N° 28, mars 2008

Izeh : capitale de l’Elam, berceau du peuple Bakhtiyâri


Kiyanoush Limouchi
Traduit par

Babak Ershadi


Paysage d’Izeh

La ville d’Izeh se situe au Khûzistân, au Nord-est du chef-lieu de la province, Ahvaz. A proximité des départements de Masdjed-Soleimân et de Bâq-Malek (Khûzistân), Izeh avoisine les deux provinces de Kohgîluyeh-Boyer’Ahmadi (Est) et Tchâhâr Mahâl-Bakhtiyâri (Nord). Selon les dernières divisions administratives, le département d’Izeh compte huit communes : Centre, Pione, Morqâ, Susan est, Susan ouest, Donbâléroud nord, Donbâléroud sud, et Dehdez. Le département d’Izeh a une superficie de 4035 km² et abrite près de 209 000 habitants, selon le dernier recensement national. Situé dans une plaine, au pied des montagnes du Zagros, le département d’Izeh est essentiellement habité par une population nomade, les Bakhtiyâris, qui sont de grands éleveurs de bétail.

Ville élamite d’Anshân

La ville d’Izeh (appelée "Anshân" ou "Anzâne" à l’époque de la civilisation de élamite) se situe dans une région peuplée par l’homme depuis au moins 40 000 ans, d’après les recherches archéologiques. La ville antique était l’ancienne capitale du royaume élamite durant les périodes haute et moyenne de la civilisation de l’Elam. La ville moderne garde encore les souvenirs de cette période ancienne : les bas-reliefs élamites à Eshkaft-Salman (Tarishâ), à Koul-Farah (Nârsinâ), à Khang Ajdar, et la célèbre statue de "l’Homme de Shami" découverte dans un village du même nom, conservée actuellement au Musée National d’Iran.

Anshân fut une agglomération très ancienne, peuplée depuis au moins 6 000 ans av. J.-C. Elle devint l’une des principales cités du pays élamite, vers la fin du IVe millénaire av. J.-C., en raison de sa situation géographique qui l’avait placée sur les routes commerciales importantes du monde antique. Selon les archéologues, la culture élamite serait originaire du pays montagneux d’Anshan, le cœur de l’Elam historique. En effet, il semble que c’est à cette période que le peuple élamite commence son expansion.

Les bas-reliefs élamites à Eshkaft-Salman

Au IIIe millénaire avant notre ère, les Elamites avaient déjà fondé un royaume puissant à Anshân. Les souverains des régions du nord de l’Elam dominaient le royaume et firent d’Anshân l’une des villes principales de l’Elam. Pendant cette période, le royaume de l’Elam prit un caractère dual entre deux parties du territoire des Elamites : un haut pays montagneux autour de la ville d’Anshân, et un bas pays appelé la Susiane autour de la ville de Suse. Au IIe millénaire av. J.-C., Suse devint la capitale principale de l’Elam, mais Anshân garda toujours sa primauté, comme nous le prouve le titre des souverains élamites de la période qui se nommaient "roi d’Anshân et de Suse".

Les Elamites parlaient une langue n’appartenant ni à la famille des langues indo-européennes, ni à la famille des langues mésopotamiennes (sumériennes ou sémitiques).

Depuis le IIIe millénaire avant J.-C., les Elamites, influencés par le système d’écriture développé par les Sumériens voisins, commencèrent à transcrire leur langue dans un système original semi-pictographique appelé écriture élamite cunéiforme. Ils détruisirent la cité d’Ur vers 2000 av. J.-C. et eurent par la suite une grande influence sur les souverains de Babylonie. Un nouveau royaume élamite apparut vers le milieu du VIIIe siècle, mais il fit l’objet de fréquentes attaques par l’Assyrie.

En 645, les Assyriens commandés par Assourbanipal pillèrent Suse et annexèrent le pays. Par la suite, l’Ilam fut conquis par la Médie. Cyrus le Grand l’incorpora finalement dans son empire perse des Achéménides. Au Ier millénaire av. J.-C., la région d’Anshân passa aux mains des Perses. Les souverains locaux d’origine élamite reprirent le titre de "rois d’Anshân". Mais Anshân et Suse furent vite reléguées au second plan avec la construction de nouvelles capitales achéménides à Pasargades et à Persépolis. La ville d’Anshân fut abandonnée durant cette même période, tandis que Suse avait toujours gardé son importance sous l’empire achéménide.

Izeh sous les Séleucides et les Arsacides

Lions en pierre, Izeh

A l’époque où Alexandre commença sa marche vers l’Orient pour conquérir l’empire des Achéménides, la ville ancienne d’Anshân avait déjà disparu pour céder sa place à une nouvelle ville nommée dès lors "Izeh". Comme à la période de la civilisation élamite, les régions du Nord-est du Khûzistân actuel furent habitées essentiellement par des tribus nomades vivant de l’élevage de bétail. Pour avancer vers Persépolis, les armées d’Alexandre devaient prendre d’abord Suse, et traverser ensuite le territoire montagneux du Zagros habité par les descendants des anciens Elamites.

Les nomades et les habitants des villes de cette région ne surent résister longtemps aux attaques éclair de l’armée des Macédoniens. Alexandre fit bâtir de nombreuses forteresses dans les montagnes du Zagros et ses hommes s’installèrent dans cette région. Sous les Séleucides, les habitants de ces régions montagneuses formèrent vite un royaume local plus ou moins indépendant hostile aux souverains séleucides qui avaient partagé entre eux, les pays conquis par Alexandre.

Une grande statue de bronze a été découverte sur ce site antique. Conservée actuellement au Musée national d’Iran, elle date de 100 à 50 av. J.-C.

Le royaume des Almaïs (les descendants des Elamites montagnards) entra en guerre contre le souverain séleucide Antiochos III. Ce dernier fut assassiné enfin lors d’un combat contre les Almaïs. Ces derniers réussirent ainsi à conquérir de vastes régions entre le Zagros et la côte du golfe Persique.

L’expansion du royaume des Almaïs affaiblit l’Etat des Séleucides, et rendit le terrain propice à la formation d’une nouvelle puissance iranienne, celle des Arsacides. Avec la victoire définitive de Mithridate Ier sur le dernier souverain séleucide, les Iraniens arrivèrent à mettre fin au contrôle des Séleucides sur les régions situées à l’est de l’Euphrate. Les peuples montagnards du Zagros central y jouèrent un rôle déterminant. Les conquérants Parthes fondèrent leur dynastie arsacide, et en signe de reconnaissance envers les nomades du Zagros, ils fondèrent près du village actuel de Shâmi (à 45 km de Malamir de l’époque élamite), une ville et un grand temple qui devinrent la capitale estivale des rois arsacides. Une grande statue de bronze a été découverte sur ce site antique. Conservée actuellement au Musée national d’Iran, elle date de 100 à 50 av. J.-C.

Cette statue haute de deux mètres environ montre un homme Parthe, qui pourrait être un gouverneur local de la région. Ce temple avait été construit dans un emplacement entouré de colonnes de marbre. Pendant les cinq siècles du règne des Parthes sur le plateau iranien, la région d’Izeh devint un centre important de l’empire.

Izeh et les origines des Bakhtiyâris

Le nom moderne d’Izeh apparaît pour la première fois dans les documents datant de l’empire des Sassanides. La ville fut construite près des ruines de l’ancienne Anshân et fut prospère pendant toute la période sassanide. Pendant la période islamique, la ville fut nommée "Izadj".

Les bas-reliefs élamites à Koul-Farah

Selon les documents archéologiques et les données anthropologiques, il faut chercher les origines des Bakhtiyâris dans le territoire ancien d’Anshân, c’est-à-dire dans la région d’Izeh d’aujourd’hui. Il paraît que les ancêtres du peuple nomade (Bakhtiyâri) qui habite aujourd’hui le Zagros central, y vivaient à la même période que les Elamites, avant l’arrivée des tribus aryennes. Dans les écritures cunéiformes datant de l’empire achéménide, les habitants de ces régions étaient nommés "élamites montagnards".

Le chercheur iranien Seyyed Mohammad Ali Emam évoque les écrits de Strabon et d’Hérodote selon lesquels les habitants des régions centrales du Zagros étaient un peuple qui y vivait avant l’arrivée des Aryens. Les inscriptions découvertes à Ashkoft-Soleimân près d’Izeh sont en écriture élamite.

Sur ces inscriptions rupestres, il est écrit : "Je suis Shilhak-Inshushinak, fils de Shutruk-Nahhunte, roi puissant d’Anshân. J’ai détruit totalement le temple de Kiririsha, déesse de la ville de Liyan [actuellement à Boushehr]. Je l’ai reconstruit de nouveau en y faisant installer des pierres précieuses et du métal noble [de l’or]. J’ai offert des cadeaux à la déesse Kiririsha qui gouverne la ville de Liyan. Que ce temple soit éternel."


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