N° 18, mai 2007

Le patrimoine culturel iranien et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO)


Vincent Bensaali


L’Iran est membre de l’UNESCO depuis le 6 septembre 1948. Depuis cette date, une étroite coopération entre cette institution et l’Iran n’a pratiquement jamais cessé - mise à part la fermeture pendant deux ans du bureau de Téhéran, réouvert sans interruption depuis 2003.

Ce n’est qu’après la révolution islamique de 1979 qu’un premier site iranien a fait l’objet d’une inscription sur la liste du patrimoine mondial. A cette époque, un projet culturel international ayant pour but de protéger le patrimoine culturel extrêmement riche de l’Iran a été lancé. Aujourd’hui, huit sites iraniens figurent sur cette liste, qui comprend actuellement 830 biens inscrits, dont 644 biens culturels, 162 biens naturels et 24 mixtes, répartis sur 138 états.

Le rôle de l’UNESCO

L’UNESCO encourage l’identification, la protection et la préservation du patrimoine culturel et naturel à travers le monde, considéré comme ayant une valeur exceptionnelle pour l’humanité. Un traité international intitulé Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel adopté en 1972 régit les relations entre l’institution et les états signataires.

L’UNESCO, qui n’a pas de ressources propres, recherche des financements destinés à la sauvegarde des biens inscrits. A Bam par exemple, elle a coordonné une action internationale destinée à la sauvegarde des monuments historiques de la vieille ville et de la citadelle. Elle a obtenu du gouvernement japonais un don de 500 000 dollars, du Ministère français des affaires étrangères et de l’Ambassade de France à Téhéran, l’intervention sur place de l’ONG française Craterre, et de l’Italie, un don de 300 000 dollars.

L’UNESCO ne perd jamais de vue la nécessaire concertation avec les autorités locales, la sauvegarde du patrimoine ayant pour but d’accompagner le développement économique et social des régions concernées. Comme dans tous les Etats du monde, il arrive cependant que cette concertation ne fonctionne pas toujours bien et qu’alors le bureau de Téhéran doive intervenir pour régler le problème. Il en fut ainsi, par exemple, pour les cas suivants :

Ispahan, la mosquée du Sheikh Lotfollah

- Invoquant le non-respect des dispositions légales et menaçant d’inscrire le site d’Ispahan sur la liste du patrimoine mondial en danger, l’Organisation internationale a imposé à la ville d’Ispahan et à la province du Fars de réduire la hauteur du Jahân-Namâ. Ce complexe commercial en cours de construction est situé dans le périmètre protégé.

- A Tchoghâ Zanbil, des forages destinés à la recherche pétrolière et sismique avaient été mis en place sur 10 kilomètres, s’approchant de 1300 mètres de la ziggourat. Effectués à l’explosif, ils risquaient de mettre en danger la structure de l’édifice. Un accord a été conclu pour arrêter ces recherches.

- Entre Persépolis et Pasagardes, la mise en eau d’un lac de barrage, indispensable à l’irrigation des champs de cette région, a pu être retardé pour permettre la mise en œuvre de fouilles archéologiques.

Les sites iraniens classés au patrimoine de l’UNESCO :

La ziggourat de Tchogha Zanbil

La ziggourat de Tchoga Zanbil fut le premier site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, en 1979. Découverte par hasard en 1935 par des pilotes de la British Petroleum qui survolaient la région à la recherche de pétrole, elle conserve les ruines de la ville sainte du royaume d’Elam. Fondée vers 1250 avant J.-C., après l’invasion d’Assourbanipal, elle resta inachevée. Elle n’est pas sans évoquer les temples mayas et aztèques du Mexique qui avaient, semble-t-il, la même fonction religieuse (lieu de culte et de sacrifices aux dieux) Ce remarquable ensemble d’architecture élamite composée de trois immenses enceintes concentriques est le seul ayant survécu. Des cinq étages d’origine, seuls trois subsistent. Elle fait l’objet encore actuellement d’une intense rénovation sous l’égide de l’UNESCO.

Ispahan

Sont classés au patrimoine mondial, depuis 1979 : la Place de l’Imam (anciennement place Royale, nommé également Naghsh-e Djahân) et l’axe incluant la mosquée du Vendredi, les bazars, le sud de l’avenue Tchahâr Bâgh (partant de la rivière Zayandeh Rud, c’est l’axe autour duquel s’organise la ville), la rivière elle-même et ses ponts anciens.

Frises de Persépolis

Construite sous le règne de Shâh Abbas Ier au début du XVIIe siècle, la grande place est entourée de constructions monumentales reliées par une série d’arcades à deux étages.

Son centre, occupé par des pelouses et des bassins, sert de lieu de promenade et de pique-nique aux familles durant les beaux jours. Elle est célèbre dans le monde entier pour sa mosquée Royale (rebaptisée Mosquée de l’Imam Khomeyni depuis la révolution islamique), la mosquée du Sheikh Lotfollah (du nom du gendre de Shâh Abbâs), le magnifique portique de Qeysariyeh qui ouvre le bazar et le palais Ali Qâpu.

Ispahan a subi des bombardements destructeurs pendant la guerre Iran-Irak et des pans entiers des célèbres mosaïques bleues de la mosquée de l’Imam ont été détruits, nécessitant une restauration qui dure encore.

Takht-e Jamshid (Persépolis)

Fondée par Darius Ier en 518 av. J.-C., capitale de l’Empire achéménide, elle fut construite sur une immense terrasse mi-naturelle, mi-artificielle où le Roi des Rois avait édifié un palais aux proportions imposantes inspiré des modèles de Mésopotamie.

C’est un site archéologique unique de par l’importance et la qualité de ses vestiges monumentaux.

Le palais était utilisé une fois par an à Norouz. Les peuples soumis à l’empire venaient alors faire allégeance au Roi des Rois en lui offrant des présents. Sur les frises que l’on peut voir le long de l’escalier monumental figurent, sculptés dans la pierre, les représentants de ces différents peuples rangés par ordre d’importance dans la hiérarchie de l’empire.

Le palais fut détruit par le feu au cours d’une fête organisée par Alexandre le Grand lorsqu’il s’en empara au cours de sa conquête de la Perse, sans que l’on sache si cet incendie fut accidentel ou volontaire. Son classement date aussi de 1979.

Takht-e Suleiman

Le site archéologique de Takht-e Suleiman (Trône de Salomon), dans le Nord-Ouest de l’Iran, est situé dans une vallée au milieu d’une région de montagnes volcaniques. Datant de 1500 ans, le site comprend le principal sanctuaire zoroastrien, en partie reconstruit sous la période des Mongols ilkhanides au XIIIe siècle, ainsi qu’un temple dédié à Anahita, déesse de l’eau, datant de la période sassanide (VIe et VIIe siècles). Ce site a une valeur symbolique importante. La conception du temple du feu, celle du palais et la disposition générale du site ont influencé le développement de l’architecture islamique. Le classement par L’UNESCO date de 2003.

Bam et son paysage culturel

L’inscription a eu lieu en 2004 après le terrible séisme de décembre 2003, pour faire face à la situation d’urgence créée par la catastrophe. La citadelle et ses alentours sont, quant à eux, inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril.

Bam s’inscrit dans un environnement désertique, à la lisière sud du haut plateau iranien. La Citadelle de Bam représente un exemple exceptionnel de peuplement fortifié et de citadelle d’Asie Centrale, reposant sur une technique combinant couches de terre et briques de terre.

Le mausolée de Soltaniyeh

Les origines de Bam remontent à la période achéménide (du VIe au IVe siècle avant J.-C.) Située au carrefour d’importantes routes marchandes et réputée pour la production de soie et de vêtements de coton, elle connut son apogée du VIIe au XIe siècle. La vie dans l’oasis reposait sur les canaux d’irrigation souterrains, les qanats, dont Bam a préservé quelques-uns des plus anciens en Iran. Elle est l’exemple le plus représentatif d’une ville médiévale fortifiée construite selon une technique vernaculaire, à l’aide de couches de terre.

Pasargades

Première capitale dynastique de l’Empire achéménide, fondée au VIe siècle avant J.-C. par Cyrus II le Grand au cœur du Fars, la patrie des Perses, Pasargades est située à 70 km de Persépolis. Ce site fut inscrit en 2004 par l’UNESCO. Ses palais et jardins, ainsi que le mausolée de Cyrus, disséminés sur 160 hectares, sont des exemples remarquables de la première période de l’art et de l’architecture achéménide, et des témoignages exceptionnels de la civilisation perse.

Pasargades fut la capitale du premier grand empire pluriculturel d’Asie occidentale. S’étendant de la Méditerranée orientale et de l’Egypte à l’Hindus, il est considéré comme le premier empire à avoir respecté la diversité culturelle des différents peuples qui le constituaient.

Le mausolée de Soltaniyeh

L’inscription de ce site date de 2005.

Le mausolée fut construit entre 1302 et 1312 dans la ville de Soltaniyeh, capitale des tribus mongoles ilkhanides. Situé dans la province de Zanjan, à 240 km au Nord-Ouest de Téhéran, Soltaniyeh est l’un des exemples les plus impressionnants de l’architecture perse et un monument clé dans le développement de l’architecture islamique.

A l’origine, le sultan Oljeitu, descendant de Gengis Khân, le destine à son tombeau mais, converti à l’islam, il décide, après une visite à Nadjaf, d’y faire transférer les restes de l’imam Ali. Il se heurte au refus des ulémas. On suppose qu’Oljeitu lui-même y fut inhumé mais on n’a jamais retrouvé l’emplacement de sa sépulture.

Les bas-reliefs de la falaise de Bisotun

Ce mausolée était autrefois utilisé pour les cérémonies religieuses. On peut visiter les tribunes placées en hauteur, réservées aux femmes, abritées des regards par de beaux claustras de bois sculptés à la main.

Cet édifice de forme octogonale est surmonté d’une coupole aux dimensions impressionnantes : 48,5 mètres de hauteur, 26 mètres de diamètre. Elle est recouverte de carreaux de faïence turquoise et entourée de huit minarets fins et élancés. Cette structure constitue le plus ancien exemple existant de coupole double en Iran. La décoration de l’intérieur du mausolée est également remarquable et des spécialistes de l’architecture persane ont qualifié ce bâtiment de "précurseur du Taj Mahal" en Inde. Il y a 45 ans, une équipe de restaurateurs italiens a posé l’échafaudage qui occupe encore aujourd’hui tout l’espace intérieur.

Les fabriques de faïence et de briques de terre sont installées sur place. Le glacis de faïence turquoise est fait d’un ensemble de cuivre, de plomb, de porcelaine, de verre, d’herbes et d’eau, mais le secret de cette fabrication ancestrale est bien gardé.

Bisotun

Il est le site le plus récemment inscrit au patrimoine mondial. Les bas-reliefs de la falaise de Bisotun sont classés depuis juillet 2006. Le plus célèbre, taillé à une hauteur incroyable, date de 520 avant J.-C. Il représente les hauts faits du roi achéménide Xerxès. L’inscription en trois langues (élamite, néobabylonien et vieux perse) a permis de décrypter les caractères cunéiformes du vieux perse.

La liste indicative du patrimoine iranien

Une liste indicative est un inventaire des biens que chaque Etat membre a l’intention de proposer pour inscription au cours des années à venir.

Les Etats membres doivent donc inclure dans leur liste indicative les noms des biens qu’ils considèrent comme étant un patrimoine culturel et/ou naturel de valeur universelle exceptionnelle susceptible d’inscription sur la liste du patrimoine mondial.

Les Etats membres préparent leur liste indicative avec la participation d’une large variété de partenaires, y compris gestionnaires de sites, autorités locales et régionales, communautés locales, ONG et autres parties et partenaires intéressés.

Ils doivent soumettre les listes indicatives au Centre du patrimoine mondial, de préférence au moins un an avant la soumission de toute proposition d’inscription. Ces listes ne doivent pas être considérées comme exhaustives et chaque Etat est encouragé à réétudier et soumettre à nouveau sa liste indicative au moins tous les dix ans.

Pour l’Iran, cette liste qui date de 2004 est en cours de mise à jour pour l’inscription d’une vingtaine de sites supplémentaires, de manière à refléter plus complètement le patrimoine naturel et culturel unique du territoire iranien. La révision de cette liste est réalisée par les autorités iraniennes, en concertation avec les services de la Protection de l’environnement et des Etudes géologiques du Ministère de la culture et du tourisme (ICHTO - Iranian Cultural Heritage and Tourism Organization). Y figurent, entre autres sites remarquables :

- Les bas-reliefs de Naqsh-e Rostâm et Naqsh-e Rajab, près de Takht-e Jamshid,

- Le village d’Abyâneh, près de Kashan,

- Le parc géologique de l’île de Gheshm,

- Les chutes d’eau de la Kârun Rud, et de ses moulins à eau à Shushtar,

- St Thaddeus, église arménienne d’Azerbaïdjan iranien, appelée aussi Qara Kelisa (Eglise Noire) en arménien,

- Les sculptures sassanides de Tâq-e Bostân à Kermanshâh,

- Le temple d’Anahita à Kangavar.

Parallèlement à la sauvegarde du patrimoine historique iranien, la bonne collaboration entre l’UNESCO et l’Iran a permis plusieurs créations intéressantes :

- Un centre régional sur la gestion de l’eau dans les zones urbaines, situé à Téhéran et, en projet à Yazd, un centre international sur les qanats et les structures hydrauliques historiques.

- Un centre d’information pour la jeunesse dans le cadre d’un projet de formation en technologies de l’information et de la communication. Ce centre, ouvert depuis décembre 2001 à Varâmin, permet aux jeunes gens d’accéder à un grand nombre d’informations sur les activités qui leur sont destinées ainsi que sur l’orientation et les choix scolaires.


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