N° 30, mai 2008

L’avenir de l’élevage des crocodiles en Iran


Arefeh Hedjazi


Cela fait à peine deux décennies que l’élevage d’animaux à des fins commerciales commence à être un sujet d’actualité en Iran et un secteur éventuellement considéré comme rentable. Malgré cela, la diversité des micros climats, l’étendue des ressources naturelles et les besoins mondiaux ont considérablement contribué au développement de ce secteur une branche en pleine expansion et l’on voit tous les jours la mise en service de nouveaux centres d’élevage d’animaux parfois exotiques, comme en témoigne l’intérêt récent des investisseurs pour un animal pour le moins inattendu : le crocodile d’eau douce. Cet intérêt est en réalité celui qui a poussé plusieurs pays à investir dans ce domaine, c’est-à-dire les profits intéressants qu’offre l’élevage plus que rentable de cet animal préhistorique.

En effet, chaque année, les peaux de crocodile produisent un bénéfice net de 600 millions de dollars et selon les spécialistes, les bébés crocodiles iraniens nouveau-nés valent de 150 à 500 euros. Cela dit, il n’existe actuellement pas de marché pour ce produit en Iran. Pour certains spécialistes, l’élevage de crocodiles représentent un risque certain dans le pays car la production de 400 peaux de crocodile nécessite un investissement de 500 millions de tomans, ceci étant une somme importante à risquer au vu de l’absence d’expérience en matière de tannage et de maroquinerie exotique, et ce n’est qu’après la constitution d’une clientèle internationale solide et la mise en place de réseaux d’exportation que ce secteur pourrait dégager de réels bénéfices. Pourtant, les dix mille dollars que peut atteindre le prix d’une peau de crocodile sur les marchés mondiaux et la reproduction rapide de cet animal font espérer des gains importants aux investisseurs dans ce secteur.

Crocodylus Palustris Palustris ou Gândo, unique crocodile d’Iran

Quoiqu’il en soit, avec le succès des programmes expérimentaux d’élevage, cette industrie est en train de se développer en Iran et l’exemple des pays exportateurs montre qu’un soutien gouvernemental pourrait transformer l’élevage des animaux exotiques en une source non négligeable de revenus d’exportation non pétroliers.

Il n’existe en Iran qu’une seule race de crocodile, le Crocodylus Palustris Palustris ou crocodile à museau court, connu localement sous le nom de Gândo, endémique des rivières Sarbâz, Bahoukalât, Kajou, Azâdî et certaines rivières du Sistân et Balûchistân. Ces animaux à museau court ne représentent pas un danger pour l’homme, à tel point qu’une seule attaque sans danger a été signalée au cours des cents dernières années. Comme seuls 120 à 130 de ces crocodiles vivent encore et que cette espèce est pratiquement en voie d’extinction, 40% de ces crocodiles sont protégés par l’Organisation nationale de la Protection de l’Environnement. C’est pourquoi les investisseurs et les éventuels éleveurs sont dans l’obligation de se procurer des crocodiles d’élevage à l’étranger et de les importer en Iran.

Cependant, pour les investisseurs, cela ne représente pas un obstacle insurmontable puisque le crocodile est finalement un animal dont rien ne se perd, qu’il est rentable d’exporter vivant, et que les fermes à alligators commencent à devenir un des lieux incontournables dans le domaine de l’écotourisme. Ceci est d’autant plus intéressant pour les éleveurs que chaque peau vaut de 300 à 10 000 dollars pièce selon l’absence ou la qualité du tannage. Par ailleurs, il est utile de préciser que la peau de cet animal est de plus en plus prisée, en raison de sa beauté et de sa résistance remarquable, en maroquinerie et qu’avec une production de 11 000 peaux de crocodile par an, l’Australie ne répond qu’à 1% de la demande mondiale en la matière.

Toutes ces raisons poussent les éleveurs iraniens à s’intéresser à ce secteur qui pourrait, avec un minimum d’investissement, offrir d’excellents résultats au vu de la prédisposition des écosystèmes iraniens à l’élevage, et ce sur l’ensemble du pays. Et effectivement, depuis une décennie, des programmes visant à tester la possibilité de cet élevage ont été mis en place en Iran, à Karaj et le succès que ces programmes ont rencontré a poussé les responsables gouvernementaux à soutenir les investissements en offrant notamment des conditions avantageuses en matière de prêts bancaires et de terrains aux éleveurs.

Lieu de naissance : centre d’élévage expérimental de Karaj

Une avancée très significative dans ce domaine a été la délivrance de récentes fatwas qui autorisent l’élevage de cet animal à la chair non halal selon la Sharia musulmane. En effet, le représentant religieux du Vali-e-faghih au sein de l’Organisation de l’Elevage a annoncé en septembre 2006 la fatwa de l’ayatollah Khâmene’î, qui permet désormais l’élevage de cet animal à des fins industrielles et médicales. Ainsi, les éleveurs peuvent investir en ce domaine sous le contrôle de l’Organisation de l’Elevage qui vérifie la conformité des mises à mort selon les préceptes de la Loi islamique. Selon cette fatwa, seul le cuir de l’animal mis à mort selon les préceptes islamiques peut être utilisé dans la maroquinerie ou en matière de recherches médicales. Cette fatwa est par ailleurs l’une des plus importantes en matière de jurisprudence musulmane puisqu’elle se justifie par des considérations d’ordre social et économique, tel que la baisse du taux de chômage, et non plus uniquement en considération de la pureté de la chair, etc. C’est la première fois qu’une telle fatwa a été donnée pour l’élevage d’un animal à la chair impure et elle comprend également tous les autres animaux dans les mêmes conditions, dont l’élevage et la production sont désormais autorisés pour des raisons scientifiques, médicales et socioéconomiques. Cette fatwa a d’ailleurs également relancé l’étude de l’affaire de l’élevage de grenouilles destinées à l’exportation.

Quoiqu’il en soit, cela fait dix ans que les premières recherches concernant l’élevage de cet animal ont débuté en Iran avec, pour commencer, la préparation du terrain avec la formation de spécialistes dans ce domaine précis. Ces recherches ont commencé avec l’inauguration, il y a une décennie, d’un centre d’élevage expérimental à Kish avec la collaboration de l’Organisation Nationale de l’Environnement. La naissance, l’année dernière, de plusieurs dizaines de bébés crocodiles gândo au Centre expérimental de Kish a démontré le succès des plans. La naissance, quelques mois plus tard, de bébés crocodiles au centre d’élevage expérimental de Karaj souligne par ailleurs que les conditions géographiques sont même suffisamment opportunes pour permettre l’inauguration de centres d’élevage près de la capitale, Téhéran, où il a été prévu que le premier centre d’élevage verra le jour.

Il faut un an et demi à trois ans pour que chaque crocodile atteigne l’âge adulte et chaque famille composée d’un mâle et de quatre femelles doit disposer de 300 mètres carrés d’espace.

Le crocodile est un animal qui peut même se nourrir d’animaux morts que la grande acidité de son estomac lui permet de consommer sans maladie. C’est pourquoi les piscines d’élevage de crocodile sont souvent situées près des centres de production de viande. Ainsi, l’alimentation courante des crocodiles se compose d’abats, agrémenté de produits minéraux, ainsi que pour les adultes de mollusques, de poissons, et des vers à la reproduction rapide et facile dans du compost, qui nourrissent les bébés crocodiles.

Les crocodiles, ces amis préhistoriques

A cette facilité d’élevage s’ajoutent d’autres facteurs qui ont récemment fait accroître la demande mondiale de crocodiles. Il s’agit du succès que rencontre la chair de cet animal dans les pays occidentaux où les vagues successives de la vache folle et de la grippe aviaire et l’engouement pour la cuisine extrême orientale ont poussé vers l’exploration des goûts venus d’ailleurs. Aujourd’hui, l’Union européenne et le Japon sont non seulement des acheteurs de peau mais également de chair de crocodile, et se sont montrés désireux de pré acheter avec garantie les futurs animaux des fermes d’élevage iraniens.

L’intérêt que représente cet animal ne se limite pas pour autant à la fascination depuis toujours exercé par son physique évocateur ou l’idéalisation de sa peau par les maroquiniers et de sa chair par les chefs asiatiques. Aujourd’hui, la médecine s’intéresse de plus en plus aux propriétés curatives quasiment miraculeuses du sang de cet animal. En effet, les combats entre les crocodiles et les profondes blessures, parfois mutilations et amputations qu’ils s’infligent et l’absence consécutive d’infection, ont poussé les scientifiques à s’intéresser à ces animaux, à leur sang et à leur génétique. Les recherches ont alors prouvé que le sérum sanguin du crocodile baptisé la Crocodiline est cinq cents fois plus résistant à l’infection que tous les antibiotiques aujourd’hui existants. Suite à des expériences plus poussées, ce sérum réussit très facilement à vaincre le virus HIV. Il a également été testé avec succès sur des vétérans gazés. De plus, la chair et les os de cet animal sont efficaces dans le traitement de l’asthme, des maladies musculaires et de certains cancers. Ces recherches pourront peut-être mener à la découverte de nouvelles méthodes de guérison de ces maladies dangereuses, c’est pourquoi l’élevage des crocodiles représente un investissement important.

Quoiqu’il en soit, ce nouveau secteur est aujourd’hui en pleine expansion en Iran et la première conférence de l’élevage du crocodile d’eau douce a eu lieu à Karaj en 2006. Cette conférence qui a été l’occasion de l’échange de promesses de collaboration entre l’Iran et les pays producteurs ou consommateurs comme la Thaïlande, la Chine, l’Inde et le Japon, montre l’importance des investissements dans ce domaine en Iran et il est à espérer que la jeune génération de chercheurs et d’éleveurs spécialisés, approfondissant les recherches déjà faites et prenant en compte le potentiel existant transformeront l’Iran en un pays, non seulement indépendant mais également exportateur.


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