N° 35, octobre 2008

Le tourisme hôtelier en Iran, acteur du renouveau de l’architecture de terre


Mireille Ferreira


La sauvegarde du patrimoine architectural traditionnel est, dans de nombreux pays, un des rôles dévolus au secteur de l’hôtellerie. L’Iran n’échappe pas à cette règle, pour le plus grand plaisir des visiteurs en quête de sites remarquables. Nous assistons, depuis quelques années, à la réhabilitation, un peu partout dans le pays, d’édifices de terre jusque là laissés à l’abandon et qui reprennent vie pour faire face aux besoins de l’industrie touristique.

De nombreuses initiatives en faveur de la sauvegarde de ce patrimoine exceptionnel - qu’elles soient l’œuvre d’organisations publiques, nationales, municipales ou régionales ou encore d’associations culturelles ou d’ordre privé - sont à saluer, même si elles ne concernent qu’une partie infime de l’architecture de terre iranienne. Le reste est irrémédiablement perdu, faute d’entretien.

Le caravanserail Dar-e Gatchin dans le désert de Varâmin
Photos : Mireille Ferreira

Des restaurants ou des hôtels ont été aménagés avec goût, dans des lieux historiques tels que la citadelle de Googad à Golpâyegân. D’autres occupent d’anciens caravansérails - qui sont ainsi rendus à leur vocation d’origine - comme celui de Meybod, près de Yazd ou d’un autre près de Tabriz, situé sur la route menant aux ensembles monastiques arméniens, récemment inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Des maisons d’époque safavide ou qâdjâre comme à Yazd ou à Kashan, ou encore des anciens hammams comme à Kerman, Zanjan, Yazd, remplissent désormais cette nouvelle fonction.

La ville de Kashan, qui manque cruellement d’hébergements dignes de recevoir les visiteurs de son riche patrimoine architectural, s’est récemment enrichie d’un hôtel aménagé dans une belle et vaste demeure historique, face à la mosquée Aghâ Bozorg, dans le quartier des maisons d’époques safavide et qâdjâre, ouvertes à la visite.

A Ispahan, la maison Dibaï, belle demeure safavide datant de 1670, a fait l’objet d’une belle restauration par sa propriétaire, Sufi Shahidzâdeh, qui veille personnellement au confort de ses hôtes avec l’aide de sa fille. A Ispahan encore, le visiteur peut trouver du repos dans le calme de la belle cour du splendide hôtel traditionnel situé près de la mosquée Ali, à quelques minutes de la place de l’Imam, ou encore dans celle de la résidence historique Bekhradi. Dans l’oasis de Garmeh, entre déserts du Dasht-e Kavir et du Kavir-Lut, Massiah a rénové sa maison natale en terre crue et reçoit des hôtes dans le gîte qu’il y a aménagé.

Dibaï house à Ispahan

L’hôtellerie n’est certes pas la finalité exclusive du retour à la vie de tous ces lieux chargés d’histoire, qui abritent principalement des musées, mais elle en est un puissant levier. Quelques-uns des neuf cent quatre vingt dix neuf caravansérails "abbâssi" répartis le long de la route de la Soie par Shâh Abbâs Ier, ont fait l’objet ou sont en cours de rénovation sans qu’on leur ait encore attribué un usage bien défini. C’est le cas, du Deyr-e Gatchin situé dans le désert au sud de Varâmin, ou encore celui du village de Deh Namak sur l’ancienne route de la soie, situé entre Garmsar et Semnân. Peut-être abriteront-ils un jour eux aussi des complexes hôteliers très prisés.

Yazd, capitale du désert

Sans surprise, Yazd, ville née de la terre, a été une des pionnières dans le domaine de l’hôtellerie traditionnelle. L’ "ancêtre", le Silk Road hotel se situe dans la vieille ville de Yazd. Il a été rejoint par le Mehr Hotel, puis plus récemment par des hôtels "sonnati" (traditionnels) près de la place centrale d’Amir Shakhmâq. Les chambres au décor raffiné de ces hôtels de charme sont disposées, pour la plupart, autour d’une ou plusieurs cours où sont installés bassins, restaurants ou "tchây khâneh", les salons de thé partout présents en Iran.

L’un des bâtiments de l’hôtel Moshir-ol-Mamâlek à Yazd

Un peu à l’écart du centre ville, on peut loger aussi dans les bâtiments, fraîchement rebâtis dans la tradition du désert, de l’hôtel jardin Moshir-ol-Mamâlek, aussi beaux au-dehors qu’au-dedans. Ils enserrent un verger composé de grenadiers, figuiers et mûriers, parcouru par l’eau de canaux aux jolies faïences d’un bleu turquoise des plus lumineux, évoquant ceux du jardin Finn à Kashan.

Sur la route de Kerman, au kilomètre 65, le caravansérail Zein-od-Din, d’époque safavide, situé en plein désert, près d’une source et d’un bâtiment qui abrite quelques chameaux, a fait lui aussi l’objet d’une rénovation qui replonge le visiteur dans les fastes d’antan. Une fois passée la belle cour ronde abritant quelques chambres, celui-ci pénètre dans un long corridor le long duquel sont disposées de lourdes et belles tentures qui assurent l’intimité des chambres au décor dépouillé de tradition iranienne - on y dort sur d’épais matelas disposés sur les confortables tapis persans qui recouvrent entièrement le sol. Ces chambres sont aménagées dans les niches qui servaient autrefois à entreposer pour la nuit le précieux chargement des marchands qui commerçaient avec les ports du Golfe persique. Les soirées du caravansérail sont animées par les sympathiques membres du personnel, baloutches pour la plupart, qui improvisent, à l’occasion, quelque danse endiablée de leur région d’origine pour distraire leurs hôtes.

Ce tour d’horizon de la ville de Yazd dans le domaine de la rénovation hôtelière traditionnelle ne serait pas complet si nous n’évoquions le projet ambitieux de la communauté zoroastrienne, pour la création d’un centre culturel dans une vaste demeure traditionnelle, située près de l’Atashkadeh, le temple du feu zoroastrien le plus visité d’Iran.

La cour du caravansérail Zein-od-Din sur la route de Kerman

Cette demeure, appartenant à l’origine à un riche négociant en tissus, avait été achetée par Kasrâ Vafâdâri, l’une des personnalités les plus influentes de cette communauté. Il en avait commencé la restauration, interrompue par sa dramatique disparition survenue lors d’un bref passage à Paris en mai 2005, et poursuivie par sa famille. Ce centre, qui aura pour vocation l’accueil de pèlerins, de chercheurs, de scientifiques et d’artistes, abritera autour de ses trois vastes cours, hôtel, restaurant, galerie d’art, auditorium, bibliothèque, salles de réunion pour les associations zoroastriennes et salle des fêtes. Déjà, la "maison de Kasrâ", bâtiment s’inspirant de l’architecture locale, a été inaugurée en mars 2008. Cette maison, qui renferme bibliothèque et centre d’artisanat, devrait aider au financement du centre culturel.

L’exception de Chiraz

Curieusement, ce phénomène ne semble pas toucher la ville de Chiraz, malgré le rayonnement international de cette cité, dû principalement à la présence proche des vestiges de Persépolis. Pourtant, les nombreuses maisons traditionnelles existant à Chiraz pourraient avantageusement prendre le relais d’un équipement hôtelier plutôt décevant. Pire, le restaurant aménagé dans l’exceptionnel hammam du Régent (hammâm-e Vakil) près de la mosquée et du bazar du même nom, et qui attirait de nombreux touristes enthousiasmés par la beauté du lieu, a fermé ses portes, de même que les charmants salons de thé des tombeaux des poètes Hâfez et Saadi, lieux de vie précieux dans une ville quelque peu endormie. Les amoureux de ces lieux magiques ne peuvent que le déplorer.


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