Commençons, en guise de prélude à l’histoire de la province de Fârs, par en mentionner brièvement l’étymologie. On retrouve des traces de son actuelle appellation dans des manuscrits grecs qui désignaient le territoire par le nom de « Persis », que les Européens appliquèrent à l’ensemble du sol iranien. Hérodote évoque le récit de l’arrivée des Aryens en Perse et leur répartition en douze tribus dont celle des « Pârs » qui s’installèrent au sud du pays (de là l’arabisation actuelle - Fârs - du nom de la région).

La région de Fârs fait partie des provinces les plus anciennes de l’Iran. Les fouilles archéologiques réalisées notamment à Persépolis, Naghsh-e Rostam, ou encore dans le Temple du feu de Zarathoustra confirment les racines préhistoriques de la civilisation de Fârs. A la suite des fouilles effectuées dans les collines du sud de la ville de Shirâz, les archéologues ont mis à jour des restes de poteries appartenant au troisième millénaire av. J.-C. De même, à l’ouest de Shirâz, au large du lac Mahârlou, ont été retrouvés des artefacts datant du néolithique qui montrent qu’à cette époque, ce territoire était habité. Notons que Behbahân, ville actuellement située dans la province du Khouzestân, était antérieurement rattachée à la province de Fârs. Des traces laissées par les Assyriens qui dominèrent durablement les Mèdes et les Perses révèlent que ces derniers habitaient sur le pourtour du lac Ourmia, dans l’actuelle province de Kermânshâh jusqu’en 700 av. J.-C., date à partir de laquelle ils décidèrent de s’établir dans les terres appartenant à l’actuelle province de Fârs. Toujours d’après Hérodote, les Perses constituaient sept tribus sédentaires citadines et rurales ainsi que quatre tribus nomades. Parmi ces tribus, seule celle des Pasargades, dont les Achéménides constituaient le groupe familial le plus noble, avait un pouvoir et une influence notables.

L’empire Achéménide est fondé par Cyrus 1er en 550 av. J.-C. dans le Fârs actuel, et son assise est renforcée trente ans plus tard par Darius qui l’ancre définitivement dans les mémoires. D’après les documents retrouvés lors des fouilles effectuées à Suse, Cyrus 1er règne également sur Elam et sur Anshan (ancienne capitale du royaume élamite), terres qui font aujourd’hui partie de la province du Lorestân. La chose n’est cependant pas nouvelle : au moment de la mort du fondateur de la dynastie achéménide, les terres sous son influence se trouvent, entre 740 et 675 av. J.-C., divisées en deux parties, l’une en Perse et l’autre à Elam et Anshan.

Cyrus 1er, à l’époque gouverneur d’Anshan, se révolte contre le roi mède Astyage et mène une expédition contre son royaume, dont il assiège la capitale, Hamedân, en 550 av. J.-C. et met ainsi fin au règne de la dynastie mède. C’est à la suite de cette victoire qu’il est légalement proclamé roi et acclamé par tous les habitants de la Perse. Cette date est aussi celle de la réunion des Mèdes et des Perses et donc de la naissance du grand Empire achéménide.

Cette dynastie dont le dernier représentant fut Darius III (331 av. J.-C.), règne sur la Perse pendant presque trois siècles avant la conquête du pays par Alexandre le Macédonien qui décède à son tour en 322 av. J.-C. en laissant en guise de legs oriental un territoire plongé dans l’anarchie, dont les gouverneurs ne reculent devant rien pour obtenir la partie la plus grande à gouverner. La Perse, quant à elle, administrée à partir de la province de Fârs, revient à Solukus, l’un des commandants d’Alexandre. Ce dernier engage une franche politique d’hellénisation des provinces iraniennes, avec le Fârs pour épicentre. Pour ce faire, il ordonne l’installation de Grecs au cœur de la province. Malgré cet effort d’homogénéisation des villes iraniennes, une tribu, les Arsacides, ne tarde pas à manifester sa volonté hégémonique aux alentours de la région d’Estakhr (Persépolis), dans la province de Fârs. Ils sont à l’origine d’une dynastie religieuse qui entame une ascension fulgurante à partir de 250 av. J.-C. Signe évident de leur installation et de leur prise de pouvoir, ils font très tôt frapper des monnaies en araméen qu’ils rehaussent avec une représentation d’Ahourâ Mazdâ ainsi que leur emblème. Ils s’assignent comme principale tâche de protéger les temples du feu ainsi que la communauté des mages zoroastriens. Il est cependant à noter que malgré leur influence sur la province de Fârs, les Arsacides ne colonisent jamais ni n’assiègent ce territoire. Pour preuve, les monnaies retrouvées dans cette province contemporaines des Arsacides sont frappées au nom des rois locaux, tandis que les Arsacides exercent leur domination plutôt sur le littoral de Karamania (l’actuel Kermân) et les côtes arabes. Ces monnaies ne montrent aucune particularité grecque, mais sont en revanche révélatrices d’une pratique assidue des rituels zoroastriens.

Persépolis, Naghsh-e Rostam et le temple du feu de Zarathoustra

A l’époque sassanide, le Fârs est partagé en cinq territoires appelés chacun koureh, terme qui reste utilisé jusqu’à l’invasion mongole en Perse. L’Histoire de Tabari précise que koureh est un vocable syriaque qui signifie « province ». Estakhr (Persépolis) est le premier koureh comprenant toutes les contrées nordiques de la région de Fârs. Jusqu’au VIIe siècle, ce koureh englobe également la région de Yazd, ses alentours et les terres désertiques s’étendant jusqu’aux contrées plus clémentes, ainsi que le désert de Lout. L’appellation d’« Estakhr » est adoptée par les Arabes qui la préfèrent à celle de « Persépolis ». Cette région est au cœur de l’histoire de la province de Fârs, d’autant plus que les fondateurs des deux grandes dynasties perses, les Achéménides et les Sassanides, Cyrus le grand et Ardeshir Bâbakân, y ont vu le jour.

A l’époque islamique qui coïncide avec le califat d’Omar, cette province est à plusieurs reprises l’objet d’attaques de la part des gouverneurs du calife, qui se heurtent à la résistance des habitants de Fârs. On suppose que leur rébellion contre la domination arabe explique l’absence d’une datation exacte du siège de la région dans l’historiographie musulmane. A partir de l’an 650, lorsqu’Estakhr et Firouzâbâd sont colonisées par les musulmans, le Fârs entier cède à leurs troupes. Estakhr perd alors peu à peu de son importance au profit d’une ville plus prometteuse, Shirâz. Yaghoub Leis, fondateur de la dynastie saffâride, s’intéresse également à cette ville et y mène une expédition vers la fin du IXe siècle en vue de réprimer les rebellions locales. La province tombe ensuite sous le contrôle de la dynastie des Bouyides. Azedodowleh (959-993) choisit Shirâz pour capitale au lieu de Bagdad, antérieurement assiégée et qu’il a pris soin d’occuper avec son état-major. Il ordonne aussi la construction d’un pont au-dessus de la rivière Kor, pont aujourd’hui connu sous le nom de Band-e Amir.

Après les Bouyides, la province de Fârs est gouvernée par les Seldjoukides avant de tomber sous la domination des Atâbeks dont le chef turcoman, Songhor ebn Modoud, conquiert la province de Shirâz. Il assure ainsi aux Atâbeks le contrôle sur ce territoire pendant plus d’un siècle (à partir de l’an 1148). Le trône de Fârs passe ensuite de père en fils jusqu’à l’arrivée des troupes mongoles qui colonisent le territoire.

Hulagou Khân, premier gouverneur mongol de la Perse qui règne aussi sur les régions situées au-delà du territoire persan, décède en 1235 et cède le trône à son fils Abagha qui règne pour sa part une dizaine d’années. Il désigne le fils de son chancelier (Atâ Malek Joveyni) Bahâeddin comme gouverneur de la province de Fârs. Celui-ci opte pour une politique implacable, intolérante et autoritaire visant à maîtriser ses sujets par la peur. Il serait cependant injuste de ne pas relever que cette attitude inflexible fait de son règne une période de paix et de sécurité. Il décède à l’âge de trente-deux ans, cédant ainsi sa place à Arghoun Khân qui la laisse à son tour à son propre fils Ghazan Khân. Ce dernier, homme pieux et juste, apporte au peuple une certaine forme de paix - de courte durée cependant, car il meurt prématurément.

Région d’Estakhr dans la province de Fârs

En 1353, la province tombe sous le contrôle d’Amir Mobarezeddin Mohammad Mozaffar, fondateur de la dynastie mozaffaride, qui prend soin de réunir une grande armée à l’aide de ses fils, notamment Shâh Shojâ’. Ils parviennent ainsi à détrôner le dernier des Atâbeks et à régner sur le Fârs à partir de 1395. La province ne cesse en somme d’être ballottée d’une dynastie à l’autre, partageant la destinée de bien des provinces iraniennes frappées par l’instabilité politique durant les XIVe et XVe siècles en Perse.

Shâh Esmâ’il le Safavide (1501-1523) conquiert la province en 1523, mais celle-ci tombe très vite sous la coupe de Mahmoud l’Afghan qui est à son tour détrôné par Nâder Gholi. Ce dernier fait régner une fois de plus le calme et la paix dans la région après avoir été couronné en 1729 comme roi d’Iran sous le titre de Nâder Shâh Afshâr, de la lignée afshâride. Ce dernier ordonne la réparation des dégâts de guerre survenus dans les villes, surtout celles de la province de Fârs. Constatant la croissance et la prospérité de la région, le gouverneur de la province, Taghi Khân Shirâzi, se révolte et réclame l’indépendance. Cet événement oblige Nâder à encercler la ville de Shirâz quatre mois durant. Les victimes et les dégâts sont nombreux, et les magnifiques jardins à peine restaurés sont de nouveau en ruine. Au même moment, la peste dévaste le Fârs, entraînant la mort de près de quatorze mille personnes. Entre temps, Nâder Shâh est assassiné en 1747. La province vit alors la pire période de son histoire.

Il faut attendre trois ans pour qu’en 1750, Karim Khân Zend apporte de nouveau la paix dans la région. Il choisit Shirâz comme capitale et ordonne la restauration de la ville dans le but de lui redonner son éclat et sa gloire de jadis. La province et notamment la ville de Shirâz, longtemps capitale politique ou culturelle de la Perse, ont souvent été la cible de nombreuses attaques. C’est la raison pour laquelle lorsqu’Aghâ Mohammad-Khân Qâdjâr reprend le trône du dernier des Zends, Lotfali-Khân, il choisit d’adopter Téhéran au lieu de Shirâz comme capitale. Shirâz, alors presque en ruine, parvient enfin à panser ses plaies loin des guerres et des intrigues du trône. La dernière action d’Aghâ Mohammad-Khân est de faire déterrer la tombe de Karim Khân Zend, fondateur de la dynastie zend, et de faire transporter ses restes à Téhéran. Il ordonne de les enterrer sous les marches de son trône dans le palais du Golestân à Téhéran, comptant de la sorte manifester la haine qu’il voue à la dynastie zend en piétinant tous les jours les ossements de son plus grand ennemi.

Tout au long du règne d’Aghâ Mohammad-Khân, la province de Fârs est gouvernée par Fath-Ali Khân mais après la mort du premier en 1797, le second reprend le pouvoir et désigne ses fils comme gouverneurs, y compris du Fârs, qui est confié à Navâb Hossein Ali Mirzâ. Jusqu’à la fin de l’époque qâdjâre, la province de Fârs se retrouve entre les mains de gouverneurs tous plus incompétents les uns que les autres et passant la majeure partie de leur temps à s’enivrer ou à se battre entre eux et contre les tribus rebelles telles que les Mamassanis et les Qashqâ’is.

vestiges de l’ancienne ville d’Estakhr

Du fait de son passé politique, la province de Fârs comprend de nombreux monuments historiques riches en nuances architecturales et qui reflètent chacun à leur manière une partie de l’histoire de la province et, du même coup, celle de l’Asie occidentale. Grâce à ses caractéristiques géographiques et à sa proximité avec le golfe Persique, la province est depuis longtemps une zone de peuplement importante pour différentes tribus locales ou pour les populations venues d’autres parties du monde. La province conserve également aujourd’hui ses tribus originelles, les Qashqâ’is, les Mamassanis, les Khamesh et les Kohkiluyeh qui ont réussi à conserver leurs cultures et styles de vie uniques dont l’ensemble constitue une part non négligeable de l’héritage culturel de cette région.

L’actuelle province de Fârs offre l’exemple d’une région culturellement riche où s’entrecroisent valeurs anciennes et modernes. On y trouve une agriculture pour le moins prospère. Les produits principaux en sont les céréales (blé et orge), les agrumes, les dattes, la betterave à sucre et le coton. Le jus de citron de la région est particulièrement savoureux. La province possède des installations pétrochimiques, une raffinerie de pétrole, une usine de production de pneus et d’accessoires automobile, etc. Signalons pour finir que le tourisme est également l’un des champs d’activités dynamiques de la province, Fârs étant l’une des régions iraniennes les plus visitées. L’artisanat enfin, est avant tout centré sur la production d’objets en argent et en bois marquetés, ainsi que de kilims.

Bibliographie :
- Boyle, J. A., The Cambridge History of Iran (Histoire de l’Iran), volume 5, Cambridge University Press, 1968.
- Roux, Jean-Paul, Histoire de l’Iran et des Iraniens, Des origines à nos jours, Paris, Fayard, 2006.
- Sykes, P. A., History Of Persian (Histoire de la Perse), éd. Macmillan, Londres, 1921.
- Sa’diân, Abdolhossein, Sarzamin va mardom-e Irân (Le territoire et les peuples d’Iran), éd. Aram Elm va Zendegi, Téhéran, 2010.


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