N° 23, octobre 2007

Nafas-ol-Mahmoum ou la tragédie de Karbala


Sarah Mirdâmâdi


Nafass’ol mahmoum ou la tragédie de Karbalâ de Sheikh ’Abbâs-e Ghomî, la dernière traduction de Farîdeh Mahdavî-Damghânî

octeur en littérature européenne, Farîdeh Mahdavî-Damghânî est une spécialiste de la littérature médiévale et a traduit de nombreux ouvrages du persan au français et à l’italien, en espagnol et en allemand. Elle a également traduit plusieurs dizaines d’ouvrages étrangers en persan tels que La divine comédie de Dante, Le jour d’avant d’Umberto Eco ou encore La vie des maîtres de Baird T. Spalding.

Elle a reçu de nombreux prix pour ses travaux, dont la plus haute médaille du mérite en Italie en 2006 ainsi que le titre de citoyenne d’honneur de la ville italienne de Ravenne en 2005, en récompense de son immense travail de traduction d’œuvres littéraires de l’italien au persan, dont le nombre s’élève à près de 120. Elle a donné des conférences en Iran et dans de nombreux pays étrangers. A propos de son travail de traductrice, elle a notamment affirmé qu’"un traducteur a le devoir d’être un représentant spirituel et intellectuel de celui qui a donné naissance à l’œuvre". Ses choix s’orientent plutôt vers les œuvres ayant une dimension mystique ou religieuse qui ont souvent une portée interconfessionnelle et universelle.

Sa dernière traduction parue, l’ouvrage Nafass’ol mahmoum (Le soupir de l’attristé) de Sheikh ’Abbâs-e Ghomî, retrace avec lyrisme et symbolisme la bataille de Karbalâ, nous dévoilant des éléments centraux de la conscience chiite. Son auteur, un religieux du XIXe siècle, a également rassemblé de nombreuses prières et invocations dans le célèbre Mafâtîh ol-djenân qui demeure très lu et médité de nos jours au sein de la communauté chiite. L’ouvrage retrace les dernières semaines de la vie de l’Imâm Hussein, fils de l’Imâm ’Alî, petit-fils du prophète Mohammad et troisième Imam des chiites, avant son martyre durant la bataille de Karbalâ en 680, en se basant sur des sources et récits divers rassemblés au cours des siècles. Si leur authenticité n’est pas toujours attestée, cet ouvrage nous permet de saisir plus en profondeur un des événements capitaux de la spiritualité chiite et la façon dont il a été ensuite perçu et médité par divers historiens et commentateurs.

"Comme Hosseyn arriva à Karbalâ, il demanda aux siens : "Comment s’appelle cette terre ?" Ils répondirent : "Aghr" ou bien "Karbalâ", mais on la nomme aussi "terre de Neynavâ", qui est un village situé un peu plus loin…"

Alors l’Imâm se mit à pleurer et dit "Karb" et "Balâ"… Ah, en effet, Ommé Salameh m’en avait déjà parlé… Il paraît qu’un jour, l’Archange Gabriel descendit pour voir le Messager de Dieu, et j’étais avec lui. J’ai commencé à pleurer et le Messager de Dieu dit : "Laisse mon fils près de moi. Je vais m’occuper de lui." Il me laissa seul avec mon grand-père. Le Prophète me prit et me fit asseoir sur ses genoux. L’Archange Gabriel lui demanda alors : "Est-ce tu l’aimes autant ?" Il répondit par oui. L’Archange annonça alors : "Sache que ton peuple le tuera méchamment, et si tu désires, je pourrai te montrer la région où il sera tué ignoblement et injustement…" Le Messager de Dieu acquiesça lugubrement : "Oui, montre-la moi, de grâce !"

L’Archange Gabriel ouvrit alors son aile sur la région de Karbalâ, et montra cette contrée."

Lorsque les compagnons de Hosseyn lui annoncèrent que c’était la terre de Karbalâ, il leur dit : "Je jure devant Dieu que c’est la région même que l’Archange Gabriel montra à mon grand-père… Ici est le lieu où je serai tué".

Nafass’ol mahmoum ou la tragédie de Karbalâ de Sheikh ’Abbâs-e Ghomî,

traduction de Farîdeh Mahdavî-Damghânî,

Publications Ansariyan, 2007.


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