N° 108, novembre 2014

Le match historique entre l’Iran et les Etats-Unis,
un exemple du rôle diplomatique du football


Nassim Moghimi


Ahmad Rezâ Abedzâdeh

La Révolution iranienne a fait de l’Iran une république islamique et depuis lors, les relations irano-américaines se sont fortement détériorées. L’Imâm Khomeyni, face aux exactions de l’impérialisme américain, nomma les Etats-Unis le Grand Satan. Les Américains, quant à eux, n’ont dédaigné aucun moyen politique pour attaquer la République islamique.

En 1998, durant la Coupe du monde de football, l’Iran faisait partie du groupe F et devait jouer face à l’équipe américaine. D’un point de vue diplomatique, le match de football du 21 juin à Lyon fut considéré comme une occasion de faciliter un certain rapprochement entre ces deux pays.

Le football est le sport le plus populaire au monde et son impact social en fait un quasi-instrument politique, d’autant plus qu’il s’agit d’un sport international. Le football peut donc parfois jouer un rôle de médiateur diplomatique. Comme exemple de diplomatie du sport, rappelons la célèbre partie de ping-pong entre les Etats-Unis et la Chine qui aboutit à l’amélioration des relations entre ces deux pays.

Le match entre l’Iran et les Etats-Unis fut également une occasion symbolique de représentation diplomatique. D’ailleurs, au-delà de la dimension politique, ce match entre l’Iran et les Etats-Unis fut inoubliable. Ce fut un moment haletant, où les deux parties firent de leur mieux, avec au final, la victoire de l’Iran. Quant aux organisateurs français du match qui eut lieu à Lyon, ils avaient attentivement réalisé toutes sortes de planifications nécessaires selon eux pour éviter un conflit, une crise ou même une guerre. Pour tous, ce match de football était considéré comme une occasion favorable pour améliorer les relations bilatérales. Ainsi, le président iranien de l’époque, Mohammad Khâtami, et son homologue, Bill Clinton, avaient eu l’espoir que cette rencontre aurait des retombées positives dans les relations entre les deux pays et permettrait un certain rapprochement.

Hamid Estili lors du match entre l’Iran et les Etats-Unis

Le jour du match, les joueurs et même les supporteurs des deux pays semblaient avoir conclu un accord pacifique tacite et aucun fait violent n’a été rapporté ; ceci alors que la presse avait prédit des « affrontements » entre les nationaux des deux bords. Certaines tensions politiques furent cependant au rendez-vous, notamment à la suite de la conférence de presse de protestation du groupe terroriste OMPI près du stade de Gerland où se tenait le match. Ceci dit, les joueurs eux-mêmes ont eu un comportement irréprochable et les Iraniens ont même offert des bouquets de fleurs aux Américains.

Bien qu’on ait interdit d’emmener des banderoles, bannières et affiches à slogans ou motifs politiques, certains ont hué les Iraniens et brûlé le drapeau du pays. Cependant, les supporters iraniens n’ont pas réagi, encourageant simplement les joueurs de leur équipe à être fair-play. Le match s’est conclu avec la victoire iranienne 2-1 contre les Américains grâce aux deux buts de Hamid Estili et Mahdi Mahdavikiâ. Cette victoire, vivement fêtée en Iran et dans d’autres pays de la région, a montré que la diplomatie du sport permettait parfois des ouvertures impossibles par ailleurs.

En 2014 également, Ali Kaffashiân, le président de la Fédération iranienne de football, a souhaité l’organisation de matchs irano-américains aller-retour dans le cadre d’un tournoi amical faisant se rencontrer de nombreux pays. Ce souhait a trouvé un écho chez son homologue américain de l’époque. L’économie et le commerce ne sont jamais loin non plus ; l’un des sponsors de l’équipe nationale iranienne pour la Coupe du monde 2014 étant une société d’importation de voitures américaines. Serait-ce le signe annonciateur de la reprise de certains échanges ?

Mehdi Mahdavikiâ lors du match entre l’Iran et les Etats-Unis

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