N° 71, octobre 2011

La radio et les stations radiophoniques en Iran


Afsaneh Pourmazaheri


La radio ou plus précisément la radiodiffusion est la transmission des signaux à l’aide d’ondes électromagnétiques, dont la fréquence est moins importante que celle des ondes lumineuses. Quand à l’histoire de la naissance de ce nouveau genre de média de masse, elle est relativement récente.

En 1860, James Clerk Maxwell, physicien et mathématicien écossais, présenta la théorie de l’électromagnétisme qui marqua ainsi une première étape vers la réalisation ultérieure du petit bijou technologique appelé « radio ». Quelques années plus tard, dans les années 1880, cette théorie fut reprise et approfondie par un physicien allemand, Heinrich Rudolf Hertz. Celui-ci parvint à transmettre des ondes sans fil en se servant des fréquences électroniques, d’où le nom de « hertz » pour mesurer les fréquences radiophoniques. En 1890 un physicien français, Edouard Branly, entreprit des recherches approfondies dans le même domaine. Ainsi, à la suite de ses expérimentations, il découvrit le principe de la radio-conduction et celui de la télémécanique. On le considère à ce titre comme l’un des principaux inventeurs de la radio. Six ans après, en 1896, Alexandre Popov, physicien russe, inventa l’antenne. Cette découverte permit à son tour à Guglielmo Marconi, physicien italien, de réaliser les premières expérimentations radiotélégraphiques en 1899. Les recherches de ce dernier contribuèrent grandement au développement de la télégraphie sans fil et firent de lui le véritable inventeur de la radio.

Le mois de juin 1896 fut marqué par la transmission du premier télégraphe sans fil à Londres. Pourtant, il fallut attendre 1920 pour que la radio soit mise à la portée du grand public, avec sa première diffusion régulière en Angleterre. L’un des premiers usages historiquement marquants de la radio eut lieu lors de la submersion du paquebot transatlantique Titanic en 1912 qui diffusa le cri d’appel à l’aide de l’opérateur du paquebot. Entre les deux guerres mondiales, la radio connut un succès extraordinaire et vint transformer d’une manière palpable l’existence des individus. D’après l’historien Eric Hobsbawm, « la radio transforma la vie des pauvres, et surtout des ménagères, comme rien ne l’avait encore fait. Désormais, les plus solitaires ne devaient plus jamais être tout à fait seuls. Ils avaient à leur disposition toute la gamme de ce qui pouvait se dire, se chanter, se jouer ou s’exprimer autrement par la voie du son. » [1]

En Iran, cette technologie fit son apparition plus tard. En 1924, le ministère de la guerre fournit la radio bidirectionnelle à ses employés. Huit ans après, c’est-à-dire en 1932, son usage se développa dans le pays et en 1934, l’utilisation de la radio fut ratifiée par le comité des ministres. Finalement, ce ne fut qu’en 1940 que le premier émetteur d’ondes radioélectriques fut installé à Téhéran, à Shemirân. A cette époque, on ne diffusait que huit heures de programmes sur vingt-quatre et cela comprenait majoritairement des informations, de la musique iranienne, des débats religieux, culturels, géographiques et historiques. La radio iranienne s’enrichit progressivement en ajoutant à sa grille de programmes des émissions matinales et d’autres consacrées aux jours fériés. Au début de son activité, la radio fut placée sous l’égide de l’administration générale des publications et publicités dirigée par ’Issâ Seddigh Alam, alors professeur de l’Université de Téhéran. Tout en siégeant dans la capitale, « Radio Téhéran » changea quelques années plus tard de nom pour devenir « Radio Iran ». De cette manière, dès la deuxième moitié du XXe siècle, les Iraniens purent profiter de leur radio nationale indépendante qui ne cessa d’évoluer chaque année quant au contenu de ses émissions, mais également en se démultipliant sous la forme de différentes stations radiophoniques. Les buts principaux de la radio se résumaient à l’époque en ces termes : consolider le pouvoir de l’Etat, familiariser les gens avec la modernité, annoncer les changements intérieurs et justifier les politiques en place.

En 1979, après la Révolution islamique, « Radio Iran » devint la « Télévision et radio de la République Islamique d’Iran ». Elle s’efforce actuellement de moderniser ses émissions et de les harmoniser selon les critères de qualités internationaux, tout en respectant les particularités religieuses et culturelles du pays. Actuellement, il y a plusieurs stations actives au sein de la radio du pays qui chapeautent divers aspects des programmes quotidiens à savoir, Radio Varzesh (Radio du sport), Radio Sedây-e âshenâ (Radio Voix familière), Radio Ma’âref (Radio des Connaissances religieuses), Radio Payâm (Radio Message), Radio Sarâsari (Radio Nationale), Radio Farhang (Radio Culture), Radio Djavân (Radio Jeune) et Radio Ghorân (Radio Coran).

Radio Payâm (Radio Message)

Le but de cette station était initialement de capter et de diffuser les opinions des différentes couches sociales. Aujourd’hui, elle fait de son mieux afin d’être constamment en contact (vingt-quatre heures sur vingt-quatre) et ce en direct, avec les gens, avec pour objectif de répondre le mieux possible aux besoins de ces derniers. Ses principaux programmes se divisent en trois parties : la musique, les informations et le dialogue direct avec la population. D’après les sondages, parmi les 71% d’auditeurs des programmes musicaux, 76% préfèrent la musique iranienne et 4% la musique internationale. La majorité apprécie la musique avec paroles. On y retrouve une grande diversité musicale notamment la musique traditionnelle, nationale, symphonique classique iranienne, pop, régionale, etc. selon l’heure et le moment de la journée.

Radio Payâm prend également en charge la diffusion de nouvelles, mais de façon brève et uniquement dans le but d’informer les auditeurs des évènements à venir, notamment sportifs, mais aussi des coupures d’électricité, d’eau, de la diffusion de films… et de toute information concernant en premier chef les citoyens et les activités civiques.

Logo de Radio Payâm

Radio Sedâ-ye âshenâ (Radio Voix familière)

Radio Sedâ-ye âshenâ a officiellement commencé son activité en 2004, et réussit à attirer très rapidement l’attention du public iranien résidant à l’étranger, notamment grâce aux recherches préalables réalisées sur le mode de vie et les habitudes des Iraniens habitant hors de l’Iran, leurs goûts, leurs centres d’intérêts, etc. Ce ne fut que trois ans plus tard que furent créées trois stations spécialisées, chacune se focalisant sur une zone géographique particulière, notamment sur les trois continents : l’Amérique, l’Europe et l’Asie. Il est à noter que les programmes radiophoniques de cette station changent constamment en fonction des sondages et avis des auditeurs. 52,5% des auditeurs suivent les programmes par satellite et 47.5% sur internet. Il faut ajouter que le nombre de ces derniers augmente rapidement en raison de la facilité d’accès aux informations qu’offre internet.

Logo de Radio Sedâ-ye âshenâ

Radio Farhang (Radio culture)

Cette station traite prioritairement de thèmes culturels, littéraires, artistiques, notamment concernant des problèmes contemporains, tout en consacrant une bonne part de ses programmes à la musique et aux questions-réponses. Les auditeurs peuvent aussi profiter des dernières mises à jour des informations. Cette station met également à la disposition des auditeurs des émissions littéraires et sociales. Ces derniers peuvent aussi y écouter les discussions de l’Assemblée Nationale. Dans un but de divertissement, la station diffuse également de la musique traditionnelle, nationale, classique ou des bandes-son de films. Elle compte de nombreux programmes consacrés à la culture, parmi lesquels « Culture et société » (Farhang va jâmé’eh), « Culture et pensée » (Farhang va andisheh), « Culture et littérature » (Farhang va adab), « Etudes culturelles » (Motâlé’ât-e farhangi), « Culture et savoir » (Farhang va dânesh) et « Culture et art » (Farhang va honar).

Cette station fut créée afin de répondre à un besoin d’approfondissement des problèmes culturels qui nécessitent d’être expliqués et discutés indépendamment d’un cadre strictement informatif. De nombreux débats y sont diffusés notamment dans les domaines philosophiques, littéraires et sociaux ou encore à propos d’une œuvre d’art, d’un poème, etc. La lutte contre les diverses formes d’ « invasion culturelle », la réforme de certaines normes sociales ou la gestion et l’organisation des éléments culturels du pays font également partie des motivations ayant mené à la création de cette station.

Logo de Radio Farhang

Radio Ghorân (Radio Coran)

Radio Coran vit le jour 1983, conformément à la volonté de l’Imâm Khomeyni, et commença aussitôt ses activités sur les ondes FM et MW à raison de trois heures par jour. Sa fréquence de transmission augmenta en dix ans pour atteindre une diffusion constante. Elle inclue des émissions islamiques, notamment l’interprétation du Coran, la psalmodie du Coran, des concours de lecture du Coran, la connaissance des sciences coraniques, ainsi que diverses conférences religieuses et des discussions théologiques. Après toutes ces années, elle a réussi à devenir la seule station coranique en persan écoutée chaque jour par un grand nombre d’auditeurs. Récemment, grâce à la technologie informatique et à l’espace virtuel, elle a pu évoluer et développer ses contacts avec ses auditeurs. Cette station poursuit plusieurs objectifs majeurs, notamment répandre et participer à la concrétisation des idéaux d’une société islamique, créer et renforcer les connaissances coraniques, ainsi qu’incarner et illustrer les préceptes du Coran dans la vie réelle des gens dans le pays mais aussi à l’étranger. Cette station mise surtout sur les Iraniens expatriés (dans 80 pays à travers le monde) et essaie de les attirer vers les valeurs islamiques.

Malgré l’apparition d’internet, la radio demeure un moyen de communication très utilisé non seulement en Iran mais partout dans le monde, particulièrement grâce à sa facilité d’accès. Dans les pays développés, la radio est souvent sous l’égide d’organes privés tandis qu’en Iran, elle est contrôlée par l’Etat. La présence continue de la radio est également assurée par internet, grâce à l’informatisation des stations radiophoniques qui a connu un succès remarquable. La radio a également certains avantages comme ceux de limiter la mise en valeur et la présence excessive des célébrités, et constitue un espace d’expression doté d’une liberté plus grande notamment dans le domaine de l’expression des idées et en comparaison avec la télévision.

Logo de Radio Ghorân

Notes

[1Eric Hobsbawm, L’آge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle, 1914-1991, Complexe, 2003, p. 260.


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1 Message

  • La radio et les stations radiophoniques en Iran 14 juin 2013 18:35, par Mohamed Abdoulhamid

    Bonjour
    Je suis heureux de vous découvrir à travers le net, une occasion pour moi de vous écrire pour en savoir plus de vous et demander des orientations dans le cadre de mes projets sur " une station de radio éducative".

    Je suis directeur de la radio éducative des Comores. Par manque d’émetteur et les accessoires de diffusions, nos missions s’arrètent sur la production des émissions à caractère éducatif pour etre diffusées à la chaine nationale et dans les radios communautaires.
    Mon souhait est de diffuser aussi ce que nous produisons.
    Pourriez- vous me proposer un organisme iranien qui peut nous apporter un concours et nous aider pour monter la station radio étucative ?
    Ma demande peut etre officielle ou directe. C’est une institution de l’Etat comorien mais comme vous savez ,les moyens sont bien limités.
    Je serai très heureux de vous lire pour obtenir vos orientations.

    Mohamed Abdoulhamid
    Directeur du centre d’Alphabétisation,
    d’enseignement à distance et de la Radio Educative
    Moroni/ Comores
    (269) 773 54 42 / 333 44 43

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