N° 111, février 2015

La danse du verre sur la musique du bois :
aperçu sur l’art du verre dans les fenêtres orossi


Nedâ Dalil


Exemple de fenêtre orossi finement réalisée à partir de verre et de bois à Yazd.

L’invention du verre introduisit de profondes transformations dans le domaine de l’architecture. Si la date exacte de la découverte du verre reste encore inconnue, il apparaît que l’homme l’utilisa pour la première fois il y a près de 100 000 ans sous forme d’obsidienne - verre naturel d’origine éruptive - qu’il taillait alors grossièrement pour fabriquer des outils, des armes tranchantes et plus rarement des bijoux. 300 ans av. J.-C., en Egypte, il existait des petits ateliers de verrerie fabriquant du verre à l’aide de sable et de soude. Les objets en verre étaient considérés comme des objets de luxe utilisés plutôt par les nobles et les riches. L’un des plus anciens objets en verre dont nous disposons actuellement date de 70 av. J.-C et a été fabriqué à Rome.

En Iran, l’art et l’artisanat liés au verre remontent à l’époque des Sassanides, mais aux XIIe et XIIIe siècles, les musulmans apportèrent un important renouveau dans ce domaine, remarquable notamment durant l’époque safavide. L’un des aspects de ce renouveau fut l’utilisation de vitraux, art qui a atteint une grande sophistication en Perse notamment au travers du style orossi dans la réalisation de grandes fenêtres.

Le style orossi est l’un des éléments de l’architecture persane, fruit d’un subtil alliage entre le bois et le verre. Il est utilisé dans la réalisation de fenêtres ou de grandes portes coulissantes. Ces portes donnent souvent sur un grand salon et servent à séparer deux grandes pièces que l’on peut réunir en les ouvrant pour avoir un salon plus vaste lors de réceptions.

Fenêtre orossi au sein de la citadelle Karim Khân, bâtiment datant du XVIIIe siècle construit dans le centre ville de Shirâz, qui faisait auparavant partie de la cour royale de la dynastie zend.

Ce style était aussi utilisé pour réaliser les portes de chambres donnant sur une cour. Il était considéré comme l’un des éléments décoratifs importants dans l’architecture de l’Iran. On ignore la date des premières réalisations de portes et fenêtres orossi ; les seules sources dont nous disposons étant des carnets de voyage datant de l’époque qâdjâre. Le style orossi y était alors largement utilisé. Cependant, il est attesté que ce style était aussi utilisé à l’époque safavide.

Pour réaliser des portes orossi, l’artisan n’utilise aucun clou ni colle, tous les éléments prenant place les uns à côté des autres grâce à des calculs précis. Les petites pièces en bois utilisées dans cet art sont aussi fines que des allumettes, et l’artiste y fait de petites coupures pour y ajouter des verres colorés. La coupe des pièces est un travail de haute précision, car le moindre petit défaut peut remettre en cause le résultat final. Pour éviter cela, l’artiste dessine d’abord le croquis de la porte qu’il utilise comme modèle. Le caractère commun à l’ensemble des portes orossi est la symétrie des formes employées. L’ensemble des motifs a des rythmes, mouvements et accords. Les motifs principaux des orossis sont des fleurs à quatre pétales ou des botteh jegheh. D’après l’Encyclopédie Dehkhodâ, le botteh jegheh est un cyprès miniature au sommet incliné qui symbolise la modestie, la liberté et le pouvoir. Lorsqu’il est représenté davantage en forme de poire, le botteh jegheh peut symboliser le feu zoroastrien. De par sa haute signification symbolique, ce motif est souvent présent dans l’architecture persane.

Outre leur dimension symbolique, les portes orossi visaient également à réduire les différences thermiques dans les différentes pièces, séparaient l’espace privé de l’espace public dans la demeure, et assuraient une certaine protection contre les insectes, repoussés par les couleurs des verres. L’usage de verres colorés dans les portes et fenêtres de style orossi permet d’avoir une lumière naturelle filtrée aux couleurs variant à différentes périodes de la journée, chaque couleur ayant son influence psychologique sur l’homme.

Cet art était profondément apprécié par l’ensemble de la société iranienne, de telle façon que les gens commandaient leur porte selon un modèle plus ou moins élaboré en fonction de leur statut et couche sociale. Malheureusement, il est aujourd’hui en voie de disparition, et les réalisations se limitent désormais majoritairement à la restauration des anciennes portes plutôt qu’à la réalisation de nouvelles pièces.

Mosquée Nasir-ol-Molk, Shirâz

Bibliographie :
- Amrâei, Mehdi, Orossi, panjereh-hâye rou be nour (Orossi, fenêtres donnant sur la lumière), éd. Samt, Téhéran, 2004
- Bâbâzâdeh, Sârâ ; Goudarzi Soroush, Mohammad Mehdi, Panjereh orossi, cheshm-e me’mâri-e irâni (Les fenêtres orossi, les yeux de l’architecture iranienne), conférence nationale de l’architecture, 2012.
- Alipour, Niloufar, Motâle’eh-ye tarh-e orossi-hâye kâkh-hâye qâdjâriyyeh-ye Tehrân (Etude des formes d’orossi des palais qâdjârs à Téhéran), 2012.


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