N° 94, septembre 2013

L’évolution artistique des bas-reliefs rocheux en Iran (I)


Abbâs Rezâyiniâ
Traduction :

Khadidjeh Nâderi Beni

Voir en ligne : L’évolution artistique des bas-reliefs rocheux en Iran (II)


Les bas-reliefs, qui révèlent à la fois des idées et des techniques artistiques, jouent un rôle de premier plan dans l’étude de l’histoire des arts iraniens. Les premiers bas-reliefs sur des parois rocheuses furent réalisés par les Lullubis [1] (montagnards du IIIe millénaire av. J.-C.). On y voit l’influence de l’art mésopotamien. Cette tradition fut suivie par les Elamites qui figuraient des scènes religieuses et royales sur les rochers. A l’Ouest de l’Iran, on a également découvert des bas-reliefs qui sont tous des dessins linéaires réalisés par les Assyriens et abordant des sujets historiques et religieux. Ils sont d’une bien meilleure qualité que les bas-reliefs antérieurs. Le bas-relief de Darius Ier à Bisotoun [2] en fait partie et reste le plus connu.

Bas-relief de Darius Ier à Bisotoun

Les bas-reliefs des Achéménides révèlent l’existence d’un grand respect pour le pouvoir et la majesté des rois. Quant à l’époque arcadienne, cinq bas-reliefs rocheux sur lesquels on voit l’influence de l’art grec ont été découverts. L’époque sassanide est le point culminant de l’histoire des bas-reliefs en Iran. Tous figurent la majesté du roi et ses victoires, aussi bien que l’humiliation de ses ennemis et l’union du pouvoir royal à celui d’Ahourâ Mazdâ.

A l’époque islamique et eu égard aux préceptes religieux, l’art des bas-reliefs a été mal reçu par les gouverneurs. Néanmoins, à l’époque qâdjâre, il fut de nouveau remis d’actualité par les rois, et plus particulièrement par Fath-’Ali Shâh. Neuf bas-reliefs rocheux exposant des scènes mythiques ainsi que les cérémonies de la chasse et du couronnement du roi ont été réalisés durant cette période. Durant la longue histoire de cet art, nous pouvons observer que l’ensemble de ces bas-reliefs se ressemblent beaucoup du point de vue des techniques utilisées, des expressions et de leur but.

La sculpture sur pierre et sur les parois rocheuses des montagnes est un art traditionnel iranien très ancien. On a ainsi retrouvé des bas-reliefs iraniens datant d’époques reculées sur les monts de l’Alborz et de manière plus importante sur les monts de Zâgros à l’ouest ainsi qu’au sud-ouest du pays et dans les provinces comme Tchahâr Mahal et Bakhtiâri, Kohkilouy-e et Boyer Ahmad, Khouzestân, Kordestân, Kermânshâh et Fârs. Ces œuvres fournissent des informations historiques précieuses et diverses sur la civilisation, la culture et l’art iraniens à des époques diverses. Elles dépeignent également différentes situations politiques et sociales, les évolutions historiques, les cérémonies royales, les guerres, les traditions religieuses…

Cet article présente une étude de cet art, du IIIe millénaire avant Jésus Christ à la fin de l’ère préislamique. La sculpture en Iran se réalise alors de deux façons : sous forme de gravures et de bas-reliefs ; ce sont ces derniers qui constituent l’objet de la présente étude.

La plupart des bas-reliefs rocheux ont été créés sur des pierres à chaux. Pour réaliser un bas-relief, on choisissait d’abord un lieu approprié en tenant compte de la perspective aussi bien que de la disponibilité et parfois de la sacralité de l’endroit ; on taillait ensuite la roche en vue d’obtenir une surface plane sur laquelle on traçait le plan de l’œuvre. Enfin, on gravait le tour des figures représentées en se servant de marteaux, ciseaux, etc.

Les montagnards de Zâgros, précurseurs du bas-relief rocheux

Les Lullubis sont considérés comme étant les pionniers du bas-relief en Iran. Il semble qu’Anobâni-Ni, le roi lullubi gouvernant à l’ouest et au sud-ouest de l’Iran et contemporain de Naram-Sin, (2218-2254 av. J.-C.), roi d’Akkad [3], fut le premier à avoir faire graver ses conquêtes sur un rocher près de Sar Pol-e Zahâb. [4] Dans l’ensemble, cinq bas-reliefs ont été découverts dans cette région relatant pour la plupart les victoires du roi. Nous pouvons y relever une forte influence des arts mésopotamien et akkadien.

Dans ce bas-relief de Naqsh-e Rostam, Ardeshir Bâbakân, fondateur de la dynastie sassanide, reçoit l’anneau de la royauté d’Ahourâ Mazdâ. Ils sont tous deux à cheval, le premier écrasant sous sa monture Ardavân, dernier roi arsacide, le second, Ahourâ Mazdâ, écrasant Ahriman (le Mal).

La tête du roi conquérant qui fut pour la première fois taillée sur la stèle commémorative de la victoire de Naram-Sin apparait également dans un bas-relief découvert dans les monts de Zâgros près de Soleimânieh en Iraq actuel ; cette œuvre remonterait à la période néo-sumérienne. Dans ce bas-relief, la coiffure du roi ressemble beaucoup à celle des bas-reliefs akkadiens. Dans le bas-relief d’Anobâni-Ni, le pied du roi posé sur la poitrine de son ennemi symbolise l’écrasement de ce dernier. Cette scène constitue un sujet de bas-reliefs à l’époque achéménide. L’exemple le plus connu de ce type d’ouvrage est un bas-relief à Bistoun dans lequel Darius foule la poitrine de son ennemi. Selon la tradition de l’Orient antique, la figure du roi, un arc royal à la main, est plus grande proportionnellement par rapport aux autres personnages. Parmi les bas-reliefs donnés, celui de Darband-Sheikhân est le seul dont les images ne suivent pas cette tradition.

Les Elamites, continuateurs de l’art des bas-reliefs rocheux

Les Elamites, qui ont gouverné au sud-ouest de l’Iran actuel, ont perpétré la tradition des bas-reliefs. Quinze œuvres datant de cette période ont été découvertes dans les provinces de Fârs et du Khouzestân. Les sujets traités y sont religieux ou non-religieux.

Les bas-reliefs de Kourângon (découverts au nord-ouest de Fahliân [5]), de Naghsh-e Rostam (près de Persépolis [6]) et de Koul-Farreh (à 7 km au nord-est du pays) représentent des scènes de sacrifice aux dieux ; les bas-reliefs d’Eshkaft-Salmân (à 2 km au sud-ouest d’Izeh [7]) et de Hâdji آbâd (près de Naghsh-e Rostam) dépeignent des scènes de prière. Des scènes non-religieuses sont gravées sur les bas-reliefs de Koul Farreh et de Tang-e Norouzi (au nord d’Izeh).

L’image du dieu élamite est représentée seulement deux fois sur les bas-reliefs de Kourângon et de Naghsh-e Rostam. Le serpent et l’eau qui sont présents dans les représentations de scènes religieuses symbolisent la fertilité et la vie. Le feu y est le symbole de la sainteté et de la lumière. Apparemment, les participants aux cérémonies religieuses ne portaient ni chapeau, ni chaussures ; seuls les dieux se coiffaient d’une couronne, symbole de la divinité. Dans les scènes de sacrifices des Elamites, on jouait habituellement d’un instrument de musique et seuls les hommes y participaient. Les cérémonies religieuses se tenaient presque en privé et étaient organisées par les kâhens (prêtres). La chronologie de ces bas-reliefs est imprécise. Ceux découverts à Koul Farreh et à Eshkaft-Salmân et gravés sous la commande de Hâni, gouverneur d’Ayâpir (ou Izeh actuel [8], 699-718 av. J.- C.), ont une épigraphe indiquant leur ancienneté (attribuée à la période néo-élamite, 539-744 av. J.-C.). À l’exception d’Eshkeft-Salmân qui était probablement un lieu béni chez les Elamites, on ne sait pas pourquoi ces sites ont été choisis pour y créer des bas-reliefs.

Le bas-relief de Kourângon est évidemment influencé par le style sumérien et plus particulièrement élamite, notamment dans la façon dont marchent les gens ainsi que leur coiffure et chapeau, qui sont une imitation du style de la période médio-élamite (1100-1500 av. J.-C.). Les sculpteurs élamites ont dessiné les portraits des prieurs sous diverses formes :

1. Portrait de face

2. Portrait de profil, du côté droit.

3. Portrait de profil, du côté gauche.

4. Portraits dans lesquels la tête et le pied sont gravés de profil et le corps de face.

Les portraits ne sont évidemment pas gravés selon un respect des proportions.

Les bas-reliefs des envahisseurs Assyriens

Dans le Kurdistan et à Elam [9], deux bas-reliefs ayant les caractéristiques des bas-reliefs assyriens ont été découverts. Dans ces œuvres, les artistes assyriens se sont servis de représentations linéaires. Etant donné que le bas-relief assyrien est gravé selon des plans à deux dimensions, il n’a pas de forme et comporte de ce point de vue un moindre intérêt artistique.

Le couronnement du roi Nersi à Naqsh-e Rostam

Les bas-reliefs des Mèdes

Les bas-reliefs attribués aux Mèdes représentent des scènes religieuses et sont surtout présents sur des tombeaux rocheux. Selon les spécialistes, ces bas-reliefs ont probablement été créés à l’époque achéménide.

Parmi les tombeaux (gour dakhmeh) situés à Kermanshâh et ayant des bas-reliefs, nous pouvons citer :

1. Le tombeau Eshâghvand situé à 25 km du sud-ouest de Harsin [10].

2. Le tombeau de Dukkân-e Dâvoud, à 3 km du sud-est de Sar pol-e Zahâb.

3. Le tombeau de Ravân Sar [11] situé au sein de la ville du même nom.

4. Le tombeau de Sahneh [12], situé au nord de la ville du même nom.

Il existe également un tombeau nommé Ghizghâpan, situé à Sourdâshi près de Soleimânieh dans l’Iraq actuel. Dans ce bas-relief, deux prieurs se tiennent debout, les mains levées pour la prière.

Les sculpteurs habiles de l’époque achéménide

Ces bas-reliefs abordent des sujets à la fois historiques et religieux. Le bas-relief de Darius Ier (484-522 av. J.- C.) à Bisotoun représente sa victoire face à l’adorateur du feu Geomate Mogh (le mage Geomate) et aux chefs des rébellions. Ce bas-relief est présenté par une épigraphe en écriture cunéiforme qui compte parmi les héritages les plus précieux du point de vue historique et linguistique. Concernant les tombeaux des rois achéménides à Naghsh-e Rostam et à Persépolis, nous pouvons y voir une figuration du roi ; dans la partie inférieure de cette scène, les députés de toutes les nations de la Perse portant le trône du roi sont représentés.

Bas-relief de Naghsh-e Rostam près de Persépolis

Dans leur majorité, les bas-reliefs figurent le pouvoir et la majesté du roi, et sont harmonieux dans leur reproduction sculpturale. Le roi y est toujours représenté sous un aspect très cérémonieux. L’art de la sculpture de cette époque s’inspire des expériences antérieures comme celles des Lullubis, des Elamites, des Mèdes, des Egyptiens et des Assyriens, et connait un perfectionnement graduel. Cet art, comme les autres champs artistiques de cette époque, est traité comme un art sublime : l’artisan choisit ce qu’il considère comme les plus beaux aspects de l’esthétique des autres peuples et crée une œuvre à la fois originale et harmonieuse ; d’autre part, l’implication des sculpteurs des autres pays influe beaucoup sur l’art de la sculpture de cette période.

A suivre…

Notes

[1Les Lullubis étaient une tribu de nomades établis au IIIe et IIe millénaires av. J.- C. dans les montagnes du Nord-Ouest de l’Iran, au sud du Kurdistan.

[2Les monts situés à 30 km au nord-est de Kermânshâh.

[3L’empire d’Akkad (ou empire akkadien) est un État fondé par Sargon d’Akkad qui domina la Mésopotamie de la fin du XXIVe siècle au début du XXIIe siècle av. J.-C.

[4À Kermânshâh

[5Un beau village situé à Fârs.

[6Takht-e Djamshid, l’une des capitales des Achéménides ; ruines d’un vaste complexe palatial.

[7Dans le Khouzestân.

[8La ville d’Izeh s’appelait آyâpir durant la période élamite.

[9Ces deux provinces sont situées à l’ouest de l’Iran.

[10Au sud-est de la province de Kermanshâh.

[11A l’ouest de la province de Kermanshâh.

[12A l’est de la province de Kermanshâh.


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