La ville de Sirâf ou plutôt le port de Sirâf, située au centre de la grande ville de Kangân, est l’un des vestiges historiques du port de Boushehr, au sud de l’Iran, sur les bords du Golfe Persique.

Cette ville fut pendant très longtemps l’un des plus importants et anciens ports de la Perse et même de l’Asie du sud-ouest, où les grands navires des armateurs prospères jetaient l’ancre à longueur d’année. On y importait et exportait des produits venant des quatre coins du monde, en particulier de l’Asie de l’Est et de l’Afrique.

L’architecture particulière de Sirâf est très semblable à celle du village de Mâssouleh, situé au nord du pays.

Les vestiges historiques de Sirâf

C’est à proximité du port actuel de Tâherî que les vestiges de cette ville antique furent découverts. Ces vestiges comprennent notamment des excavations creusées sur les pentes des collines de roc, et qui servaient probablement de tombeaux après l’Islam.

On a également découvert des puits, des barricades de pierre, des dallages et des cavernes semblables à des foyers au cœur des montagnes.

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La forteresse Nassouri

Ce que nous apercevons aujourd’hui des hauteurs de la région sur les piémonts septentrionaux de Sirâf ne sont pas en réalité des tombeaux. Ces chambres creusées à même le roc étaient destinées à l’accumulation et le stockage de l’eau de pluie. On visait deux objectifs avec ces "tombeaux", l’un étant de creuser des bassins communicants qui auraient permis l’injection d’un surplus d’eau dans les couches inférieures du sol pour permettre une meilleure utilisation des eaux des nappes phréatiques. Après cela, il suffisait simplement de creuser des puits sous les couches de rocs situés dans les zones les plus inférieures pour permettre d’y puiser de l’eau.

D’autre part, ces bassins qui permettaient directement le stockage de l’eau douce, offraient une meilleure facilité d’accès à l’eau que l’on puisait directement dans ces "foyers".

Pour les ancêtres des actuels Sirâfiens, l’exploitation la plus avantageuse de la pluie était de creuser ces bassins plus en hauteur que les puits, ce qui pouvait faciliter l’accumulation de l’eau en lui donnant plus de temps pour s’infiltrer sous la terre.

De nos jours, la collecte et le stockage de l’eau sont assurés par des réservoirs carrés de différentes dimensions, situés tout au long de la côte sud des montagnes.

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Les réservoirs antiques d’eau, Sirâf

Les puits excavés sous les couches de pierre sont situés au sud des réservoirs de manière à influencer la surface des puits dès que l’eau est absorbée et a atteint le niveau aquifère de la région.

Certains bassins sont construits sous forme de larges escaliers afin que l’eau se déverse dans le bassin situé plus bas et dans le but d’empêcher toute perte d’eau au moment où le bassin se remplit.

A l’extrémité de certains bassins, il existait autrefois un canal qui dirigeait l’eau vers les champs et les lieux où l’eau nécessaire n’était pas disponible.

L’exploitation optimale de l’eau avait une valeur particulière, car il existait même des bassins verticaux et inclinés par rapport aux autres bassins.

Ces bassins sont bien plus petits que des tombeaux, il est donc invraisemblable de croire qu’ils ont été creusés pour servir de tombes.

En résumé, l’objectif principal de ces bassins était la conservation de l’eau et ce fut longtemps après leur fondation primitive qu’ils se transformèrent en caveau familial.

L’effondrement de Sirâf

Le port de Sirâf symbolisait aux IXème et Xème siècles la gloire et la splendeur du commerce international et tirait une grande fierté à être connu par "la Grande Porte de la Chine et le Trésor de Fars".

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La grande mosquée, Sirâf

Cependant, durant la première moitie du XIème siècle, les marchands, les marins, les artisans, et enfin la majorité de la population de Sirâf migrèrent de cette région pour s’installer dans les îles du Golfe Persique telles que Kish, Jaddeh, Hormoz, ainsi que Zobeyd et Ghalhât.

Ce déplacement est notamment du à plusieurs facteurs historiques ayant provoqués un bouleversement déterminant sur le rôle crucial de ce port. Parmi les causes de l’affaiblissement de la position du port de Sirâf, on peut notamment citer l’insécurité ambiante régnant dans le Fars, la politique d’intervention des khalifes fatimides sur les activités commerciales de cette zone, et enfin la dévalorisation des côtes d’Oman, notamment celle de Sahar.

A cette époque, le port de Sirâf entretenait la majorité de ces liens commerciaux avec Bagdad et les rivages d’Arvand Roud, cependant, la perte de puissance des khalifes abbassides, l’influence des militants turcs à Bagdad et la désorganisation provoquée par l’intrusion des Dilamiens dans les affaires administratives du pays contribuèrent à la dévalorisation de ces points d’appuis tels que Basra ainsi que des cours d’eau conduisant à Bagdad.

L’effondrement de Sirâf s’est traduit par l’immigration des couches les plus aisées de sa population qui s’établirent rapidement sur les rivages d’Oman, la mer rouge et en particulier a l’île de Kish, là ou la sécurité de leurs fonds commerciaux était garantie.

Les fouilles archéologiques

A partir de 1966, des fouilles furent entreprises par un groupe d’archéologues irano-anglais qui menèrent à la découverte de nombreux vestiges archéologiques dont :

-Une citadelle défensive carrée datant de la fin de l’empire Sassanide.

-Une tranchée peu profonde, située au nord de la citadelle.

-Une entrée d’où s’élèvent des tours demi-circulaires au sud de la citadelle. (Il est probable que Shâhpoor II ait bâti cette forteresse en vue d’en faire une base militaire)

-Une grande mosquée datant de la fin du IIe siècle de l’Hégire (IXe siècle) ainsi que plusieurs autres mosquées du IIIe et IVe siècle de l’Hégire (Xe et XIe siècles).

-Des fourneaux de verrerie et de tuilerie du IIIe et IVe siècle de l’Hégire.

-Un bâtiment ressemblant à un caravansérail, édifié sur l’une des collines offrant une vue panoramique sur la mer et les régions avoisinantes. Cet édifice était probablement le centre administratif et le siège des gouverneurs de Sirâf.

-Des fosses communes situées en haute altitude au nord de Sirâf.

-Un ensemble d’édifices semblant former un palais.

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La forteresse Nassouri

Soleymân Sirâfî, premier écrivain iranien ayant consacré son œuvre aux découvertes et expéditions maritimes

La biographie de cet écrivain reste très vague et se limite aux détails rapportés par lui-même. Ainsi, sa date de sa naissance, le lieu et la date de sa disparition, et enfin le titre original de son œuvre nous restent inconnus. Pourtant, il semble presque certain qu’il achevât la rédaction d l’histoire de ses expéditions en 237 de l’Hégire (851 de l’ère chrétienne).

Les musulmans des premiers siècles de l’islam avaient très peu de connaissances sur la Chine, qui symbolisait à l’époque le point le plus éloigné de la terre. Cette grande distance est d’ailleurs sous-entendue dans le célèbre hadith du prophète Mahomet disant : ’’Cherchez la science, même s’il vous faut aller jusqu’en Chine.’’

Il est vrai qu’avant Soleymân Sirâfî, d’autres explorateurs musulmans avaient traversés l’océan Indien vers la Chine, mais ils n’avaient laissé aucune trace écrite de leur voyage. Il est donc fort probable que Soleymân Sirâfî ait été pionnier dans ce domaine.

La description de la distance parcourue par Soleymân est tellement claire et précise que Gabriel Ferrand, chercheur spécialiste en la matière et traducteur de l’œuvre en question de l’arabe au français, a pu reconstituer l’itinéraire de Soleymân sur nos cartes actuelles. Il faut noter ici que le livre de Gabriel Ferrand publié sous le titre de Voyage du marchand arabe Soleymân en Inde et en Chine, comporte une falsification quant à la nationalité averée de Soleymân, qui était persan.

A l’époque même où ce livre avait été écrit et même les siècles suivants, les navigateurs, les géographes ainsi que les grands savants musulmans l’utilisèrent comme une source de référence ; à ce titre, les contes et les textes de Soleymân apparaissaient dans certains ouvrages comme Ketâb-ol-Boldân d’Ebne Faghîh, rédigé cinq siècles après celui de Soleymân.

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Les tombeaux “Gour Dakhmeh”, Sirâf

Au XVIIIe siècle, la France fut le premier pays occidental à s’intéresser à l’œuvre de Soleymân. Il faut également noter que le seul exemplaire authentique de ce livre en langue arabe est conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris. Cependant, cet exemplaire n’est pas un manuscrit original mais n’est que la copie d’un autre exemplaire issu de l’original copié au XIIe siècle de l’ère chrétienne.

La découverte de pièces de monnaie à Sirâf, preuve des échanges économiques florissants ayant existés entre l’Asie et l’Europe

La découverte à Sirâf de pièces de monnaie frappées aux armes des différentes autorités territoriales confirme l’existence historique d’échanges commerciaux importants entres l’Asie et l’Europe via Sirâf.

Situé au nord du golfe Persique, le port de Sirâf a été probablement fondé sous la dynastie arsacide pour servir de comptoir commercial. Il devint en peu de temps le port le plus important de la région. Dès les premiers siècles de l’hégire, il servit de relais entre le point le plus oriental de l’Asie à savoir la Chine et le point le plus occidental de l’Europe, l’Espagne.

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Le Golfe Persique vu de Sirâf

La découverte de monnaies omeyyades espagnoles au côté des monnaies tanzaniennes, omanaises, chinoises et indiennes montre la particularité du port commercial de Sirâf.

Ce port étant une zone franche, les échanges se réalisaient avec des monnaies courantes tels que les pièces lariennes frappées à Lar, dans le Fars, à l’époque safavide. Ces pièces avaient cours dans toute la zone commerciale de l’Océan Pacifique.

L’influence du commerce à Sirâf se reflète également dans le développement de l’art et de la culture. Cette région, lieu d’échanges par excellence, a été le berceau de centaines de savants, mathématiciens, médecins et théologiens, dont la plupart fondèrent d’importantes écoles dans les villes phares de la science musulmane telles que Bagdad.

Ce fut l’affaiblissement de la dynastie des Bouyides en raison de leurs conflits avec les Seldjoukides, qui sonna le glas de la prospérité de Sirâf. Il est à ajouter que le très violent tremblement de terre de l’an 976 avait déjà dans une large mesure transformé ce port autrefois si vivant en ville fantôme.


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