N° 31, juin 2008

Au Journal de Téhéran

L’industrie iranienne


Bulletin de la Banque Melli d’Iran




24 Khordâd 1316
14 Juin 1937

Avec le présent exposé, nous commençons la publication d’une série d’études sur l’industrie de notre pays. La première étude est réservée à l’industrie sucrière ; dans une des prochaines éditions du Bulletin, une autre étude sera consacrée à l’industrie textile (égreneuses de coton, fi1atures et établissements de tissage du coton et de laine). Il sera suivi des développements sur l’industrie du ciment, sur les fabriques d’allumettes, sur les tanneries, sur les usines d’électricité, sur les imprimeries, sur l’industrie cinématographique, etc.

Le but que nous envisageons en procédant à la publication de ces études est, en premier lieu, de renseigner le public ainsi que les milieux intéressés, sur le récent développement de notre industrie nationale et en second lieu, d’attirer l’attention sur les imperfections inhérentes à toutes institutions naissantes qui doivent être recherchées et mises en lumière pour pouvoir être éliminées. De la sorte, nous espérons pouvoir servir l’économie de notre pays à un double point de vue, tout d’abord, en lui épargnant les pertes que pourrait lui causer l’inexpérience et, ensuite, en lui montrant les gains qu’elle pourrait réaliser en avançant dans la voie de la rationalisation.

Quand les anciens pays industriels, malgré leurs longues expériences acquises au prix d’énormes gaspillages et de pertes, ne peuvent se dispenser d’entourer leurs investissements industriels de beaucoup de précautions, pour notre pays, qui se trouve à l’aurore de son industrialisation, il est de la plus haute importance de veiller à ce que son économie industrielle en formation soit édifiée sur de solides fondements. Autrement, la floraison pourrait se transformer en une prospérité trompeuse, avant-garde de la crise.

Certes, ces questions, et bien d’autres, sont étudiées et prises en considération par l’industrie elle-même. Mais cela ne rend point inutile qu’elles soient également étudiées d’un point de vue plus élevé.

Dans les pays industriels tels que l’Allemagne, les Etats-Unis, la Grande Bretagne, etc., des comités et conseils officiels ont été constitués pour étudier l’organisation de la production, sa rationalisation et la standardisation des produits. Avec l’aide efficace des offices de statistique, on essaie partout de résoudre le problème final : la réalisation du plus grand rendement avec le minimum de frais.

Pour l’Iran, il est assez naturel que son industrie ne se soit pas encore, trop préoccupée de ces questions. Jusqu’ici il s’agissait avant tout de créer des entreprises et de les faire fonctionner en quelque sorte dans leur ensemble. Il s’agissait de perfectionner le rendement des premiers produits industriels.

D’ailleurs, tous les pays en s’engageant, dans la voie de l’industrialisation ont eu au début à payer la rançon de leur inexpérience. Mais ce fait, bien que général, ne nous dispense pas de chercher, d’ores et déjà et par tous les moyens appropriés, à augmenter le rendement de nos entreprises industrielles, à améliorer la qualité de leurs produits, à réduire leurs frais de production et, partant de là, à abaisser leurs prix de revient et de vente. Une entreprise qui est en état de fixer selon sa propre initiative le prix de ses produits sur le marché intérieur du pays, n’augmentera pas la richesse nationale même si elle réussit à augmenter ses bénéfices en imposant aux consommateurs des prix exagérés.

En ce qui concerne la jeune industrie de notre pays, il est à considérer qu’elle a été favorisée, dès son début, par des circonstances extrêmement favorables. Abstraction faite du fait qu’elle n’existait presque pas lors de la crise mondiale et que partant de là, elle ne pouvait pas en être affectée, elle a été efficacement protégée par la législation financière et commerciale aussi bien que par les événements de l’extérieur et la politique monétaire intérieure. Mais comme rien ne peut garantir que ces circonstances favorables resteront toujours les mêmes, il est de la plus grande utilité, sinon d’une urgente nécessité, que la production cherche à se rendre de plus en plus rationnelle.

II se peut que des inspections effectuées sur la situation présente de nos entreprises industrielles ne confirment pas toujours que notre industrie fait tout le nécessaire pour la réalisation de ce but, mais cela ne fait qu’accroître l’utilité - on devrait dire la nécessité - de nos enquêtes qui mettront mieux en lumière les problèmes qui méritent d’attirer l’attention.

En présentant le résultat de la première étude, nous avons pu constater les difficultés d’ordre technique qui s’opposent à l’obtention d’informations précises. Notre pays ne possédant pas encore un office de statistique complet ayant pour tâche effective de recueillir les données primaires à toute étude attentive et précise des questions économiques, nous nous trouvons toujours dans nos recherches devant la nécessité d’accomplir à la fois la double tâche de concentrer les données brutes et de les étudier pour en tirer les conclusions économiques adéquates. Cette tâche s’avère d’ailleurs d’autant plus difficile que notre action pour obtenir des renseignements, et surtout des renseignements exacts, demande un travail régulier, attentif et particulièrement difficile. Certes avant leur publication nous vérifions avec une grande exactitude les données recueillies, mais quelques légères erreurs ou inexactitudes sont toujours possibles. Aussi nos lecteurs peuvent être persuadés qu’ils nous rendraient un grand service en attirant notre attention sur des erreurs commises.

Les études portant sur les entreprises industrielles demandent souvent des connaissances techniques sur la branche faisant l’objet des recherches. Comme i1 est impossible d’être "spécialiste universel" et comme il n’est pas toujours possible de recourir aux conseils des experts, des erreurs d’ordre technique sont souvent à craindre dans de pareilles études, et cela malgré toute l’attention donnée.

Industrie sucrière

Comme cela a été dit il n’y a pas longtemps que l’Iran est doté d’entreprises industrielles modernes. Bien qu’on parle depuis des siècles de "l’industrie iranienne du tapis", il s’agit là d’un véritable art et non pas d’une industrie au sens usuel du mot, puisque la fabrication des tapis manque de toutes les caractéristiques d’une exploitation industrielle moderne.

La branche de l’activité humaine qu’on désigne sous le nom "d’industrie" est caractérisée par une forte division de travail, par la normalisation et la standardisation et surtout aujourd’hui par l’emploi des machines. Or la fabrication des tapis en Iran ne s’est jamais effectuée sur ces bases et comme la fabrication d’autres articles par l’emploi des machines n’était pas pratiquée non plus, il ne pouvait donc pas être question, dans les temps modernes comme avant ces dernières années, de l’existence d’une industrie au sens actuel du mot dans notre pays. La création de l’industrie, telle qu’on la conçoit de nos jours, est un des mérites du Nouveau Régime.

A cet égard, l’Iran marchait d’ailleurs à pas égal avec un grand nombre d’autres pays qui, jusqu’à ces derniers temps, n’avaient pas donné une grande importance à l’activité industrielle.

La Turquie, l’Egypte, la Palestine, la Syrie, les pays de l’Amérique du Sud et, plus récemment, l’Irak et l’Afghanistan se sont efforcés d’abandonner leur caractère de pays purement agricoles. Partout le mot d’ordre est de se libérer économiquement de l’étranger et d’arriver par une meilleure division du travail ainsi que par une activité plus intense à un standard de vie plus élevé. La doctrine qui préconisait la spécialisation de chaque nation dans la branche de l’activité économique pour laquelle elle était la plus apte et la mieux dotée paraît avoir perdu, sinon sa validité tout au moins son approbation universelle.

Les principales questions devant être examinées avant la création d’une industrie déterminée sont la disponibilité des matières premières, l’existence d’une main-d’œuvre suffisamment éduquée et finalement les perspectives qu’offre le débit des produits fabriqués. Il va sans dire qu’un pays agricole ne peut pas commencer son industrialisation par la création d’établissements de mécanique de précision qui demande des équipes d’ouvriers bien qualifiés, devant posséder les connaissances qui ne peuvent pas être acquises d’un jour à l’autre. De même, une nation ne disposant pas de gisements ferrifères ne s’adonnera pas à la vaine besogne de créer chez elle une industrie sidérurgique.

Quant à notre pays, il ne lui était pas difficile de résoudre la question de savoir par quelle branche on devrait commencer l’industrialisation. La fabrication du sucre ne demandait qu’un petit contingent d’ouvriers spécialistes ; la matière première n’était pas encore disponible, et finalement, l’absorption des produits par la consommation intérieure n’était sujette à nulle caution.

C’est pour toutes ces raisons que le gouvernement a décidé de commencer l’industrialisation du pays par la fondation des sucreries.

Il y actuellement en Iran huit sucreries qui ont été ouvertes aux dates suivantes :

Kahrizak (20 km au sud de Téhéran), Karaj (30 km à l’ouest de Téhéran), Mâzandaran, Varâmine (au sud-est de Téhéran), Marve Dasht (près de Shirâz), Kermânshâh, Abkouh (près de Mashhad), Miyândoâb (près de l’Azerbaïdjan).

Le choix de Kahrizak pour l’emplacement d’une sucrerie n’est pas de date récente. C’est déjà en 1274 (1895) que le "Syndicat des Sucreries Belges" siégeant à Bruxelles y fonda un établissement qui disposait d’un capital de 5 000 000 de francs, somme qui a été entièrement dépensée. Malgré tous les efforts déployés, l’entreprise n’a eu de succès. Tantôt il manquait de l’eau, tantôt des betteraves. La situation politique et économique n’était pas encore au point pour l’exploitation d’une industrie sucrière. N’ayant pas un bon rendement la sucrerie fut vendue à une société de Paris qui ne réussit pas plus que la compagnie belge, d’autant plus que celle-ci n’avait pas cédé lors de sa vente les droits de sa concession, qui expira, d’ailleurs quelques mois plus tard.

Ce premier essai pour la création d’une entreprise industrielle se termina par un échec. Trente-six ans plus tard, le gouvernement lui-même s’est occupé de l’affaire et cette fois ce fut la réussite. Toutes les huit sucreries sont des établissements gouvernementaux. Ces institutions peuvent être considérées comme des sections du Département Général de l’Industrie. Elles ne publient donc ni bilans ni comptes de " profits et pertes ".

La production annuelle de 17 millions de kg de sucre en 1315 montre que notre pays a produit presque un quart de la quantité moyenne de sucre qu’il achetait annuellement à l’étranger au cours des années 1305-1310. La production intérieure d’une des matières alimentaires de première nécessité, importée autrefois, entièrement de l’étranger, contribue sensiblement à décharger la balance des paiements du pays et rend possible une importation plus considérable des moyens de production.


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2 Messages

  • L’industrie iranienne 22 juin 2015 14:39, par rochdi

    bon courage

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  • L’industrie iranienne 27 février 2016 09:13, par Mr zidane

    bonjour,je suis un algérien qui veut investir dans l’industrie mécanique notamment la fabrication des ascenseurs ,vue le marché trais important localement et la position stratégique le notre paye ,a cet effet je voudrez savoir si y a des possibilité d’avoir un partenariat avec une entreprise iranienne dans ce domaine .merci

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