N° 140, juillet 2017

La Maison Behrouzi
Une maison ancienne de Qazvin transformée en hôtel


Babak Ershadi


Depuis trois ou quatre décennies, les « maisons anciennes » sont considérées comme des éléments à part entière du patrimoine historique, socioculturel et architectural d’une ville, village ou région, et ont accédé au statut d’attraction touristique. Dans ce sens, on entend par « maison ancienne » une œuvre architecturale représentative de l’histoire relativement récente d’une ville, d’un village ou d’une région. Ces maisons représentent aussi un patrimoine « intime » du fait qu’elles avaient une fonction utilitaire, quotidienne et familiale les distinguant des œuvres de l’Histoire lointaine ou de la grande architecture publique, administrative ou monumentale.

Photos : la Maison Behrouzi

La particularité de ces maisons anciennes est qu’elles sont considérées comme « habitées jusqu’il y a peu », c’est-à-dire jusqu’à il y a 100 à 200 ans. De ce point de vue, ces maisons sont révélatrices d’un mode de vie traditionnel montrant comment vivaient les habitants d’une ville ou d’un village il y a une époque relativement récente, avant ou pendant le mouvement de la modernisation, c’est-à-dire la deuxième moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle. La question n’est plus archéologique ou paléographique : Qui furent nos aïeux historiques et lointains ? ; elle est intime et familière : Comment vivaient nos grands-parents ? Ces hommes-là ont vécu ce que nous aurions pu vivre « il y a peu », ils ont droit à toute notre attention.

Comme les villes d’autres pays du monde, les villes d’Iran sont fières de leur patrimoine architectural. Outre des constructions urbaines dont la valeur est due en grande partie à leur monumentalité, leur historicité ou leurs valeurs culturelles et symboliques, les villes ont encore de quoi mettre en valeur leur mode d’habitat et leur architecture de maisons. Depuis une quarantaine d’années, les villes sont de plus en plus sensibles à cet héritage urbain intime. Les anciennes maisons de riches et de notables locaux sont systématiquement réparées, restaurées et transformées parfois en musées. Ces maisons sont nommées à partir du nom de leurs anciens propriétaires qui étaient souvent gouverneurs, riches et notables de leur temps. Ces constructions, destinées à l’origine à un usage privé, avaient généralement quelques caractéristiques communes : superficie importante, adaptation aux conditions climatiques et saisonnières de la région, division en deux parties "privée" (andarouni) et "publique" (birouni), une architecture de qualité supérieure (plans, matériaux, ornements) par rapport aux maisons ordinaires, etc. [1]

La maison Behrouzi n’est pas la seule « maison ancienne » de la ville de Qazvin ; la préfecture en ayant recensé une soixantaine. La plupart de ces maisons sont des propriétés privées et familiales, mais la mairie de Qazvin s’est dite prête à apporter un soutien spécial aux propriétaires souhaitant réhabiliter ou restaurer leurs maisons. Un petit nombre de ces maisons appartiennent actuellement à l’Organisation du patrimoine culturel de la province de Qazvin qui se charge de leur revalorisation dans un but à la fois patrimonial et touristique. La maison Behrouzi, dont le nom a été intégré à la liste des Œuvres nationales en 2005, est la seule maison ancienne de la province de Qazvin à avoir été restaurée et aménagée avec le soutien des autorités locales et grâce aux investissements du secteur privé pour s’adapter à une nouvelle fonction hôtelière. Le « Traditional Behrouzi Hotel » de Qazvin a été inauguré le 20 mars 2015 à la veille de Norouz, le Nouvel An persan. Les responsables du patrimoine culturel de la province de Qazvin espèrent que le succès de ce projet pilote encouragera les propriétaires d’autres maisons anciennes à entreprendre réhabilitation et restauration dans une perspective stimulante, ouverte et professionnelle.

La maison Behrouzi se situe dans le centre historique de Qazvin, au bout d’une impasse, rue Zargarhâ (rue des orfèvres), à deux pas du Bazar. Cette demeure a été construite durant l’ère qâdjâre, vers 1830, sur un terrain de 1355 m². Sa surface bâtie au sol est de 1210 m². Le bâtiment, essentiellement en briques rouges et orange, est composé d’un seul étage et d’une grande cave au sous-sol. Selon le mode de construction de l’époque, cette grande maison possède deux parties, l’une intérieure et intime réservée aux membres de la famille (andarouni), l’autre extérieure et publique destinée aux visiteurs extérieurs (birouni).

Les édifices de cette maison sont disposés autour d’une cour centrale, et possèdent chacun leurs propres cours. Les deux édifices sont situés des deux côtés de la cour centrale, l’un estival, l’autre hivernal, selon les règles de l’architecture traditionnelle. Les habitants de ce type de grandes demeures avaient la possibilité de choisir les pièces de vie selon, à chaque saison, la position du soleil dans le ciel.

À l’extérieur, le bâtiment est décoré avec des briques et ses portes et fenêtres sont vitrées. L’existence d’une cour centrale est une tradition très ancienne en Iran, dont les origines remontent, selon les recherches archéologiques, au VIe millénaire avant notre ère. Cette tradition architecturale existait aussi en Mésopotamie antique. Selon les méthodes introverties de la construction des maisons iraniennes, le bâtiment n’avait pas de fenêtres ou d’ouvertures sur la rue. L’existence d’une cour centrale créait donc la possibilité d’installer les fenêtres sur les murs intérieurs du bâtiment. D’après le plan habituel des anciennes maisons iraniennes, au centre de la cour se trouvait un bassin d’eau entouré d’arbres et d’un petit jardin.

 

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Transformée en hôtel, la maison Behrouzi compte aujourd’hui douze chambres et peut accueillir trente voyageurs. Un hammam traditionnel a été construit dans la cour. A la suite des restaurations, la maison possède maintenant un restaurant qui sert surtout les plats traditionnels de Qazvin, dont le célèbre gheymeh ressâr [2]. Le pain est cuit dans un four traditionnel sur place. Le personnel est sympathique et offre aux clients un bon exemple de l’hospitalité iranienne et des us et coutumes de Qazvin. L’ambiance de l’hôtel est conviviale, surtout quand les gens se réunissent dans la cour pour boire du thé, écouter de la musique jouée sur place, et faire des rencontres.

La maison Behrouzi est située dans le centre historique de la ville de Qazvin, à quelques minutes à pied du grand bazar traditionnel. Les clients du « Traditional Behrouzi Hotel » ont donc un accès facile au centre-ville et peuvent profiter de l’ambiance des quartiers anciens de cette ville.

Qazvin n’est malheureusement pas dotée d’un grand nombre d’hôtels. Depuis quelques années, le nombre de touristes étrangers qui visitent l’Iran augmente et il faut développer, surtout dans une ville comme Qazvin qui a un très grand potentiel touristique, les infrastructures nécessaires pour accueillir le nombre croissant des voyageurs. La construction d’un grand hôtel classé quatre ou cinq étoiles prend beaucoup de temps, et nécessite des financements colossaux. C’est la raison pour laquelle le groupe hôtelier Arshia [3] a pris l’initiative d’entamer des négociations avec l’Organisation du patrimoine culturel de la province de Qazvin pour la transformation d’une maison ancienne de la ville en hôtel. Finalement, la maison Behrouzi a été retenue pour ce projet en raison de son emplacement, son architecture et son état de conservation remarquable. La mairie de Qazvin a soutenu le projet, et les travaux de restauration ont été effectués en une vingtaine de jours grâce à la mobilisation d’une équipe de 150 personnes avec un budget de près de 40 000 dollars. Le projet suivait plusieurs objectifs : engagement du secteur privé, réduction des frais et de la durée des travaux, retour rapide sur investissement en cas de réussite du projet.

Deux ans après son inauguration, le projet de « Traditional Behrouzi Hotel » est un succès. L’organisation du patrimoine culturel de Qazvin se dit prête à reprendre ce type de projet avec la coopération du secteur privé. Cette organisation offrira ainsi ses conseils techniques à ses partenaires privés qui pourront également profiter de crédits bancaires et d’exemptions fiscales. Des études de faisabilité sont actuellement en cours pour la restauration de six maisons anciennes et sept caravansérails de Qazvin pour leur reconversion en hôtel. Les responsables de la mairie estiment, quant à eux, que l’élaboration de ces projets jouera un rôle dans la revalorisation des quartiers grâce à la présence des voyageurs et des touristes et à la relance des activités. La maison Behrouzi est particulièrement animée pendant les vacances de Norouz, le Nouvel An persan, grâce aux spectacles vivants organisés à l’hôtel.

Notes

[1Ershadi, Babak, "La maison Sharifi-hâ, une maison de demain dans le Téhéran d’aujourd’hui", in : La Revue de Téhéran, n° 111, février 2015, pp. 48-49. Accessible à : http://www.teheran.ir/spip.php?article2025#gsc.tab=0

[2Plat traditionnel de Qazvin à base de riz pilaf avec viande d’agneau, amandes, pistaches, safran, et un mélange spécial d’épices que l’on peut acheter au bazar de Qazvin. Sophistiqué et riche, le gheymeh nessâr est un excellent plat de fête.

[3Arshia est un groupe hôtelier privé qui assure, dans plusieurs provinces iraniennes, la gestion d’hôtels et d’établissements hôteliers dont il est locataire ou propriétaire.


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