N° 18, mai 2007

Rose et tradition :

Fête des Roses à Ghamsar


Arefeh Hedjazi


Les Iraniens sont parmi les premiers peuples à avoir découvert les vertus nutritives et médicales de la rose. Sa couleur et son parfum calme le stress et ses pétales roses tirant sur le rouge ont toujours décoré les maisons iraniennes. Que ce soit dans la parfumerie, où depuis toujours son essence donne forme aux géniales idées des maîtres de l’odorat, à la gastronomie où, séchée ou sous forme d’essence, elle sert d’aromate, cette fleur, reine sans conteste de ses semblables, est depuis des siècles la préférée des habitants et des cultivateurs de Ghamsar, à Kâshân, et nulle autre délicate plantae ne s’est autant vu octroyée le rôle de la muse auprès des poètes. Ceci peut-être parce que la rosa damascena, parfaitement à l’aise dans les conditions pourtant extrêmes de la région quasi désertique du Kâshân, y existe depuis toujours. On ne connaît guère la terre d’origine de cette rose, la plus appréciée des parfumeurs, et les spéculations vont bon train mais il n’est pas impossible qu’elle soit iranienne, puisque c’est de l’Iran qu’elle fut emmenée ailleurs, notamment en Bulgarie, où elle s’adapta et est aujourd’hui cultivée à grande échelle pour son essence. Aujourd’hui, la Bulgarie est le plus grand producteur d’essence de rose, essence obtenue des roses de Damas cultivées dans la région de Kazanlak, ou "vallée des roses", où au XVIIème siècle, un gouverneur turc planta pour la première fois cette fleur qu’il avait emportée avec lui d’un voyage à Kâshân, en Perse. C’est également de Perse que Robert de Brie, un croisé français, emporta quelques boutures de roses en France, en 1234. Ces roses furent d’abord plantées à Provins dont elles prirent le nom pour devenir la "rose de provins" ou "rosa gallica".

Une anecdote historique circule également au sujet du nom de la rose de Damas : selon les chroniques, ce fut un gouverneur byzantin en visite à Ghamsar qui, séduit par la fragrance des roses de la région, en emporta quelques boutures à Damas. C’est ainsi que cette fleur, la rose d’Iran par excellence, devint célèbre sous le nom de rosa damascena.

Quoiqu’il en soit, en Iran, c’est dans la région de Kâshân et plus particulièrement à Ghamsar que cette rose est cultivée. La culture de la rose n’est pas une nouveauté en Iran. L’histoire de la distillation, l’exportation et l’utilisation des essences florales à des buts médicaux, cosmétiques et gastronomiques remontent en Iran à l’Antiquité où on produisait et consommait les eaux et les essences florales et aromatiques dans toutes les régions du vaste empire perse. Ainsi, les fleurs ont toujours occupé une place importante dans la médecine traditionnelle de l’Iran préislamique, c’est-à-dire la médecine des plantes. Les tablettes et les bas reliefs de Persépolis traitant de ce sujet sont la preuve formelle de l’importance des fleurs dans la société iranienne, médicalement et généralement parlant.

A ce sujet, on peut faire allusion au Canon du grand savant iranien Avicenne, ouvrage de médecine écrit il y a mille ans - et enseigné jusqu’au début du XIXème siècle dans les facultés de médecine européennes-, qui évoque, dans des contextes différents, l’utilisation de la rose en tant que remède à plusieurs maladies.

Aujourd’hui, la rose est toujours cultivée en Iran à des fins de distillation. D’ailleurs, cette culture connaît un renouveau certain, du fait de l’industrialisation et de la modernisation des moyens de distillation. La capitale des roses est depuis toujours Ghamsar, ville de la région de Kâshân.

C’est l’adaptation de cette rose qui a conduit à la plantation de nombreuses et vastes roseraies qui ont à leur tour permis le développement d’une culture et d’un art de la distillation transmis de génération en génération, tel un secret bien gardé, fait de traditions ancestrales. Aujourd’hui, l’obtention de l’eau et de l’essence de rose s’industrialise peu à peu, se "déshumanise" et perd lentement sa valeur poétique. Malgré cela, chaque mois de mai, les cultivateurs lancent la récolte au son de musiques et de prières traditionnelles et la récolte et la distillation de la rose est aujourd’hui plus que jamais une cérémonie qui attire chaque année des milliers de visiteurs.

A ce sujet, il est intéressant de prendre en compte les méthodes et les outils de travail traditionnels utilisés dans les ateliers de Kâshân, les alambics de cuivre, les ruisseaux et voies d’eau souterraines nécessaires au refroidissement du résidu, etc. qui donnent une magie inoubliable à cette récolte et transforment la distillation en une alchimie mystérieuse. Poésie mise à part, c’est à Ghamsar que la distillation et l’obtention de l’essence et de l’eau de rose devient "industriel" ou plutôt commercial, c’est-à-dire que sa production prit une ampleur inédite jusqu’alors et devint quasiment un produit d’exportation car avant cette révolution, les essences florales n’étaient produites en Iran qu’à très petites doses, en tant que médicaments. On peut citer à titre de preuve le Journal du voyage du Chevalier Chardin en Perse, et autres lieux de l’Orient de Chardin à la fin du XVIIème siècle, sous le règne des Safavides. Dans un chapitre de son ouvrage, Chardin relate son passage à Ghamsar et décrit en détail l’industrie et le commerce des essences et eaux florales en Iran et précise que ces eaux et essences sont exportées dans toute l’Asie. Vu les difficultés de voyage, l’absence des voies de communication adéquates et des moyens de transport, il est facile d’imaginer l’importance de cette industrie en Iran, puisque malgré toutes les difficultés existantes, la production était suffisamment importante pour être exportée. Autre preuve de cette importance, la Grande Encyclopédie Dehkhoda qui précise dans son article "Ghamsar" que le plus important produit de la région est la rose et que chacun des quelques 70 ateliers de cette ville en utilise une demi tonne par jour.

Quoiqu’il en soit, cette industrie, bien qu’encore artisanale et très peu industrialisée, a permis dans une certaine mesure l’essor économique de la région. De plus, les ateliers existants aident à la création d’emplois liés à la diversification des produits dérivés de la rose.

Pour finir, on peut ajouter que dans la langue persane, les roses sont indifféremment appelées "fleurs rouges". Seule la rose de Damas, utilisée pour la distillation, a un nom plus précis :" rose de Mohammad". Il est intéressant de noter la symbolique de cette dénomination, surtout en considération du fait que l’eau de rose, au-delà de son utilisation médicale, cosmétique et gastronomique, est vaporisée dans les lieux saints et lors des cérémonies religieuses et qu’une vision assez originale s’y attache, poétiquement et mystiquement.


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3 Messages

  • Fête des Roses à Ghamsar 12 mars 2015 09:37, par Leterme Francoise

    Madame
    Monsieur

    Désirant me lancer dans la production de roses , La Damscena ou rose de Mohammad, pour la parfumerie, pourriez-vous me mettre en contact avec des paysans greffeurs pour mettre en place cette culture ?
    Je dispose de deux hectares en bio à St Rémy de Provence dans un vallon très protégé et voudrai pratiquer la méthode artisanale afin d’en récolter le meilleur, la plus pure des fragrances. Dans un deuxième temps, j’aimerai monter mon atelier d’extraction en pratiquant la méthode à l’ancienne aussi...
    Je suis à votre écoute

    Cordialement

    Françoise Leterme-Leroux

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  • Fête des Roses à Ghamsar 24 janvier 2016 15:13, par marcelle loffet

    Bonjour,
    je suis belge.
    Est il possible d’acheter de l’huile essentielle de rose ?
    Mon fils doit se rendre en avril, mai 2016 en Iran.
    Ou est il possible d’envoyer cette huile par avion ?
    Je vous remercie et vous souhaite une bonne journée.
    Marcelle Loffet
    Belgique

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  • Fête des Roses à Ghamsar 28 mars 2016 14:36, par Jeanette

    Bonjour
    Je serai en Iran pour 1 mois à partir du 5 mai 2016
    Connaissez-vous la date du festival de la rose en 2016. Il n’y a aucune info sur le Net pour cette année
    Merci à Tous Jeanette

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