N° 148, mars 2018

Aperçu des activités minières de la province de Zanjân


Babak Ershadi


La province de Zanjân est, depuis plusieurs décennies, l’un des pôles importants d’activité minière en Iran. La mine la plus célèbre de la province est celle d’Angourân, qui constitue la plus grande réserve de minerais de plomb et de zinc dans toute la région du Moyen-Orient, avec une qualité et une teneur exceptionnelles au niveau mondial.

Il est confirmé aujourd’hui par des découvertes archéologiques que l’histoire des activités minières dans l’actuelle province de Zanjân remonte à l’Antiquité. Ce fut en 1993 que les mineurs de Tchehrâbâd, une mine de sel toujours active de la province, ont découvert accidentellement le premier « homme de Sel ». Le corps habillé de cet homme a été transféré au Musée national d’Iran à Téhéran où sa tête et son pied gauche, naturellement momifiés par le sel, sont exposés sous verre dans la grande salle du musée. 

L’un des hommes de sel découvert par les mineurs dans la mine de Tchehrâbâd.
La tête du premier homme de sel de Tchehrâbâd exposé sous verre au Musée national d’Iran à Téhéran.

Avec cette découverte, Tchehrâbâd, petit village ancien de la province de Zanjân, avec 400 habitants, situé à 70 kilomètres à l’ouest du chef-lieu de la province (à 340 kilomètres à l’ouest de Téhéran), a attiré l’attention des milieux scientifiques et archéologiques iraniens et internationaux. Cependant, cette première découverte n’a pas conduit les archéologues à croire à l’existence d’activités minières antiques dans ce site : le sel est un antiseptique naturel qui prévient la prolifération bactérienne, mais il est aussi un déshydratant, ce qui crée les conditions favorables à la momification naturelle du corps humain. Cet homme de sel porte une boucle d’oreille en or massif à l’oreille gauche, un vêtement en textile et des bottes en cuir de « bonne qualité », ainsi qu’une sacoche, elle aussi en cuir. Cela signifierait qu’il aurait été un homme de haut rang. Cependant, la cause de sa présence dans cet endroit et les circonstances de sa mort n’ont pas été élucidées. La datation par le carbone 14 des textiles et des os a néanmoins permis de découvrir que l’événement avait eu lieu il y a environ 1700 ans, à une période marquée par la fin de la dynastie des Parthes arsacides (250 av. J.-C.-224 apr. J.-C.). L’homme de sel mesurait 1.70 m et avait 35-40 ans à sa mort. « L’analyse ADN de ses cheveux montre que son groupe sanguin était B+. » [1] 

Les archéologues travaillent dans la mine de sel de Tchehrâbâd où sont trouvés les hommes de sel.

Mais ce n’est pas le seul homme de sel découvert dans la mine de Tchehrâbâd. De 2004 à 2007, cinq autres corps momifiés y ont été trouvés par les mineurs. Ces nouvelles découvertes ont confirmé l’existence d’activités minières pendant une longue période de l’antiquité. Ces momies appartenaient certainement aux mineurs antiques. A côté des corps ont été découverts des cordes, des poteries, une lampe en terre cuite et des outillages en fer. Les archéologues ont une idée plus claire concernant la raison des décès ; sans doute des accidents du travail (chutes ou effondrements de tunnels). Les six hommes de sel de Tchehrâbâd (quatre hommes adultes, un adolescent et une femme) vivaient à deux périodes historiques différentes : trois d’entre eux appartiennent, selon les recherches, à une période d’il y a 2200 ans, ce qui signifie qu’ils vivaient durant l’ère achéménide tardive (559-330 av. J.-C.). Trois autres vivaient il y a 1700-1800 ans, ce qui les place à une période marquée par la fin de l’empire des Parthes arsacides et les débuts de la dynastie des Perses sassanides (224-651 de notre ère). 

L’un des cinq hommes de sel conservés au musée archéologique de Zanjân.

* * *

 

Aujourd’hui, il existe au total plus de 320 mines et carrières à ciel ouvert et 4 mines souterraines. Jusqu’à présent, les autorités de la province ont accordé des agréments et des autorisations d’exploitations minières pour plus de 500 millions de tonnes des réserves minières confirmées de la région. La situation géologique de la province de Zanjân explique l’abondance et la diversité considérables de ses gisements (à l’exception du pétrole et du gaz naturel). 75 carrières de pierres de construction et de pierres décoratives, mais aussi des mines de calcaire, de travertin, de granit, boracite, de silice, de feldspath, de fer, de charbon, de sel, etc. sont aujourd’hui en activité dans cette province. 

 

La chaussure et le pied droit de l’un des hommes de sel de Tchehrâbâd.

La mine d’Angourân est la plus grande mine de plomb et de zinc de toute la région du Moyen-Orient. Elle se situe à 135 kilomètres au sud-ouest de la province de Zanjân, près de la ville de Dandi (2000 habitants). La route qui relie la mine à Dandi, puis à Zanjân, est de 120 kilomètres. Elle se trouve dans une zone montagneuse à une altitude de 2950 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le printemps et l’automne sont relativement courts et le passage entre la saison chaude et froide assez rapide.

On ignore le passé lointain de cette grande mine de plomb et de zinc. Cependant, nous savons que depuis très longtemps, les mineurs y exploitaient de la galène [2]. La galène transformée en une poudre très fine était un ingrédient indispensable du kohl, substance cosmétique ancienne utilisée pour maquiller ou soigner les yeux. 

Le Musée archéologique de Zanjân.

Le premier agrément délivré par les autorités compétentes pour l’exploitation de la mine d’Angourân date d’il y a près de cent ans, vers la fin du règne de la dynastie des Qâdjârs (1786-1925). Mais ce fut en 1945 que les travaux d’exploitation commencèrent à Angourân sous l’égide d’Abolghâssem Saffâri, qui en avait obtenu l’agrément lui-même une vingtaine d’années plus tôt. En 1953, M. Saffâri vendit sa concession à une société privée qui poursuivait les travaux d’exploitation selon des méthodes anciennes non mécanisées. En 1979, date de la victoire de la Révolution islamique, la mine était exploitée par la société iranienne Calcimine. Cette dernière a été nationalisée après la Révolution, et les travaux ont commencé pour mécaniser les méthodes de travail. En 2002, la mine a été de nouveau confiée à une société privée.

Un chantier à ciel ouvert de la mine de plomb et de zinc d’Angourân.

Au départ, la mine d’Angourân était uniquement à ciel ouvert, mais avec la mécanisation des travaux, des tunnels y ont été creusés pour avoir accès aux gisements souterrains. L’exploitation se poursuit actuellement à la fois dans les tunnels et dans la mine à ciel ouvert.

La mine d’Angourân est le plus grand producteur de minerais de zinc et de plomb en Iran, et la plus grande mine active de ces minerais au Moyen-Orient, mais sa fin semble d’ores et déjà annoncée. En dépit de la très grande qualité et de la teneur exceptionnelle de ses minerais, les explorations pour découvrir de nouvelles réserves sur ce site ont échoué. Dans un proche avenir, les réserves confirmées de la mine, qui se chiffrent à neuf millions de tonnes, seront épuisées.

Mine de plomb et de zinc d’Angourân

Avec le rythme actuel de l’exploitation (un million de tonnes par an), il n’y aura plus de minerais exploitables à Angourân d’ici dix ans. Dans une décennie, la plus grande mine active de plomb et de zinc du Moyen-Orient sera donc fermée. Mais des études et des explorations ont commencé depuis une vingtaine d’années pour trouver des alternatives. Ces recherches ont heureusement abouti, quoiqu’à une distance considérable par rapport à Angourân. Des gisements de minerais de plomb et de zinc ont été découverts depuis longtemps à Mahdi-Âbâd, dans la province de Yazd (centre), à une distance de 850 kilomètres d’Angourân à vol d’oiseau. Bien que les gisements de Mahdi-Âbâd n’aient pas la haute qualité de ceux d’Angourân, ses réserves exploitables confirmées s’élèvent à plus de 160 millions de tonnes et pourront assurer pendant une longue période les besoins de l’industrie iranienne en matière de minerais de plomb et de zinc. Des études sont également en cours pour examiner la possibilité du transfert des industries de transformation des minerais de plomb et de zinc d’Angourân à Mahdi-Âbad. A présent, plusieurs usines de transformation sont actives dans la province de Zanjân dont les activités dépendent étroitement de celles de la mine d’Angourân : galvanisation, production d’oxyde de zinc en poudre, de sulfate de zinc, etc.

 

L’usine de transformation de la mine d’Angourân.

    Notes

    [1Mahnâz Rezaï, "Les hommes de sel de la mine de Tchehrâbâd", in : La Revue de Téhéran, n° 36, novembre 2008, pp. 88-91., accessible à : http://www.teheran.ir/spip.php?article826#gsc.tab=0

    [2Minerai essentiellement composé de sulfure de plomb, avec des traces d’autres minéraux métalliques (argent, cuivre, zinc, cadmium, fer et or).


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