N° 17, avril 2007

Natanz, les jardins oubliés


Jacqueline Mirsâdeghi


La route de Qom et Kâshan m’est devenue très familière. Passé Kâshân, nous nous retrouvons seuls sur la route, car la grande majorité des camions, bus et voitures, prend la nouvelle route en direction d’Ardestân, de Naïn, de Yazd ou de Kermân pour descendre vers le Golfe persique, à Bandar Abbâs. La chaleur du désert se fait sentir, même en avril. Passé la bifurcation vers Abyâneh, la route se met à onduler pour s’enfoncer dans les montagnes en bordure du grand désert. Nous prenons de l’altitude et passé un petit col, la route atterrit sur un haut plateau. Entre feu et glace, entre désert et montagnes : Natanz, une petite ville cachée derrière de luxuriants jardins, comme une oasis posée au hasard sur un haut plateau, entourée de montagnes ; à quelques kilomètres vers l’est, passé une petite chaîne de montagnes dont les formes préfigurent la présence du désert, on retrouve la configuration plate du grand " kavir ", qui occupe une bonne partie de la géographie de l’Iran central.

Depuis la route nationale, nous repérons vite la Mosquée Jâmeh, dont le minaret et le dôme en forme de cône, se distinguent d’un quartier de maisons en terre par leurs mosaïques turquoise. Sur une petite place aux arbres centenaires, nous découvrons la façade de cette ancienne mosquée, un chef d’œuvre de mosaïques turquoise et de pierres gravées. Entre les deux étages ouverts qui bordent la cour intérieure, on retrouve des inscriptions coraniques très stylisées, gravées dans la pierre. Dans une salle, en retrait, une lumière douce est diffusée dessous la haute voûte par des encadrements de fenêtres travaillées ; là aussi, les superbes inscriptions qui longent la pièce sont une synthèse entre espace et lumière.

La Grande Mosquée (Jâmeh) de Natanz

Autour de la mosquée, le vieux quartier de maisons en torchis est encore plus ou moins intact. Mais, ailleurs dans la petite ville, on remarque surtout l’état de ruine plus ou moins avancé de ces maisons en terre traditionnelles. Cet autre Iran, le voici : des vestiges qui suggèrent qu’à une époque (pas si lointaine !), l’homme était encore l’artisan de sa propre maison ; en témoignent les rondeurs des murs, la forme des escaliers, les angles arrondis des portes et fenêtres. Dans les maisons en terre (torchis), il n’y a pas d’angles droits ; tout suit la courbe naturelle que lui a donné la main de l’homme, mettant à profit les matériaux trouvés sous ses pieds : on ne peut rester indifférent à cet ensemble harmonieux et à l’atmosphère très spéciale qui s’en dégage. Sous le charme de cette architecture " naturelle", on commence alors à détester farouchement la laideur des " nouvelles" maisons à supports en acier, rembourrées de briques et dont la finition extérieure n’aura peut-être jamais lieu. Carrées, alourdies d’encadrements de fenêtres en métal, surmontées de gros climatiseurs rouillés aux gros tuyaux d’échappement, leur laideur choque au milieu de la douceur et de la chaleur du torchis. Mais ce qui fait le plus mal au cœur, c’est de voir qu’une grande majorité de ces maisons en torchis sont à l’abandon et qu’il y a seulement une infime minorité de gens qui continuent à construire des maisons de terre !

Une vue des vieilles maisons de Natanz et de leurs jardins

Nous nous arrachons avec peine aux charmes de Natanz, en jurant d’y retourner pour explorer les petites allées perdues entre les vieilles maisons et leurs jardins aux hauts arbres. La route quitte le plateau de Natanz pour descendre vers une petite plaine sèche, parsemée de villages en torchis. Et ainsi, de plateaux en plaines, où les arbres et la végétation indiquent la présence des villages, nous nous éloignons des hautes montagnes de Karkas pour entamer une dernière ligne droite d’une vingtaine de kilomètres, sans voir âme qui vive. Nous rejoignons la route que tout le monde emprunte pour aller de Téhéran à Ispahan et, sans grande joie, nous nous mêlons à la nationale surpeuplée, déjà nostalgiques de cet enivrant sentiment d’espace et de solitude.

Un arbre à coing

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