N° 108, novembre 2014

Chronologie succincte du football
en Iran


Afsaneh Pourmazaheri


Le football se range au premier rang parmi les sports les plus populaires en Iran, il est même surnommé premier sport de l’Iran, évidemment après la lutte. [1] Cette dernière, généralement reconnue comme sport national, n’a jamais permis au football, malgré sa popularité hors pair, d’occuper la place qu’il mérite. [2] Le football a depuis longtemps pénétré le quotidien des Iraniens, notamment celui des couches populaires, et on compte plus de douze journaux spécialisés dans le domaine publiés à l’intérieur du pays. Par ailleurs, de nombreuses chaînes de télé iranienne diffusent de manière permanente et gratuite les matchs des ligues les plus connues du monde en direct. [3]

Une équipe de football à Abâdân, en 1936

Le football est pour la première fois pratiqué en Iran sous sa forme actuelle dans la ville de Masdjed-Soleymân dans la province du Khouzestân. C’est dans cette même ville que les Anglais avaient construit le premier stade de foot et que le premier véritable match de football fut disputé entre les joueurs locaux de Masdjed-Soleymân et les Anglais. Au début du XXe siècle, les Britanniques étaient nombreux à travailler dans le pays en qualité d’ouvriers de l’industrie pétrolière, de marins ou de dockers. Le football se trouve ainsi être, comme partout ailleurs, un produit d’importation. Le premier Iranien ayant officiellement disputé un match se nommait Karim Zandi. Il pratiqua ce sport entre 1908 et 1918 avec les Anglais et dans les équipes qu’ils créaient pour organiser des face-à-face entre eux et les Iraniens.

Ce fut en 1921 que l’on fonda un premier semblant de fédération de football à Téhéran, baptisée l’Organisation pour le Progrès et le Développement du Football. La pratique du football ne se limitait pourtant pas à l’organisation citée ou aux matchs organisés par les Anglais. Dans les lycées, notamment celui qui avait pour nom à l’époque le lycée des Américains (aujourd’hui connu sous le nom du lycée Alborz), des entraînements et des matchs étaient organisés de manière continue et rigoureuse.

La première rencontre officielle entre les deux équipes iranienne et russe de Bakou eut lieu en 1929. Cinq ans plus tard, de grands changements furent effectués dans la formation et la gestion du football iranien d’abord à la suite de l’établissement de l’Organisation de l’Education Physique, puis en 1936 avec la création de 367 équipes de football en Iran. En 1937, Amir Hossein Sâdeghiân, footballeur, sélectionneur et attaquant durant sa carrière, rentra d’Europe et fut désigné en tant que responsable du développement de l’équipe iranienne.

En 1939, l’équipe nationale de football iranienne fut fondée et le stade Amdjadieh, stade le plus important de l’Iran avant la construction du stade Azâdi, fut inauguré. La Fédération nationale d’Iran fut fondée en 1946. Il s’agissait en fait d’une association qui regroupait les clubs de football et organisait les compétitions nationales ainsi que les matchs internationaux en Iran. En 1951, l’Iran participa à sa première compétition de football lors des Jeux Asiatiques en Inde. Le pays parvint à battre la Birmanie et le Japon mais s’inclina face à l’Inde. L’équipe iranienne fut affiliée à la FIFA en 1948 et devint membre de la Confédération Asiatique de football en 1958. [4]

Les années 1960 marquent l’avènement du football iranien au plus haut niveau continental. Quatre ans plus tard, l’Iran, la Turquie et le Pakistan fondaient ensemble l’organisation de Coopération pour le développement régional. Entre 1965 et 1974, cinq tournois furent organisés dont deux marquèrent la victoire des Iraniens. Ils vainquirent également la Malaisie et l’Inde ainsi que l’Indonésie dans les Jeux Asiatiques de 1966 à Bangkok. En 1968, les Iraniens sortirent vainqueurs des trois premières rencontres de la Coupe d’Asie face à Hong-Kong, Taïwan et la Birmanie.

L’équipe de football iranienne conserva son titre de vainqueur continental en battant deux fois le Cambodge, l’Iraq, la Thaïlande et finalement la Corée du Sud. Ces victoires éphémères ne l’immunisèrent contre une défaite face à la Hongrie (5-0) et au Danemark (4-0) aux Jeux Olympiques de Munich. Ces échecs furent suivis par d’autres défaites lors des jeux de la Coupe de l’Indépendance du Brésil face à l’Irlande, au Portugal et au Chili.

L’équipe nationale d’Iran participant à ses premiers Jeux Olympiques à Tokyo, en 1964

Jusqu’aux années 70, il y eut de nombreux changements au sein de la gestion et de l’organisation du football en Iran. Durant cette décennie, le tournoi national iranien nommé « Coupe de Persépolis » prit forme et commença ses activités aussitôt dans la capitale, mais également dans les centres sportifs les plus importants en Iran notamment dans le Guilân et le Khouzestân. [5]

Au cours de la même décennie, le stade Azâdi fut construit à l’ouest de Téhéran pour recevoir les Jeux Asiatiques de 1974. Il y a presque quatre décennies, avant la Révolution de 1979, il avait pour nom ”stade Aryâmehr”. Pouvant accueillir au début de sa construction 100 000 spectateurs, il vit plus tard sa capacité se réduire à 84 000 pour des raisons de sécurité.

En 1978, l’équipe nationale de l’Iran fut finalement qualifiée pour participer à la Coupe du monde et elle se hissa au sommet du football asiatique des années 70-80. Après les années 70-80, en raison de la Révolution Islamique et de la guerre Iran-Iraq, la situation du football iranien dégénéra et l’Iran s’éclipsa pour un certain temps de la scène mondiale du football. Il réussit pourtant à se qualifier pour les compétitions continentales des Jeux Asiatiques de 1982 et ceux de 1986. En 1990, l’Iran remporta les Jeux Asiatiques de Pékin en battant en finale la Corée du Nord.

Avec des joueurs comme Ali Dâei, Karim Bâgheri, Mehdi Mahdavikiâ, etc. l’équipe iranienne se fit remarquer à la Coupe du monde de 1998. La seule victoire de l’Iran eut lieu au cours de sa participation à la Coupe mondiale de 1998 en France. Il remporta ainsi un match contre les Etats-Unis, deux à zéro. [6]

Ce fut en 2000 que la Fédération d’Asie de l’Ouest de football fut fondée et organisa d’emblée le Championnat d’Asie de l’Ouest, qui a lieu tous les deux ans depuis. La performance des Iraniens lors de la Coupe mondiale de 2006 en Allemagne ne fut guère brillante. L’Iran ne ramena qu’un seul point, celui d’un match nul contre l’Angola, suivi de deux échecs face au Mexique et au Portugal. L’équipe du football iranienne fut ainsi sévèrement critiquée par les médias et les partisans du football en Iran. La critique ciblait notamment Ivankovi•, l’entraîneur de l’équipe, pour avoir désigné Ali Dâei, âgé alors de 37 ans, au poste d’attaquant. Durant la Coupe du monde de 2014 du Brésil, la quatrième coupe du monde à laquelle l’Iran participa, ils réalisèrent un parcours honorable à l’aide de l’entraîneur portugais Carlos Queiroz. Très défensifs, ils firent un match nul face au Nigeria et perdirent le deuxième et le troisième match face à l’Argentine et la Bosnie-Herzégovine.

Quant à la situation des clubs iraniens à l’intérieur du championnat national, cela fait des années que le football iranien est polarisé sous l’influence des deux clubs les plus connus, celui de Persepolis et d’Esteghlâl. A la suite de l’inauguration du championnat de ligue des clubs iraniens, de nombreux clubs régionaux ont par ailleurs réussi à devenir des clubs de renom en Iran. Parmi ceux-là on peut nommer : le Sepâhân d’Ispahan, le Saipâ de Karaj, le Foulâd de Khouzestân, le Pârs de Téhéran, etc.

De manière générale, il est évident que le football occupe une place particulièrement importante en Iran. Il s’est même transformé - comme ailleurs - en une sorte d’industrie, créant ainsi de nombreux emplois qui dépendent de près ou de loin de l’existence de ce sport. Comme partout ailleurs, les enjeux du football sont également d’ordre politique et économique. Il attire notamment l’attention de la jeune génération et c’est pour cette raison que les médias et leurs programmes sportifs ou autres, ainsi que l’Etat avec ses projets ludiques et sportifs, portent une attention particulière à ce sport. [7]

Ali Dâei
Karim Bâgheri
Mehdi Mahdavikiâ

Notes

[1Rezâi Ali, Revue Etemâd, No. 3595, 7 novembre 2008, p. 19.

[2Revue Keyhân, "Moshkelat-e varzeshi az zabân-e modir-e fanni timhâ-ye melli" (Problèmes liés au sport décrits par le directeur technique des équipes nationales), No. 1880, 21 août 2007, p. 13.

[3Saadlou Rashid, Revue World Soccer, octobre 2008, p. 62.

[4Site officiel de la Fédération d’Iran, article "History of Iran’s football", consulté le 10 août 2014.

[5Revue en ligne Encyclopوdia Iranica, article " Football", consulté le 10 août 2014.

[6Revue de la Confédération des clubs de football iraniens, "Histoire du football en Iran", 3 novembre 2008.

[7Christian Bromberger, "Troisième mi-temps pour le football iranien", Le Monde Diplomatique, avril 1998, p. 3


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