N° 105, août 2014

Les attractions touristiques de la province de Hormozgân


Hamideh Haghighatmanesh


La côte corallienne de Kish

AAu sud de l’Iran, la province de Hormozgân et ses îles du golfe Persique accueillent toute l’année un grand nombre de touristes, grâce à leurs nombreuses attractions naturelles et historiques. L’histoire de cette région et celle de la vie de son peuple du littoral du golfe Persique remontent à la période antique où elle s’est vue accorder une place importante durant le règne des Achéménides, la capitale de ces derniers étant assez proche de la région. Dès l’ère achéménide, puis durant le règne sassanide, le commerce maritime fleurit dans la région et les ports du golfe Persique servent d’escale à des navires faisant parfois le trajet jusqu’en Chine ou à Ceylan.

Les nombreux monuments historiques de la province de Hormozgân, datant de diverses périodes antiques ou islamiques, reflètent son ancienneté et la prospérité de sa civilisation tout au long de l’histoire. Bien que la majorité de ces monuments date des ères safavide et post-safavide et que la plupart des richesses archéologiques aient été ravagées par les éléments naturels ou les invasions, il reste encore de beaux bâtiments très anciens, tels que la citadelle Fin datant du règne d’Ardeshir Bâbakân, ou les forteresses mèdes de la ville historique de Khorbas sur l’île de Gheshm.

Les Portugais ont été les premiers Européens à envoyer leurs navires de guerre dans le golfe Persique en 1498. L’année suivante, ils avaient envahi les îles de Hormoz (Ormuz) et de Kish qu’ils ont gouverné à partir de Bandar Abbâs durant plus d’un siècle, jusqu’à la libération de cette région par le Safavide Shâh Abbâs qui mit fin à leur domination de 117 ans. Aujourd’hui, des vestiges de cette présence sont toujours à voir sur quelques îles de cette province.

Le bateau grec, Kish

Bandar Abbâs, ville portuaire proche du détroit d’Ormuz, est la capitale de la province de Hormozgân, ainsi que le plus grand port de l’Iran. Cette ville est séparée de l’île de Gheshm par les forêts de mangrove de la région, appelées harrâ. Les monuments historiques les plus connus de cette ville sont l’Emârat-e Kolâh Farangi, la mosquée Gele-dâri, le hammâm Gele-dâri, le temple des Hindous, la mosquée Nâsseri, les réservoirs d’eau de la période safavide Berkeh-hâye Bârân et le pont Lâtidân.

Bandar Lengeh, l’un des ports commerciaux les plus importants de l’ère achéménide, qui a parfois retrouvé son importance d’antan durant ces derniers siècles, est aujourd’hui un port touristique réputé pour ses superbes étangs, ainsi que ses monuments historiques, notamment les mosquées historiques de Khodâdâd et Soltân-ol-olamâ, la résidence Fekri ou la citadelle achéménide de Lashtân au nord-ouest du port Kang, qui a servi de base aux Portugais durant leur occupation au XVIe siècle.

Citons également la petite ville de Fin, à 95 km au sud-ouest de Bandar Abbâs, pour la richesse de ses atouts naturels et historiques, notamment ses cascades, ses palmeraies, ses moulins, sa citadelle et son vieux hammâm.

D’autres villes de la province comme Bandar Kang et sa forteresse portugaise ; Bastak et son histoire et culture particulièrement riches, aux monuments historiques nombreux, tels que ses mosquées, son bazar, son hammâm et son vieux caravansérail, ainsi que son mausolée Do-gonbadân ; Minâb et sa rivière, ses cultures de mangue et sa citadelle Hezâreh ; Hâdjiâbâd avec ses cascades et sa citadelle ; Jâsk avec sa côte, ses forêts de mangrove, ses grottes et sa source d’eau chaude Pourâf font de cette région une importante destination touristique en Iran.

Parmi les quatorze îles dépendantes de la province de Hormozgân, Gheshm, Kish, Hormoz et Hengâm sont les lieux touristiques les plus visités.

La mangrove de Harrâ

Gheshm, situé dans le détroit de Hormoz (d’Ormuz), à une vingtaine de kilomètres de Bandar Abbâs, est la plus grande île du golfe Persique, au climat sec et chaud. Elle possède la plus grande grotte saline naturelle du monde.

Les phénomènes géologiques de l’île de Gheshm, comprenant ses grottes de sel et ses sources de soufre, ainsi que ses belles vallées, ses 25 kilomètres de côtes vierges de construction, son environnement naturel riche et varié, en plus de la variété de sa faune et de sa flore ont poussé les autorités, avec la collaboration de l’UNESCO, à transformer 1500 km2 de cette île en géoparc et en zone marine protégée.

Les belles grottes salées du sud de l’île de Gheshm sont remarquables par leur ouverture arquée et la luminosité inattendue de l’intérieur, où les rayons du soleil pénètrent jusqu’à une profondeur de 20 mètres. Les murs de ces grottes sont recouverts de sel et de couches de divers minéraux. A l’intérieur, les cristaux de sel forment des colonnes aux formes géométriques caractéristiques. D’après de récentes études médicales, l’inhalation de l’air de ces grottes pourrait avoir un effet positif dans le traitement de certaines maladies respiratoires comme l’asthme.

La forteresse portugaise, la citadelle Nâderi, les mosquées historiques, le mausolée de Seyyed Mozaffar et de Bibi Maryam, de nombreux étangs et lacs, les dômes de sel, les grottes de Khorbas, les plages où viennent pondre les tortues de mer, notamment près du village de Shib-Derâz, la zone naturelle protégée de Geno et les forêts de mangrove harrâ sont des attraits touristiques d’importance pour la belle île de Gheshm.

Les dauphins, île de Hengâm

Zone franche économique depuis 1989, cette île fait l’objet d’un plan de développement, incluant entre autres projets l’aménagement d’un aéroport international.

L’île de Kish, autre zone franche de la région, située à environ 300 kilomètres du port de Bandar Abbâs, est l’un des hauts lieux du tourisme du sud de l’Iran et même de tout le golfe Persique. Elle dispose de nombreux centres commerciaux, boutiques, attractions touristiques et hôtels de tourisme. La beauté des plages et des côtes de cette île corallienne offre notamment l’occasion d’observer de superbes levers et couchers de soleil.

Les palmeraies, les places, les quais et parcs côtiers bien aménagés, le Parc des Oiseaux, l’Aquarium de l’est à l’architecture inhabituelle, où vivent des espèces marines des eaux chaudes, les centres de perliculture, le bateau grec, les complexes de loisirs du Quai récréatif et de l’Arbre vert (Derakht-e Sabz), ainsi que les grands hôtels, les bazars traditionnels et les centres commerciaux modernes font partie des attraits touristiques de l’île de Kish. Il faut également citer l’architecture traditionnelle de l’île, qui côtoie aujourd’hui l’architecture moderne des nouvelles constructions.

Hormoz, avec ses belles côtes, est l’autre île touristique de la province, connue grâce à son dôme de sel. La forteresse portugaise est également à voir. Ce qui distingue Hormoz des autres îles de la province est sa terre colorée. Cette particularité, qui a été exploitée par des artistes pour la création de beaux tapis de sablon, contribue également à la popularité de cette île auprès des touristes.

L’île de Hengâm, elle, est à visiter pour ses dauphins, ses tortues, ses gazelles, son parc d’élevage de crocodiles, ses montagnes, ses terres rouges et ses belles côtes coralliennes, rocheuses ou sablonneuses.

La grotte de sel de Gheshm

Les attractions naturelles et géo-touristiques de la province

Les nombreuses attractions naturelles de Hormozgân déploient véritablement une nature vierge et exceptionnelle sous les yeux des visiteurs généralement conquis par la beauté merveilleuse de cette région chaude du sud de l’Iran.

La forêt de mangrove de Harrâ : La mangrove de Harrâ, qui occupe une superficie d’environ 20 km2, s’étend entre l’île de Gheshm et le littoral iranien du golfe Persique. Cette forêt maritime est essentiellement composée d’un arbre local, le harrâ, mesurant de 3 à 6 mètres de hauteur, qui se nourrit d’eau de mer. Au gré des marées, les arbres sont plus ou moins enfoncés dans l’eau. Le site est également intéressant en ce qu’il est l’habitat d’une centaine d’espèces d’oiseaux, de reptiles et de poissons. On peut y admirer des flamants, des pélicans, des aigles, des tortues et des serpents aquatiques.

La rareté et la diversité des espèces animales de cette mangrove, notamment les espèces de reptiles y vivant, a fait d’une partie de l’île une réserve de biosphère protégée de l’UNESCO.

La réserve protégée de Geno : Située au nord de Bandar Abbâs, Geno est une aire naturelle protégée, un parc national et une autre réserve de la biosphère protégée par l’UNESCO. Cette zone est constituée d’un corps montagneux situé au milieu d’une grande étendue de plaines et de collines. La variété de la faune et de la flore, notamment l’existence de diverses espèces d’oiseaux endémiques et migrateurs, ainsi que divers mammifères, à côté de plus de 360 espèces de plantes, contribue à faire de cette région un pôle de géotourisme.

La montagne Geno, en plein milieu de cette réserve et située à 29 km au nord-ouest de Bandar Abbâs, culmine à 2347 mètres. De ce fait, ses températures assez modérées pour cette région chaude contribuent à la variété de l’écosystème de cette zone.

La source d’eau chaude de Geno à 34 km au nord-est de Bandar Abbâs et située dans une vallée entourée au nord et au sud par la montagne Geno et les hauteurs calcaires de la région, offre quant à elle ses propriétés curatives aux visiteurs et la beauté de ses paysages variés.

Les sources thermales : Plusieurs sources thermales parsèment la région et attirent les visiteurs. En sus de la source thermale de Geno, on peut également citer les sources de Khamir, Hâdji-Abâd, Khorgu, Niân, Fâriâb, Chârk, Khas, Dah-Sheikh, etc.

La Grotte de sel de Gheshm : La plus grande grotte de sel au monde avec plus de 6000 m de longueur, située à Gheshm, est l’une des plus importantes attractions éco-touristiques de cette île. Une rivière souterraine salée parcourt la grotte depuis la surface jusqu’à 160 mètres de profondeur.

Le défilé de Tchâh-Kouh (Montagne du Puits), Gheshm

La Vallée des étoiles : La Vallée des étoiles fait également l’objet de visites régulières. Cette vallée du Géoparc de Gheshm est à voir de nuit, et son nom vient du spectacle qu’elle présente du ciel, car le ciel et les étoiles y semblent être très près de la terre. Des cônes pointus et des colonnes issues de l’érosion constituent également des paysages uniques.

Le défilé de Tchâh-Kouh (Montagne du Puits) : Le défilé de Tchâh-Kouh, également situé dans le Géoparc de Gheshm, est une exposition naturelle à ciel ouvert de l’érosion des pierres sédimentaires. Les formes et figures extraordinaires creusées par les éléments sur les murs de cette gorge étroite valent le détour. Les crevasses engendrées par le vent et par les pluies torrentielles s’étant creusées au cours de millions d’années, la gorge ressemble maintenant à une galerie étroite. Les cours d’eau qui apparaissent durant la saison des pluies ajoutent à la beauté fantasmagorique du site.

Les grottes de Khorbas : Les grottes de Khorbas, très anciennes manifestations géologiques, étaient autrefois habitées. Ces grottes où existent encore des vestiges de la vie troglodyte sont liées entre elles par des passages intérieurs. Aujourd’hui, elles sont l’habitat d’une espèce de chauve-souris et fournissent notamment les aigles qui vivent sur la petite montagne de Khorbas.

Le Parc des dauphins : Avec une étendue d’environ 100 hectares, le Parc des dauphins, au sud-est de Kish, est un complexe récréatif où sont gardées diverses espèces d’animaux marins tels que dauphins, phoques, etc. Les spectacles de dauphins de ce parc sont uniques en Iran.

Le Jardin des oiseaux : Dans le complexe du Parc des dauphins se trouve le Jardin des oiseaux de Kish où vivent 57 espèces d’oiseaux, notamment des pélicans, des cygnes, des autruches, des cigognes, des perroquets et des pingouins.

Les grottes de Khorbas

Les sites et monuments historiques de la province

Les attraits de cette province ne se limitent pas aux beautés naturelles. L’histoire ancienne de Hormozgân a également vu la création d’œuvres architecturales nombreuses dont certaines sont encore debout, accueillant aujourd’hui les visiteurs.

Le mausolée de Seyyed Mozaffar : La mosquée de Seyyed Mozaffar côtoie le mausolée du même nom où gît l’un des descendants du septième Imâm des chiites, l’Imâm Moussâ Kâzem. Dotée de quatre minarets, l’ensemble est entièrement carrelé.

La ville aquatique souterraine de Kish : Le réseau souterrain de canaux ou Kâriz de Kish, vieux de plus de deux millénaires et jusqu’à assez récemment source de l’eau potable de l’île grâce au filtrage naturel de l’eau par les murs de corail, est l’un des sites archéologiques les mieux conservés d’Iran. L’air frais, l’eau claire et le plafond de corail agrémenté de pierres anciennes ajoutent au charme de cette ville souterraine aujourd’hui aménagée pour faciliter la visite des touristes.

La ville historique de Harireh : La ville historique Harireh, située au nord de Kish et couvrant une étendue de 120 hectares, atteste de l’ancienneté de cette région. Selon les recherches archéologiques, c’était une ville comprenant un complexe côtier, des maisons cossues, des hammâms, des mosquées et des canaux souterrains.

Les fortifications portugaises : Les fortifications portugaises comptent également parmi les attractions historiques de cette province. Ces fortifications militaires, parfois élaborées en forteresses et parfois construites sur des vestiges d’anciennes citadelles, datent généralement de la première décennie du XVIe siècle. On peut les visiter sur les îles de Gheshm, Kang et Hormoz. La forteresse portugaise de Gheshm, dotée de quatre tours et de remparts impressionnants où l’on installait les canons et les catapultes, servait plutôt d’armurerie de réserve et venait en aide aux autres postes en cas de besoin. En 2008, un tunnel creusé par les Portugais reliant la forteresse aux grottes de Khorbas au sud de Gheshm a été découvert.

Le pont Lâtidân : L’un des sites historiques les plus impressionnants de cette province est le pont Lâtidân à Bandar Abbâs. Enterré pendant des siècles, il a réapparu grâce à une inondation en 1993. Avec une longueur de plus de 1000 m, il est l’un des plus longs ponts historiques de l’Iran. Remontant à l’ère safavide, il a été construit sur ordre direct de Shâh Abbâs Ier qui s’en est servi lors de la libération des zones occupées par les Portugais. Après l’expédition militaire, le pont a ensuite facilité le passage des caravanes de marchandises.

Le Parc des dauphins de Kish

Le complexe des réservoirs d’eau de Berkeh-hâye Bârân : A Hormozgân, le réservoir d’eau est traditionnellement nommé berkeh (étang). L’ensemble de Berkeh-hâye Bârân à Bandar Abbâs comprend cinq réserves d’eau ou berkeh à la belle architecture traditionnelle, notamment visible sur les dômes et les quatre voies de transfert d’eau. Datant de l’époque safavide, ces réservoirs bâtis de façon à emmagasiner l’eau de pluie fournissaient autrefois la ville en eau douce.

Emârat-e Kolâh Farangi : Le bâtiment Emârat-e Kolâh Farangi était le siège de la douane historique de Bandar Abbâs et d’une maison de commerce datant de l’ère safavide. Construit par les Hollandais au XVIe siècle et de type architectural européen, ce grand bâtiment fortifié comprenait notamment seize tours et trois portails.

Citadelle Hezâreh ou Bibi Minou : La citadelle Hezâreh est le seul monument historique d’importance de la ville de Minâb. D’après le folklore régional, cette citadelle était habitée par deux sœurs, Bibi Minou et Bibi Nâzanin, fondatrices de la ville de Minâb. Cette citadelle, aujourd’hui assez abîmée, a pourtant servi de centre administratif jusqu’à la fin du XIXe siècle.

La citadelle de Fin : La citadelle de Fin, datant de la dynastie ilkhanide et marquée par l’architecture militaire ilkhânide, est le plus important monument historique de cette ville. Elle a malheureusement été frappée par un séisme en 2007.

Le caravansérail de Bastak : Ce caravansérail est situé dans la ville du même nom à l’ouest de Hormozgân, sur l’ancienne route de commerce liant Bandar Lengeh à Bandar Abbâs. Il date de l’époque qâdjâre (XVIIIe-XIXe siècle).

La mosquée Gele-dâri : Cette ancienne mosquée de Bandar Abbâs comprend une grande et belle cour intérieure, un minaret au style unique et un grand shabestân aux 36 colonnes ornées du stuc.

Le bain traditionnel (hammâm) Gele-dâri : L’ancien hammâm Gele-dâri, bâtiment rectangulaire dont le toit comprend cinq petits et cinq grands dômes ainsi qu’une dizaine d’ouvertures d’aération, est aujourd’hui devenu le musée d’anthropologie de Bandar Abbâs.

La résidence Fekri : La résidence Fekri, à Bandar Lengeh, constitue un bel exemple de l’architecture qâdjâre dans la région. Architecturalement plutôt originale, cette résidence, comprenant deux cours autour desquelles des chambres ont été construites, est à visiter entre autres pour les décorations en stuc et des bas et hauts-reliefs qui l’ornent.

La citadelle Hezâreh ou Bibi Minou, Minâb

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