Véritable renaissance de la philosophie et des arts, le règne de Shâh Abbâs fut le témoin de l’émergence de grandes figures intellectuelles et mystiques qui ont apporté au patrimoine iranien des richesses inestimables. Le Sheikh Bahâ el-Din Ameli, grand philosophe, mathématicien, logicien et astronome de l’époque safavide et dont on célèbre le souvenir le 23 avril, fait partie de ceux là.

Né en 953 de l’Hégire (1575) à Ba’lbak, il vécut d’abord dans un petit village de Syrie appelé Jaba’ee. Son père était un docteur de la loi libanais nommé Sheikh Hussayn, lui-même fils d’Abdul Samad Ameli dont le nom provient de Jamal Amel, ville chiite du nord de la Syrie. Des études ont fait remonter sa généalogie à Hareth Ibn Abdollâh Hamedâni, l’un des plus célèbres disciples de l’Imam Ali.

Fuyant les persécutions ottomanes, son père et lui se réfugièrent en Iran safavide, accompagnés de nombreux autres juristes et intellectuels chiites de l’époque. Encore enfant, il s’établit à Qazvin où il suivit un enseignement auprès de son père et de grandes figures des sciences islamiques de l’époque. Il se rendit par la suite à Ispahan pour y poursuivre ses études. Il acquit de vastes connaissances dans des domaines aussi variés que la jurisprudence islamique, l’interprétation des hadiths, la littérature, la logique, les mathématiques, l’astronomie, et ne tarda pas à s’affirmer comme une figure scientifique de renom. Il a été formé par de grands professeurs tels que Molânâ Abdollâh Modarres Yazdin Faiz Kâshâni, Mollâ Ali Mohazeb...

Il effectua également de nombreux voyages à l’occasion de ses pèlerinages à la Mecque, qui lui permirent de découvrir des pays tels que l’Irak et l’Egypte où il resta 4 ans.

Il mourut en 1031 de l’Hégire (1653) à Ispahan, et selon sa volonté, son corps fut par la suite transféré à Mashhad où il repose actuellement, près du sanctuaire de l’Imam Rezâ. Aujourd’hui, il nous reste environ 88 livres et articles écrits de sa main.

Sheikh Bahâi fut notamment reconnu pour ses grands talents de mathématicien et de géomètre, qui ont trouvé de nombreuses concrétisations dans le domaine architectural. Il serait ainsi l’architecte principal de la mosquée de l’Imam à Ispahan et de Hesar Najaf. Il est également le créateur du cadran solaire de la mosquée royale permettant de donner l’heure exacte de la prière de la mi-journée. Proche de la cour du roi Abbâs Ier, il fut nommé "Sheikh de l’Islam" de l’Iran à la suite du décès de son prédécesseur, le Sheikh Ali Manshâd, dont il épousa par la suite la fille.

Il s’est également distingué dans le domaine de la topographie, pour avoir mis en place l’ensemble du système d’approvisionnement en eau de la ville d’Ispahan et des villages alentours à partir de la rivière Zayandehrood, selon de stricts critères visant à la fois à mettre en place une répartition efficace et équitable.

En outre, il a été à l’origine de la mise en place du canal Zarrin Kamar d’Ispahan qui compte parmi les plus grands d’Iran, ainsi que de nombreux autres canaux dans les villes de Shirâz et de Neiriz.

Enfin, une de ses réalisations les plus connues demeure les "bains du Sheikh", consistant en un fourneau chauffé par une sorte de bougie placée dans un espace clos qui n’avait à l’époque ni besoin d’être alimentée ni d’être changée et qui, d’après les dires du Sheikh, ne fonctionnerait plus si on en venait à ouvrir cet espace. Après des travaux de restauration ayant nécessité l’ouverture de l’installation, la prédiction s’est réalisée et le système n’a jamais pu fonctionner comme auparavant. On peut cependant toujours visiter les célèbres bains aujourd’hui, au détour d’une petite rue baptisée de son nom et située près de la Masjed-e Djom’eh d’Ispahan.

Il serait également l’architecte des "menâr jonbân" qui attirent nombre de touristes chaque année à Ispahan.

Dans le domaine mathématique, son ouvrage Khulâsat al-Hisâb (La quintessence du calcul), marqué par l’influence du mathématicien al-Kâshi notamment concernant ses algorithmes, a constitué une référence en Iran et en Asie centrale du XVIIe au début du XXe siècle.

Outre ses talents de mathématicien et d’architecte, Sheikh Bahâi était un grand théologien imprégné de connaissances spirituelles très vastes qui fut très proche du grand philosophe et mystique Mirdâmâd. Il fut également le professeur du grand philosophe et mystique Mollâ Sadrâ, et a exercé une influence considérable sur la personnalité et les travaux de ce dernier.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages théologiques ainsi que de nombreux traités de philosophie et de logique. Il a également composé un grand nombre de poèmes sous forme de ghazâls ou de roba’iyat, ainsi que deux masnavi intitulés Nân o Halvâ et Shîr o Shekar, où l’influence de Molânâ est loin d’être absente. Parmi ses plus importants ouvrages scientifiques et religieux, on peut citer Djâmeh Abbâsi, Kashkul, Bahr-ol-Hisâb wa Miftâh al-Fallâh wa al-arbaein wa shar’ al-falâq. Il a également écrit plusieurs œuvres littéraires telles que la critique sarcastique présentée dans La souris et le chat récemment adaptée sous forme de livre pour enfant par l’écrivain Mostafa Rahmândust.

Il figure donc au rang des hautes figures intellectuelles de l’époque safavide, symbole d’une renaissance de la pensée en Iran dans un contexte de déclin de l’empire dans son ensemble.

Un congrès célébrant sa commémoration a récemment été organisé à Ispahan, afin notamment de mieux connaître sa vie et d’effectuer des analyses nouvelles et plus approfondies sur l’ensemble de ses oeuvres.

Jusqu’à quand, désirant, assoiffé de me joindre à toi,

Unique,

Mes larmes couleront-elles de chaque paupière ?

Veut-il prendre fin,

Ton éloignement ?

O toi,

A la flèche de tristesse,

Visant le cœur des amants.


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