourd’hui de soins médicaux et de la sécurité sociale. D’après les statistiques de l’OMS, en l’an 2000, 94% de la population avait déjà accès aux services de soins médicaux. Ce chiffre avait tendance à varier de 86% dans les régions rurales à 100% dans les zones urbaines. Par ailleurs, l’accès aux médicaments essentiels et abordables variait entre 80% et 94% en 1999 par rapport à la zone concernée. Depuis 2009, le gouvernement a pris les mesures nécessaires afin de mettre en œuvre un nouveau plan d’assurance à la suite duquel tous les Iraniens ont obtenu le droit à bénéficier d’une couverture de santé partout dans le pays.

En ce qui concerne la main-d’œuvre, l’Iran a obtenu de très bons résultats dans les domaines de l’apprentissage et de l’éducation de la main-d’œuvre médicale. Il y a trente ans, le pays faisait face à une pénurie de personnel et de soins spécialisés dans les secteurs médicaux. Aujourd’hui, les multiples secteurs médicaux iraniens parviennent à répondre aux besoins essentiels de la population en matière de santé. En 2004, l’Iran comptait 488 hôpitaux gouvernementaux actifs, autrement dit un médecin (pour 1000 personnes) travaillant dans un centre gouvernemental avec 46% de personnel médical féminin. En 2011, l’Iran disposait de 51 écoles de médecine, un million d’étudiants en médecine, 20 000 professeurs en médecine, 20 000 cliniques dans les villages, 100 000 médecins et 170 000 infirmiers actifs.

Aujourd’hui, le réseau de soins médicaux le plus important en Iran appartient au ministère de la Santé et des Etudes médicales qui assure le bon fonctionnement de ses établissements et de ses écoles partout dans le pays à l’aide d’un réseau particulièrement élaboré. Le ministère de la Santé et des Etudes médicales est autrement dit responsable de l’approvisionnement des soins de santé, de l’assurance médicale, des études médicales, de la supervision et de la régulation du système de santé, de la production et de la distribution pharmaceutique, de la recherche et du développement partout dans le pays. Il existe également sur le territoire des structures parallèles de santé dont l’Organisation des Assurances des Services médicaux, établie en qualité de fondation qui seconde les compagnies d’assurance. Certains hôpitaux viennent compléter ce réseau, notamment le célèbre Mahak, spécialisés dans le domaine des cancers infantiles, et qui fonctionnent avec l’appui des fondations caritatives du pays. D’après le dernier recensement mis en œuvre par le centre de statistique d’Iran en 2003, le pays comptait 730 établissements de santé et 110 797 lits, c’est-à-dire 17 hôpitaux pour 10 000 individus dans le pays.

Malgré la qualité du réseau de santé qui assure, comme nous l’avons précisé, la mise à disposition des premiers soins partout dans le pays, la présence de ces mêmes soins continue à faire défaut dans les provinces moins développées où les indices de santé s’avèrent également moins élevés par rapport aux critères nationaux. D’ailleurs, le pays se trouve actuellement dans une phase de transition épidémiologique, et ce, sans compter l’apparition des menaces émergentes. La transition démographique et épidémiologique aura sans aucun doute un effet significatif sur le taux de mortalité dans les années à venir, mais surtout dans un lointain futur. Cela peut également influencer l’émergence des maladies chroniques et des problèmes de santé auxquels sont habituellement confrontées les populations vieillissantes.

Bien que des avancées médicales considérables aient été réalisées dans les différents domaines médicaux depuis la Révolution de 1979, les conditions économiques actuelles du pays, le développement rapide de la technologie médicale et informatique, et les attentes individuelles et finalement la jeunesse de la population iranienne, mettent ensemble en cause et représentent un défi pour la permanence du progrès médical en Iran. A cet égard, le pays est en train de mettre en place des réformes qui favorisent la médecine préventive, valorisent la place du médecin de famille et une meilleure prise en compte de l’antécédent médical électronique du patient. On constate d’ailleurs une évolution considérable de l’indice de développement humain et une réduction de l’indice de pauvreté dans les différentes provinces du pays. Actuellement, l’Iran occupe le 19ème rang mondial dans la recherche médicale et compte atteindre la 10ème place dans les dix années à venir à compter de 2012.

Pour la première fois en Iran, le groupe pharmaceutique Zahrâvi a lancé depuis 2011 une chaîne de production du médicament Copamer

L’Iran fait également partie des douze pays qui pratiquent la technologie de la médecine biologique et qui détiennent, soit effectivement soit potentiellement, les infrastructures nécessaires au développement du tourisme médical. Il est important également de noter que l’Iran accueille chaque année environ 30 000 visiteurs étrangers qui viennent sur place pour recevoir des traitements médicaux.

Le bon état des installations sanitaires en Iran mérite également d’être signalé. Le pays possède l’un des pourcentages les plus élevés au Moyen-Orient de population ayant accès à l’eau potable, à savoir 80% dans les régions rurales et 100% dans les zones urbaines. Notons malgré tout l’insuffisance qualitative du traitement des eaux usées en Iran notamment dans les grandes villes dont Téhéran qui ne bénéficient pas d’un système d’égout, et dont les eaux usées pénètrent directement le sol pour ensuite rejoindre les nappes phréatiques. De plus, la crise de l’eau due à l’expansion de la population fait que la pollution aquatique des eaux usées accélère la croissance des risques de santé. Une attention sérieuse a également été portée à l’alimentation des Iraniens depuis la fondation de l’Institut de nutrition et d’alimentation de l’Iran par le docteur Habibollâh Hedâyat en 1961. En dépit du fait que l’Iran possède une économie centrée sur l’agriculture, on y rencontre un degré important de malnutrition, notamment dû au développement rapide de la culture ’’fast-food’’. Près d’un quart de la jeunesse iranienne montre des signes de carence alimentaire caractéristiques dus à la malnutrition. Par ailleurs, l’indicateur de distribution d’alimentation montre que le nombre d’enfants sous-alimentés dans les villages iraniens est beaucoup plus élevé que dans les villes. En parallèle, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (l’ONUAA ou la FAO), compte tenu de l’inefficacité dans certains endroits de la distribution de produits alimentaires nécessaires à une saine alimentation, environ 13% de la jeunesse iranienne souffre d’obésité. D’après le gouvernement iranien, 60% des Iraniens seraient en surpoids et 35% des femmes et 15% des hommes souffriraient d’obésité. Aujourd’hui, l’Iran produit environ trois milliards de litres de différents types de boissons gazeuses dans le pays afin de répondre à la consommation de 46 litres per capita annuellement. En revanche, la sensibilisation des gens vis-à-vis des dégâts causés par la consommation des boissons gazeuses et du sucre, ainsi que le taux élevé de diabète sont des facteurs qui commencent à créer des réflexes de santé salutaires au sein de la population.

Mis à part le problème de l’obésité, l’Iran fait face à d’autres menaces plus immédiates de santé humaine. Le choléra était l’une des maladies les plus enracinées dans la population iranienne. En 2005, une dangereuse épidémie a provoqué la mort d’une vingtaine de personnes. L’événement prit des proportions telles que le gouvernement proposa solennellement à la population de ne plus consommer de légumes crus et d’éviter d’acheter des glaçons dans la rue. Ce triste épisode sanitaire en rappela un autre plus amer encore qui eut lieu en 1998 et qui entraîna un nombre encore plus important de décès. L’usage des drogues a également provoqué l’augmentation du nombre de porteurs du virus d’immunodéficience humaine et de malades du SIDA. D’ailleurs, en 2005, les trois quarts des cas officiels annoncés de SIDA étaient attribués à l’usage des drogues. L’Iran a récemment créé un système de traitement du SIDA à l’échelle nationale, comprenant 150 sites d’analyses et des programmes spécialisés gratuits. D’après les Nations Unies, l’épidémie du SIDA marque une croissance relativement rapide en Iran. En 2009, parmi les gens touchés par cette maladie, 93% étaient des hommes et seulement 7% des femmes. Malgré tout, le pourcentage de personnes atteintes en Iran reste relativement bas en comparaison avec les standards internationaux : 0.16% de la population adulte du pays est concernée par le syndrome, ce qui, selon l’ONU, représente néanmoins (fin 2009) 100 000 victimes.

De nouveaux médicaments lancés en Iran sur le marché comprennent notamment le Ziferon, utilisé contre la sclérose en plaques

Jusqu’aux débuts de l’année 2000, les causes naturelles les plus récurrentes de la mortalité en Iran étaient les maladies cardiovasculaires et le cancer. D’après le ministère de la Santé et de l’ةducation médicale, en 2003, 41% des décès étaient dus aux problèmes liés au système de circulation sanguine. Venaient ensuite les infarctus du myocarde, avec 25% des cas de décès. L’addiction aux diverses drogues était considérée comme la quatrième cause de décès en Iran, suivie par les accidents de la route, les maladies cardiaques en général et les dépressions nerveuses (ces dernières étant parfois liées). Entre 2001 et 2010, plus de 438 000 personnes ont perdu la vie par électrocution, empoisonnement au gaz de ville ou par intoxication chimique.

L’industrie pharmaceutique en Iran est née sous sa forme moderne en 1920 avec l’inauguration de l’Institut Pasteur. Aujourd’hui, l’Iran consacre d’importantes ressources à la fabrication de produits pharmaceutiques, ce qui n’empêche pourtant pas le pays de rester dépendant des importations de matières premières et de médicaments spécifiques. Les standards liés aux produits pharmaceutiques en Iran correspondent aux critères définis par le Pharmacopeia Council. C’est au ministère de la Santé et de l’Education médicale qu’incombe la mission d’approvisionner le marché en médicaments et d’en garantir la qualité. A ces responsabilités, il faut également ajouter celle du contrôle des prix. Depuis 1979, l’Iran a adopté une nouvelle politique de production des médicaments génériques nationaux avec pour principal objectif de produire les médicaments essentiels et les vaccins. En 2006, 55 compagnies pharmaceutiques produisaient plus de 96% des médicaments du marché iranien équivalant à 1,2 million de dollars par an, conformément à la politique de généralisation des produits génériques. Cette somme a atteint le chiffre de 3,65 millions dollars en 2013. La plupart de ces produits sont des médicaments contre le cancer, le diabète, les diverses infections et la dépression. Il faut également souligner que l’Iran est le premier pays du Moyen-Orient possédant la capacité technique et scientifique nécessaire pour exporter des vaccins vers l’étranger. On estime que le pays atteindra l’autosuffisance en matière de production de vaccins au plus en 2014. Pour prendre des exemples concrets, de nouveaux médicaments lancés en Iran sur le marché comprennent l’Interféron bêta-1b et le Pegaferon. L’Iran produit également du Ziferon (médicament contre la sclérose en plaques) en grande quantité mais aussi une version générique du fingolimod (par Novartis), ainsi qu’une version similaire de l’EMD, Rebif de Serono. Les chercheurs iraniens ont également développé 41 types de médicaments anticancéreux, ce qui a réduit considérablement le besoin en importation de ce médicament. L’Iran fait également partie de la liste des douze pays qui produisent des médicaments biotechnologiques. Les autorités concernées espèrent bientôt atteindre l’autonomie dans le domaine de la production des médicaments biotechnologiques. L’Iran est également très à cheval sur l’innovation des médicaments génériques à base de plantes médicinales dont le nombre atteint 7500 espèces en Iran, parmi lesquels 300 sont uniquement utilisés dans le cadre de l’industrie pharmaceutique. Le pays possède 80% des variétés d’herbes médicinales du monde, mais l’absence de technologie adéquate de traitement oblige les autorités médicales à exporter ses diverses variétés sous forme de matières premières. On compte 92 compagnies pharmaceutiques en Iran dont la plus grande, la SSIC, est une compagnie d’investissement de la sécurité sociale affiliée au ministère de l’aide sociale. On peut ensuite citer la compagnie Dârou Pakhsh qui appartient majoritairement à la Sécurité sociale iranienne. D’autres compagnies prennent actuellement le relais dans ce domaine, dont Fârâbi, Jâber Ebn-e Hayyân, Exir, Kosar, Tehrân Chemie, Loghmân, Dânâ, Alborz Dârou et Chemi Dârou.

En ce qui concerne les équipements médicaux, l’Iran a commencé à se concentrer et à développer sa capacité de fabrication interne dans le pays et on pourra bientôt compter sur leur disponibilité sur le marché iranien. Deux grandes expositions ont par ailleurs annuellement lieu en Iran, l’Iran MED et l’Iran LAB, entièrement consacrées à l’industrie des équipements médicaux et à l’analyse médicale. On compte aussi plus d’une centaine de compagnies étrangères, fournisseuses internationales d’équipements médicaux en Iran. Elles assurent en même temps la vente, la promotion et la mise à disposition des services après-vente de leurs produits en Iran.

Bibliographie :
- Elgood, Cyril, A medical history of Persia (Une histoire médicale de la Perse), Cambridge Univ. Press, 2010.
- Gheisari, Ali, Contemporary Iran Economy, Society, Politics (L’Iran contemporain, l’économie, la société, la politique), Oxford University Press, 2009.
- Nâzem, Esmâïl, Tabi’at dar pezeshki-e Irân (La nature dans la médecine iranienne), Almaie, 2012.
- Râmti, Younes, Amouzesh-e Pezeshki-e Novin dar Irân (L’apprentissage de la médecine moderne en Iran), Oloum va Fonoun, Téhéran, 2011.


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