N° 32, juillet 2008

Ali Bâbâtchâhi et une nouvelle définition de l’amour


Khadidjeh Nâderi Beni


En poésie, lorsque nous nous confions à un "lui" intérieur, il prend de l’ascendant sur tous les aspects de notre monde mystérieux, même s’ils sont tout à fait différents les uns des autres... Nous lui fournissons une clé fantastique qui lui ouvre les portes et les armoires poussiéreuses (de l’intérieur). Et grâce aux rayons de sentiments et de bienveillance que nous émettons envers les objets, notre "lui" devient un "pur observateur". A partir de ce moment, nous faisons la cour non seulement à la blancheur du papier, à la coquetterie de la plume et à la tranquillité de la chambre, mais aussi à toute molécule de l’univers. On dirait que nous possédons la clé du monde, lequel devient poésie pure. Un poème, somme de toute joie et de toute peine. C’est au travers de l’harmonie paradoxale de ces joies et peines que l’on peut découvrir une musique merveilleuse, rendant, outre l’amour, sens à la vie et à la mort, et même à notre moi poétique.
Ali Bâbâchâhi

Exprimant le tempérament contestataire du poète, la poésie de Bâbâtchâhi explore l’amour et la société, reflétant parfois une couleur locale provenant de son enfance à Bouchehr [1]. Son langage est simple, mais ne dédaigne pas les ornements stylistiques. La vie littéraire de Bâbâtchâhi ne se résume pas à sa carrière poétique, il est en outre prosateur et critique. Ses recueils les plus importants sont :

Le monde et ses éclats mélancoliques (1348/1969) ; De la génération du soleil (1353/1974) ; Le son du sable (1356/1978) ; Le chant des marins (1368/1989) ; Recueil poétique (1369/1990)

A moins que tu ne viennes

De ton retour je suis autant enchanté

Qu’un enfant

De l’arrivée de la fête

Qu’une hirondelle

Du matin de printemps.

Et moi

Je suis de ta visite

Tellement occupé dans ton miroir

Que j’ai perdu conscience

D’un monde passant de toute part

Aux saisons sanglantes, aussi,

Est-il possible l’amour

...

A moins que tu ne viennes

A moins que tu n’apparaisses de la fleur

A moins que tu ne descendes du soleil

Sinon le jour

Ne sera qu’un cercueil, sur les épaules des nuages

Qui nous amène

Jusqu’aux horizons inconnus

Et l’amour

Est une gazelle mourante

Qui met la tête sur les épaules de la pluie

Hélas !

Moi

Où dois-je te revoir ? Brillante étoile !?

Sans toi

Je vieillirai

Avant l’arrivée de l’aube.

Pourquoi le brun ?

Pourquoi la mort,

La trace de la mort

Sont-elles brunes ?

Pourquoi les feuilles tombées sur la piste de la mort,

Sont-elles brunes ?

Pourquoi la mort,

Pourquoi la feuille, sont-elles brunes ?

Par ce secret, le verre brise

Et le pot, par cette couleur

Et le miroir, par ce mot.

La maison s’enflamme par ce terme, par cette musique

Tant de mots, tant de secrets, tant de couleurs, tant de...

Pourquoi le mot, la parole, la couleur, le pot

Sont-ils bruns ?

Pourquoi la feuille,

La mort, sont-elles brunes ?

La mort

Me regarda

Au-delà du mot

Au-delà de la couleur

Au-delà du parfum

Au-delà d’une nouvelle mélodie

De ses yeux bruns

....

Source :

Ya’aghoubchâhi, Niâz, Acheghânehâ, Téhéran, Hirmand, 1377.

Notes

[1Province du sud de l’Iran, au bord du Golf Persique.


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