Après la chute de l’empire assyrien

Les Assyriens comptent parmi les groupes ethniques les plus anciens de l’Iran. Avant la formation de l’empire des Mèdes au Ier millénaire avant J.-C., les Assyriens peuplaient plusieurs régions de l’Ouest iranien, là où se trouvent actuellement les provinces de l’Azerbaïdjan, du Kurdistan et d’Ilâm. Les fouilles archéologiques réalisées dans différentes régions iraniennes témoignent de la coexistence des Assyriens avec les populations locales.

Eglise Saint-Sarkis (Mar Sarkis), Oroumieh

Au Ier millénaire avant J.-C., la langue néo-araméenne avait déjà pris la place de l’assyrien antique. Quand les Achéménides fondèrent leur empire au milieu du VIe siècle avant J.-C., le néo-araméen devint l’une des langues officielles de l’Empire perse (avec le vieux perse et le babylonien) et garda ce statut officiel au moins jusqu’à l’époque du règne de Darius Ier et l’invention de l’écriture cunéiforme du vieux persan.

Les Assyriens parlent une langue de la famille des langues afro-asiatiques que l’on appelle aujourd’hui le néo-araméen d’Orient. Après l’invasion hellénique vers le milieu du IVe siècle avant J.-C., puis sous le règne des Sassanides, cette langue perdit progressivement son prestige face au développement du moyen persan (pahlavi).

La christianisation

Dès le Ier siècle, le christianisme se généralisa parmi les Assyriens. A cette époque-là, les Assyriens avaient profité de la faiblesse des Séleucides pour fonder un royaume à Edesse (aujourd’hui Urfa, en Turquie). Selon les légendes chrétiennes, Abgar V roi d’Edesse, serait le premier roi chrétien de l’histoire. Il est l’un des héros d’un ensemble de textes chrétiens appelés aujourd’hui « Légende d’Abgar ».

Pendant les trois premiers siècles de l’histoire du christianisme, les chrétiens d’Orient se sont regroupés autour de deux ou trois Eglises dont l’antique Eglise d’Orient, qui fut l’une des premières Eglises chrétiennes. Selon la tradition, elle aurait été fondée par l’apôtre Thomas. Sous les Sassanides, cette église fut également nommée « l’Eglise perse » étant donné que la majorité de ses fidèles vivaient sur le territoire de l’empire. Après une période de persécution des chrétiens sous Shâpour II (309-370), l’Eglise d’Orient des Assyriens devint indépendante. Avant l’islamisation de l’Iran au VIIe siècle, les Assyriens furent obligés à plusieurs reprises de quitter leurs terres en Haute-Mésopotamie et à l’est de l’Anatolie pour s’installer à l’intérieur de l’Empire sassanide. En effet, après la conversion au christianisme de l’empereur romain Constantin Ier vers 312, les Sassanides ont préféré éloigner leurs sujets chrétiens des régions frontalières pour les installer loin à l’intérieur des terres. Ainsi, de nombreux Assyriens chrétiens s’installèrent en Basse-Mésopotamie et dans le sud de l’Iran.

Pendant la période islamique

Durant les premiers siècles après l’entrée de l’islam en Mésopotamie et en Iran, les savants assyriens qui vivaient depuis l’ère sassanide à Gondishâpour (dans le Khouzestân), puis à Bagdad, jouèrent un rôle important dans la transmission des sciences anciennes des Perses et des Grecs – notamment la médecine, la pharmacologie et la philosophie – en traduisant les œuvres anciennes en arabe.

Intérieur de l’église Naneh Maryam (en assyrien Mart Maryam ou

Sainte Marie) à Oroumieh

Pendant les invasions turco-mongoles

Les Assyriens vécurent la période la plus difficile de leur histoire au Moyen Age pendant les invasions mongole et tatare. Sur leur passage, les conquérants étrangers détruisirent les villes et les villages, et furent particulièrement hostiles envers les chrétiens, dont les Assyriens d’Iran. Beaucoup d’entre eux furent massacrés comme leurs compatriotes musulmans, tandis que les autres émigrèrent de nouveau – cette fois-ci en sens inverse – pour s’installer dans les régions montagneuses du Kurdistan ou de l’Azerbaïdjan, afin de se mettre à l’abri des atrocités des envahisseurs étrangers. Ils réussirent ainsi à survivre et assurer la continuité et la survie de leur culture pendant cette période catastrophique pour tous les Iraniens. La période florissante de l’Eglise d’Orient des Assyriens prit fin vers le XIVe siècle.

La résurrection culturelle des Assyriens d’Iran au XIXe siècle

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la communauté assyrienne vivait dans une sorte d’isolement historique, culturel et démographique, jusqu’à ce que les missionnaires occidentaux la redécouvrent au titre de la « plus ancienne communauté chrétienne d’Orient ». Les missionnaires britanniques s’intéressèrent à la communauté assyrienne de Hakkari en Anatolie et en Irak (sous domination ottomane), tandis que les missionnaires américains (surtout presbytériens) vinrent en Iran pour offrir leurs services et assistance aux Assyriens iraniens. Pendant un demi-siècle, les Assyriens d’Iran, dont la majorité vivait en Azerbaïdjan de l’Ouest, connurent un renouveau culturel important. A Orumieh, plusieurs écoles furent fondées pour que les enfants assyriens puissent y apprendre à lire et à écrire leur langue maternelle et recevoir une éducation religieuse. En 1906, près de 5 000 enfants et adolescents assyriens, filles et garçons, étudiaient dans les 201 écoles à Orumieh et les villages où il y avait des populations assyriennes. La même année, la première revue d’Iran en langue assyrienne fut publiée à Orumieh. L’université presbytérienne d’Orumieh fut créée en 1878 par Joseph Cochran, un missionnaire américain. Il créa également une faculté de médecine qu’il dirigeait avec des collègues médecins. Les diplômés de cette faculté exerçaient des professions médicales à Orumieh, Tabriz, Ardébil ou Téhéran jusqu’aux années 1950.

Sur le plan religieux, cette période fut particulièrement importante pour les Assyriens d’Iran : jusque-là, les textes sacrés étaient en assyrien ancien, et seuls les dignitaires de l’église étaient capables de les lire. Les missionnaires étrangers les traduisirent en assyrien moderne et les publièrent dans les imprimeries qu’ils avaient fondées à Orumieh. Les textes religieux devinrent donc accessibles à l’ensemble de la population assyrienne.

Intérieur de l’Eglise Petros-Paulos (Pierre-Paul) à Oroumieh

L’évolution économique de la communauté assyrienne

Au XXe siècle, la situation économique des Assyriens d’Iran, alors majoritairement paysans, commença à changer. Après les deux Guerres mondiales, les familles qui habitaient dans les grands villages ou dans les villes eurent la chance d’envoyer leurs enfants à l’école et dans des établissements scolaires publics. Les jeunes diplômés purent obtenir des postes dans les villes et devinrent des citadins. Les jeunes Assyriens firent preuve aussi d’un talent particulier pour les métiers manuels et techniques. Au fur et à mesure, ces jeunes trouvèrent le moyen d’envoyer une partie de leurs revenus pour leurs familles dans les villages, ce qui leur permit d’acheter de nouveaux terrains et de développer leurs activités agricoles et de jardinage. L’amélioration de la situation économique des foyers eut, à son tour, un effet direct sur le niveau de l’éducation des enfants. Vers le milieu du XXe siècle, de nombreux Assyriens s’investirent dans le transport routier et devinrent camionneurs, et beaucoup d’autres garagistes-motoristes. Certains d’entre eux réussirent à créer des sociétés de transport routier à Téhéran ou à Orumieh. A partir des années 1950-1960, les enseignements supérieurs et universitaires se développèrent peu à peu en Iran. Ceci donna l’occasion à la nouvelle classe moyenne iranienne de se spécialiser davantage : comme leurs autres compatriotes, les Assyriens de la classe moyenne eurent accès aux postes de fonctionnaires, d’enseignants, médecins, ingénieurs, etc.

Aujourd’hui

La population des Assyriens d’Iran est estimée à près de 50 000 personnes. Selon la Constitution iranienne, les Assyro-Chaldéens disposent d’un siège réservé à l’Assemblée islamique (Parlement). Les Assyriens se considèrent comme héritiers de la civilisation de l’Assyrie antique. Ils héritent effectivement de la langue et de l’écriture de leurs ancêtres antiques. Ceci dit, la culture assyrienne moderne est essentiellement influencée par le christianisme. En outre, la coexistence des Assyriens avec les Iraniens musulmans a favorisé, au cours des siècles, des échanges et des partages culturels parmi les deux groupes.

Plusieurs associations assyriennes sont actives dans les grandes villes d’Iran dont Téhéran, Orumieh, Ahvâz, Qazvin, Ispahan, Hamedân, Kermânshâh… Le club des Assyriens de Téhéran a été fondé il y a près de 90 ans. Il est l’association assyrienne la plus ancienne du pays. Ces associations organisent des programmes spéciaux, des activités et événements culturels et religieux, et leurs maisons d’édition produisent des livres ou des magazines culturels et sociaux en assyrien et en persan. Les mariages sont quasi-exclusivement intercommunautaires, les familles assyriennes, souvent, ne préférant pas que leurs jeunes se marient en dehors de la communauté assyrienne, même avec d’autres chrétiens d’Iran comme les Arméniens.

La Fête Kha b’Nisan (le Nouvel An assyrien) à Dahouk, en Irak, 2007

La Fête Kha b’Nisan et le calendrier assyrien

Il faut ici évoquer le calendrier assyrien et la fête de Kha b’Nisan (appelée Akitu, pendant l’antiquité), célébrée comme Nowrouz à l’équinoxe de printemps. Depuis l’adoption du calendrier grégorien par les Assyriens, cette fête du Nouvel An coïncide avec le 1er avril. Le calendrier assyrien est sans doute l’un des plus anciens du monde. D’après le calendrier assyrien, nous sommes présentement en l’an 6764.

Source principale :
- Site en langue persane de l’Institut pour des études assyriennes (www.assyrianstudies.org)


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