N° 104, juillet 2014

Nouvelles sacrées (VII)
La fin du siège d’Abâdân


Khadidjeh Nâderi Beni


Abâdân est une ville pétrolière située dans l’une des îles d’Arvand-Roud au sud-ouest de l’Iran et au voisinage de deux grandes rivières, Karkheh et Kâroun. Dès 1910, suite à l’exploration d’importants gisements de pétrole et à la construction des complexes de raffineries, la ville connut un nouvel essor.

Après l’occupation de Khorramshahr en septembre 1980, l’armée irakienne se dispose à une offensive visant à s’emparer d’Abâdân. L’Irak souhaite alors devenir une puissance régionale, et considère que s’emparer des champs pétroliers iraniens du Khouzestân l’aidera à atteindre cet objectif. Une division de l’armée irakienne est donc engagée et s’installe sur les terrains de l’est de Kâroun et du nord de Adjabshir [1] afin de prendre le contrôle de l’île et d’y fonder une base militaire. Le 30 octobre 1980, les forces irakiennes parviennent à jeter un pont flottant sur la rivière pour ensuite s’établir dans la région de Zolfaghârieh, dotée de vastes palmeraies. A minuit, les combattants iraniens avancent rapidement vers la région occupée et résistent à l’avancée de l’ennemi. Ils parviennent à le repousser hors de la région avant le lever du jour. Les efforts et sacrifices héroïques des Iraniens dans cette région sont connus sous le nom de hamâseh-ye Zolfaghârieh [2]. Suite à cette retraite, l’armée irakienne planifie une opération visant à franchir la route Fayyâzieh afin de pouvoir accéder aux portes d’Abâdân, mais en vain : elle est contrainte de se retirer rapidement.

Photos : septembre 1980, fin du siège d’Abâdân,
par Kâzem Dehdâri

Durant ces assauts, les Irakiens échouent face à la forte résistance des combattants iraniens qui repoussent l’armée ennemie sur la rive occidentale de Kâroun. La présence militaire de l’Irak est donc limitée à la côte nord de la rivière Adjabshir et ne dure que jusqu’au 27 septembre 1981, date où les forces du Sepâh lancent l’opération Sâmen-ol-A’emmeh visant à écarter toute menace irakienne éventuelle. En fait, cette opération est considérée comme une obtempération à l’ordre de l’Imam Khomeiny qui a déjà demandé aux combattants de lever le siège d’Abâdân.

La zone opérationnelle comporte une vaste étendue s’étalant de l’est de Kâroun jusqu’au nord de la ville d’Abâdân. Par cette opération, les commandants militaires de l’Iran souhaitent mettre fin à toute attaque éventuelle de l’ennemi. Les forces armées iraniennes installées dans les villes d’Abâdân, de Dârkhin et de Mâhshahr sont chargées de rejoindre l’infanterie 77 du Khorâssân pour lancer de vastes offensives sur deux axes, Fayyâzieh et Dârkhin. Enfin, le 27 septembre 1980 à une heure du matin, l’Iran déclenche une attaque contre les troupes irakiennes installées dans la région de Haffâr. L’Irak n’arrive pas à riposter, son dispositif militaire étant désorganisé. Ses troupes se retirent. Il ne renonce cependant pas à sa domination sur le pont Haffâr où l’on peut voir une résistance acharnée. Les commandants irakiens souhaitent jeter un pont sur la rivière Kâroun pour faire passer les forces encerclées dans la zone est de la rivière ; ils prennent par ailleurs des dispositions en vue de s’établir à l’ouest de la rivière et d’empêcher l’avance iranienne. L’armée irakienne engage dans ce but une brigade blindée chargée de garantir la domination des Irakiens sur le pont Haffâr. Une autre brigade blindée assume la mission de prévenir l’avancée de l’armée iranienne, mais elle est totalement neutralisée dans les premiers moments de son action.

Dès le premier jour de l’opération, les Iraniens arrivent à libérer la route Mâhshahr-Abâdân pour s’avancer ensuite vers le sud et s’emparer du pont Ghassâbeh. Le deuxième jour, l’armée irakienne est presque incapable de toute résistance face à l’avance des troupes iraniennes qui reprennent les terres occupées l’une après l’autre. A la fin du deuxième jour de l’opération Sâmen-ol-A’emmeh, l’Irak, qui ne peut résister aux offensives iraniennes, cède et abandonne le champ de bataille.

Les importantes victoires de l’Iran face à l’Iraq font craindre aux chefs de certains Etats une contagion de la Révolution islamique aux pays côtiers du golfe Persique ; ces pays fondent donc « le Conseil de Coopération du golfe Persique » (CCGP) dans le but de renforcer leurs liens. En même temps, les Etats-Unis, qui cherchent à renforcer leur présence politique dans la zone du Moyen-Orient, effectuent des manœuvres dans les eaux du golfe Persique et de la mer d’Oman.

Bibliographie :
- Bani Lohi, Seyyed Ali, Nabard-e shargh-e Kâroun be revâyat-e farmandehân (Combats de l’est de Kâroun rapportés par les commandants), Centre des études et recherches de la Guerre, 2001.

Notes

[1Une rivière locale qui s’écoule le long d’un village du même nom.

[2L’épopée de Zolfaghârieh.


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