N° 108, novembre 2014

Kandelous :
la sauvegarde du patrimoine rural


Aryâ Aghâjâni


Après avoir parcouru une route de montagne, très isolée des villes (comptez environ entre 2 et 3 heures de la dernière agglomération), vous arriverez au complexe touristique de Kandelous. Si vous avez l’impression d’être perdu, ne vous inquiétez pas ! Les indications ne sont pas nombreuses mais il n’est pas rare qu’un passant croise votre chemin. En bref, il suffit de prendre la route de Châlous et de continuer en direction de Kojour, et Kandelous sera le dernier hameau dans lequel on comptait tout de même près de 2 500 âmes lors du dernier recensement en 2007. Veillez à prévoir des vêtements chauds même l’été : avec l’altitude (1650 mètres), la température se rafraîchit vite en fin de journée ! Selon les dernières recherches archéologiques, ce village daterait du 3e millénaire av. J-C. On y retrouve des traces de civilisations préhistorique et préislamique. On a notamment retrouvé de vieilles tombes zoroastriennes et manichéennes (Mani était un prophète du 3e siècle, qui prônait un syncrétisme assorti d’un concept de dualisme d’où le terme actuel manichéen).

Complexe de Kandelous (photo : A. Aqâjâni)

Village rural encore préservé, Kandelous offre un panorama de la culture traditionnelle de l’Iran grâce à ses différentes cultures d’herbes médicinales et son musée. Dans cette vallée, les maisons comprennent généralement deux étages et beaucoup conservent leur traditionnel toit de tuiles plates en argile. Hélas, elles sont de plus en plus fréquemment remplacées par de la tôle. Quant aux murs, ils sont faits de boue ou de bois. Les matériaux utilisés pour la construction étaient exclusivement des pierres, des briques de terre séchées au soleil et du bois ; mais ces dernières années, le ciment, le béton, les briques industrielles et les barres de fer ont fait leur apparition… Pourtant, la plupart des habitants continuent de mener une vie modeste d’agriculteurs, ou de fermiers, et beaucoup travaillent désormais à produire de l’artisanat et des herbes variées. Le blé et l’orge demeurent les céréales les plus cultivées, mais on trouve aussi une forte densité de pommiers, pêchers et noyers. A Kandelous, l’art de l’arboriculture est remis à l’honneur depuis quelques années. Le choix de cet emplacement si tranquille n’est pas anodin : les environs comptent près de 8 500 espèces végétales différentes !

Ali Jahângiri est l’initiateur de ce projet. Ce natif de Kandelous est parti étudier puis travailler aux Etats-Unis dans sa jeunesse. Une fois revenu dans son village natal, il décida de faire un geste pour la population locale et créa ce complexe afin de développer l’économie de cette région très rurale, car il lui importait de sauvegarder les traditions dans lesquelles il avait grandi. Il a en outre déjà publié une dizaine de livres dans le but de conserver le folklore et les contes de sa contrée. Il a donc enregistré les chants traditionnels des villageois, que l’on peut retrouver sur différents CD ou cassettes en vente dans la petite boutique du site. La conservation du patrimoine immatériel comptait beaucoup pour lui, et nous ne pouvons que lui donner raison car cette partie de l’héritage de nos ancêtres se perd généralement très vite. C’est en 1980 que le chantier a démarré et les travaux ont été achevés huit ans plus tard. En attendant l’inauguration du musée, Jahângiri a collecté les costumes et les outils traditionnels de ses voisins et a lancé son projet en les exposant dans un coin de la maison familiale.

Tous ces objets rassemblés ont constitué les prémisses du musée que l’on peut désormais visiter à toute heure de la journée. On y trouve de riches informations anthropologiques sur les différents tissus, habits quotidiens, costumes d’apparat, peintures traditionnelles des ghahveh-khâneh ou tchây-khâneh (bar café ou à thé), ustensiles et vaisselle faits de différents bois ou métaux ainsi que sur des outils ayant appartenu aux populations qui ont habité la vallée depuis le second millénaire av. J.-C. jusqu’à l’époque qâdjâre. Mis à part les quelques livres écrits à la main, une petite collection de documents historiques est également présente, comme par exemple le contrat de mariage de Mohammad Rezâ Pahlavi et de Farah Diba, ou alors un vieux passeport de grande dimension d’un étudiant iranien de confession zoroastrienne qui se rendait en voyage à Paris. A cela s’ajoute une foule d’objets : différentes pièces de monnaie, des lampes à huile, un vieux samovar, des fusils etc.

Porte traditionnelle en bois ornée de vitraux

Les buts de la compagnie sont divers : elle encourage la culture et la collection de différentes espèces végétales que l’on peut admirer dans le jardin botanique qui borde le musée et la boutique. Davantage d’herbes sont cultivées dans des fermes environnantes dont la superficie totale atteint près de 100 hectares. Un point d’honneur est mis à appliquer une méthode strictement bibliologique. Les herbes récoltées sont transformées et distribuées sous forme de condiments, de thé, ou de plantes médicinales. Une partie est achetée par l’industrie pharmaceutique (en particulier la phytothérapie) ou par le milieu cosmétique.

On y produit également une huile de qualité qui est vendue dans tout l’Iran et s’exporte même jusqu’en Europe (Allemagne, Italie, Macédoine, Autriche, Hongrie), dans les pays du Golfe, au Canada et en Australie. Si vous n’en trouvez pas près de chez vous, pas de panique ! Le site Internet permet de faire ses achats en ligne ; il devient donc très facile de se procurer des thés aux saveurs variées telles que bergamote, géranium, menthe, pêche, fraise, pomme, myrtille et même hibiscus. Ou alors vous pouvez vous laisser tenter par les friandises (avec des parfums aussi variés qu’orange, menthe, citron eucalyptus et même cumin) ou craquer pour la grande diversité d’huiles essentielles et de produits de beauté (crème, gels, masques, démaquillants et shampoings). Notons que cette activité est soutenue par le Ministère Iranien de la Santé.

Le complexe de Kandelous va loin dans son engagement auprès de la population locale : en 1981 fut même fondée une organisation de charité nommée « Kandelous Help Foundation » (KHF), qui vise à développer des structures sanitaires et éducatives et à aider les villageois dans le besoin. Basée sur des fonds privés, l’association a déjà permis d’installer l’électricité dans sept villages de Kojour, et d’y construire des routes et des lignes téléphoniques, mais surtout de créer des écoles et des hôpitaux.

Après s’être bien instruit, on peut s’accorder une petite pause bien méritée dans le restaurant-hôtel traditionnel du complexe. Pour les chambres, différents standards sont proposés, veillez à réserver à l’avance. Quant au restaurant, c’est une bonne occasion de déguster des mets typiques de la région. Nous vous conseillons particulièrement le poulet au concentré de grenade ou alors le poisson farci de différentes herbes. Les visiteurs peuvent venir seuls mais des voyages de groupes sont organisés pour ceux qui aiment la compagnie. On peut notamment s’inscrire à un stage de chasse en plein air pour tirer du gibier ou des lapins.

Parc botanique extérieur (photos : L. Tiollier)

En résumé, Kandelous est la destination idéale pour avoir un aperçu de la vie rurale et de l’artisanat traditionnel qui sont en très nette perte de vitesse. De plus, les amoureux de la nature et de l’Histoire découvriront des produits sains et participeront au projet de Monsieur Jahangir qui cherchait à assurer un revenu convenable aux populations sans dénaturer leurs coutumes. C’est chose faite : le tourisme à Kandelous est particulier et authentique, les traditions des villageois sont non seulement respectées mais sont aussi rendues pérennes et garantes d’un avenir sûr.


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