N° 105, août 2014

Aperçu historique sur la province de Hormozgân


Afsaneh Pourmazaheri


L’histoire du golfe Persique, qu’il est possible de corréler avec celle de la province de Hormozgân, commence véritablement dans l’antiquité iranienne. Elle est mentionnée dans divers documents dès le VIe siècle av. J.-C., et à plusieurs reprises dans les œuvres des historiographes grecs qui sont d’ailleurs les seules à nous informer sur le lointain passé de cette région. Avant l’arrivée des Ariens sur le plateau iranien, les Assyriens connaissaient le golfe Persique sous le nom de Nar Martou ou "la rivière amère". Vieux de 2500 ans, c’est le nom le plus ancien attribué à cette région. Ce golfe, aujourd’hui fameux, fut plus tard nommé par Darius le Grand "Darâpâtiâ Hakhâpârâti" (littéralement "les eaux qui passent par la Perse"). Claude Ptolémée, géographe et astrologue grec du IIe siècle, en a parlé en tant que Persicus Sinus. Il deviendra enfin, à l’époque musulmane, le Khalij-e Fârs (golfe Persique).

D’après les historiographes grecs, les premiers à naviguer dans les eaux du golfe Persique furent les Babyloniens de la Mésopotamie du sud. Selon ces sources, Nearchus ou Néarque, amiral renommé d’Alexandre le Macédonien, devenu navarque de la flotte royale en 325 av. J.-C., y fit une expédition militaire, en partant de l’Indus pour atteindre l’Euphrate. Il explora notamment la mer d’Arabie et le golfe Persique. Le récit de ses périples fut immortalisé par les historiens de l’époque, notamment Strabon et Arrien. Après avoir traversé le port d’Amanis, (nommé plus tard le port d’Ormuz), Néarque jeta l’ancre dans une île inoccupée nommée Barghânâ, connue aujourd’hui sous le nom de l’île d’Ormuz, située dans le détroit du même nom. Il fut surpris par la verdure des côtes littorales du golfe Persique qu’il trouva exceptionnelles par rapport aux autres régions côtières qu’il avait vues au cours de son expédition.

L’histoire de l’île d’Ormuz est marquée notamment par l’arrivée au pouvoir du roi Ardeshir (ou Artaxerxès ; 224-241) fondateur de la dynastie sassanide. A partir du VIIe siècle, et avec le développement de l’islam sous l’égide du califat omeyyade puis abbasside entre les années 661 et 750, ces régions côtières et leurs îles prirent une importance extraordinaire, notamment grâce à la vogue du commerce maritime lié aux échanges de la Route de la soie. Marco Polo visita à deux reprises le port (bandar) d’Ormuz en 1272 et en 1293, et ses écrits abondent de descriptions à propos de la joaillerie, de la soie, des tapis et des perles qu’il a l’occasion de voir dans ce port iranien.

Port (bandar) d’Ormuz

Au XVe siècle, Vasco de Gama, navigateur portugais traditionnellement considéré comme le premier Européen à arriver en Iran et en Inde par voie maritime, visita la région. Après lui, au début du XVIe siècle, la région est envahie par les troupes portugaises, Alfonso de Albuquerque à leur tête, qui veulent à l’origine défendre les intérêts de leur pays contre l’Egypte. C’est à ce moment-là que le port d’Ormuz et toute la région du golfe Persique prennent une importance internationale grâce à leur situation stratégique, politique et commerciale. Au début de l’ère safavide, le fondateur de la dynastie, Ismâ’il Ier se trouve, ayant à peine pris le pouvoir, en proie aux attaques des Ottomans à l’ouest et à celles des Portugais au sud. Incapable de contrer les Portugais, il se contente de combattre les Ottomans, ce qui s’avère aussi un échec. Il faut attendre la prise du pouvoir par Shâh Abbâs Ier le Grand (1588-1629) pour que les régions occupées par les Portugais soient libérées. La victoire de Shâh Abbâs est telle qu’on baptise spontanément le port de son nom, Abbâs (actuel Bandar Abbâs).

Détroit d’Ormuz

Jouissant d’une position stratégique et d’importantes ressources naturelles et maritimes, cette région du sud de l’Iran et ses îles ont continué d’attiser les convoitises des colonisateurs européens. Après les Portugais, ce sont les Hollandais et les Anglais qui tentent de prendre le contrôle de la région. Les Hollandais notamment vont envahir l’île de Qeshm et Bandar Abbâs avant d’y débarquer avec leurs navires de guerre, ne quittant la région qu’à la fin du règne de Shâh Abbâs. En 1595, ils fondent une maison de transaction et de commerce à Bandar Abbâs et l’Iran safavide, désireux de développer ses relations commerciales avec l’Europe, s’engage à supprimer les droits de douane sur les importations et les exportations des marchandises hollandaises. Les Hollandais occupent également l’île de Qeshm et le détroit d’Ormuz dans le but de contrecarrer le commerce anglais et de monopoliser le commerce de la soie. A la suite de la détérioration de la situation, ils sont forcés de se déplacer, cette fois sur l’île de Kharg. Puis la situation tourne à l’avantage des Anglais qui réussissent à prendre la place des Hollandais à l’aide du gouverneur de Kharg. Les Anglais prennent le contrôle de l’ensemble du golfe Persique en y défendant les intérêts de la Compagnie des Indes Orientales qu’ils avaient fondée en 1600 afin de monopoliser le commerce dans l’Océan Indien. Malgré cela, ils adoptent une politique ouverte en matière d’autonomie régionale et encouragent les commerçants à préserver l’unité de la région contre les ennemis potentiels.

La province de Hormozgân reprend une importance spectaculaire notamment après la Première Guerre mondiale et la découverte de poches pétrolifères dans la région. Elle se transforme pour ainsi dire en centre stratégique, commercial, économique et industriel du Moyen-Orient et se retrouve sous contrôle anglais, situation qui durera jusqu’en 1979 et la Révolution Islamique qui rend à la région sa liberté et son autonomie.

La position géographique de l’île d’Ormuz dans le Golfe persique a historiquement fait du port du même nom un endroit hautement stratégique. Carte datant de 1572.

Bibliographie :
- Bakhtiâri, Saeed, Auto Atlas-e Irân (Auto Altas de l’Iran), Institut de géographie et de cartographie de l’Iran, 2005
- Afshâr, Iradj, Shenâkht-e Ostân-e Hormozgân (Connaître la province de Hormozgân), Téhéran, 2000.
- Amirzâdeh, Homayoun, Hormozgân, Edâreh-ye Farhang va Ershâd-e Hormozgân, 2009.
- Dastyârân, Hossein, Rahnamâ-ye Jâm’e Irângardi-e Ostân-e Hormozgân (Guide exhaustif de tourisme de la province de Hormozgân), tome I, 1998.


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