N° 109, décembre 2014

Entretien avec Jean Roche,
folkloriste français
Réalisé le 11 octobre 2014 à Ispahan, au Congrès
International du Patrimoine Culturel Immatériel


Haniyeh Barahouie Pasandi


Événement international, le festival des cultures du monde de Gannat a été créé en 1974 par Jean Roche. Ayant un parcours peu banal, ce folkloriste français explore le monde depuis 35 ans à la découverte de différents groupes ethniques. Chaque année, au cours de ce festival qui a lieu dans l’Allier durant dix jours au mois de juillet, il invite des personnes de différents horizons pour leur offrir une occasion de rencontre et de partage.

Récemment, Roche a participé au Congrès international du patrimoine culturel immatériel à Ispahan. A cette occasion, il a rencontré des artistes iraniens qu’il envisage d’inviter l’an prochain à son festival. C’est à cette occasion que nous avons réalisé un entretien avec lui.

Pourriez-vous tout d’abord nous présenter le festival des cultures du monde ?

Le festival consacré aux cultures du monde est un événement qui se passe à Gannat, qui est une ville de 6000 habitants située au centre de la France. Cela représente pour nous une occasion d’inviter des peuples du monde entier, de différentes cultures, de différentes couleurs de peau, pour réaliser différentes danses, présenter divers styles de musiques etc. Ce festival a été créé il y a quarante ans par notre groupe folklorique.

Jean Roche

Qui est à l’origine de cette idée de festival ? Vous êtes-vous inspiré d’autres manifestations artistiques ?

J’ai moi-même au départ créé le groupe folklorique « la bourrée gantoise » qui est à l’origine du festival, puis l’idée a suscité de l’enthousiasme au sein du groupe et de la population. Ce festival a donc été créé par la société civile, et non par une organisation municipale ou politique. Au cours des années, j’ai aussi assisté à de nombreux festivals internationaux dans ce domaine, pour retenir ce qui est le meilleur chez les autres et essayer de l’appliquer chez soi.

Que signifie pour vous la notion de folklore ? Et celle de culture immatérielle ?

Le mot folklore est un mot d’origine anglaise composé de folk, le peuple et lore, la légende, l’histoire, le savoir. Ce terme désigne donc le savoir du peuple. Mais il a eu des sens différents et parfois péjoratifs. On a ainsi parfois assimilé le folklore à tout ce qui est passéiste, alors qu’il désigne une réalité bien vivante. Le folklore est une tradition qui se perpétue, qui se modifie. Il conserve un rapport à ses origines mais se transmet de génération en génération avec des apports distincts à chaque époque.

En ce qui concerne la culture immatérielle, c’est une expression qui a été retenue par les instances de l’Unesco. Au départ, on l’a nommée « culture traditionnelle populaire », mais l’expression n’a pas fait l’unanimité. Il y a eu ensuite « culture intangible », mais ce n’était pas très parlant, puis on a ensuite proposé « patrimoine immatériel ». Ce patrimoine immatériel est justement cette transmission de savoir qui s’adapte bien sûr à la modernité, mais dont la transmission est essentielle et dont certains éléments dignes d’intérêt au niveau anthropologique et ethnographique ont besoin d’être conservés.

Quelles sont les nationalités que vous invitez au festival des cultures du monde ?

Il n’y a pas de règle particulière. Tout pays qui accepte de venir et de vivre un échange dans le respect des autres cultures est le bienvenu.

Quelles sont vos motivations pour y inviter un groupe d’artistes iraniens ?

D’une part, l’Iran n’a jamais été présent au festival. D’autre part, ce qui est important pour nous est que l’Iran est un pays ayant une histoire riche et de grandes valeurs traditionnelles. Il s’intéresse aussi au patrimoine immatériel et a des chefs-d’œuvre inscrits sur la liste de l’Unesco. Pour ces raisons, il est important pour nous d’inviter ce pays et pour ce faire, nous avons profité de notre présence ici, à l’occasion de ce congrès. C’est notre première visite en Iran et nous voudrions pouvoir inviter dès l’année prochaine une délégation iranienne au festival de Gannat pour que la population française connaisse l’Iran - non pas celui présenté par la presse, mais le vrai Iran.

Qu’avez-vous pensé de la musique iranienne sur scène ?

Nous avons vu et entendu un ensemble de musique traditionnelle qui nous présentait la diversité des instruments et des régions en Iran. C’était très beau et intéressant ! Cela donne envie justement de mieux connaître cette musique qui doit être différente de région en région.

Quel était votre point de vue sur l’Iran avant d’y venir ?

Comme beaucoup de Français, avant de venir, ce pays était pour moi un point d’interrogation. C’est une région qui apparaît dangereuse à un bon nombre de Français. Il y avait donc une certaine hésitation, mais bien entendu nous sommes venus et nous en sommes très heureux.

Et maintenant ?

Il faudrait que le nombre de visiteurs augmente pour qu’un plus grand nombre comprenne la culture iranienne. Il faut aussi davantage d’échanges culturels entre l’Iran et l’Europe. C’est ce que nous souhaitons.

Quelle est votre impression générale sur votre séjour en Iran ?

Nous avons été très bien reçus. L’Iran a une population accueillante. Nous avons eu l’occasion de connaître des aspects inconnus de ce pays, nous avons senti que c’est un peuple qui a envie de parler, d’expliquer sa culture, ses traditions. Nous repartons avec une bonne image de votre pays.


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