N° 46, septembre 2009

L’orientalisme allemand au XIXème siècle : entre science et nationalisme


Raphaël Métais


Il est difficile aujourd’hui de s’intéresser à l’orientalisme sans rencontrer la célèbre analyse critique qu’en a faite le professeur Edward W. Said. Dans L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, paru en 1979, il soutient que l’orientalisme occidental a développé un cadre normatif et culturel dans lequel l’Orient a été enfermé. L’Orient a existé, dans la pensée occidentale, tel que les Occidentaux eux-mêmes l’ont vu et interprété. En réalité, il analyse principalement les traditions orientalistes française, anglaise et américaine car c’est cette création de l’Orient qui a rendu possible la domination politique que ces puissances ont exercée en Orient depuis la fin du XVIIIe siècle. Il reconnaît ne pas s’intéresser à l’orientalisme allemand au motif que l’Allemagne n’a pas connu « une association étroite entre les orientalistes et un intérêt national prolongé, soutenu, en Orient ». Selon lui, l’Orient pour les Allemands n’aurait jamais représenté un projet véritable tel qu’il l’a été pour les voyageurs, diplomates et responsables politiques de France et de Grande Bretagne.

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Edward W. Said
(1935-2003)

Ce parti pris peut se comprendre au regard de l’effectivité de la domination politique exercée par les nations occidentales au cours des XIXe et XXe siècles sur le reste du monde. Mais il a pour conséquence de reléguer au second plan la tradition orientaliste allemande. Pourtant, James Darmesteter, professeur de persan au Collège de France, notait en 1883 que l’Allemagne était devenue « le grand laboratoire des études orientales ». [1] Et déjà en 1830 l’érudition allemande avait atteint une place prédominante en Europe, ainsi qu’en témoigne le roman de George Eliot Middlemarch. [2]

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Sylvestre de Sacy
(1758-1838)

La question est donc de savoir comment l’orientalisme en Allemagne, une « science importée », est devenu une discipline dominante dans le système universitaire et scientifique au niveau international, jusqu’à constituer un réservoir de références et de modèles pour les sciences sociales naissantes à la fin du XIXe siècle.

L’étude de l’orientalisme allemand se justifie d’autant plus, quoique de manière plus sombre, lorsqu’on constate que les idées développées par l’orientalisme allemand ressemblent fortement à celles défendues par deux mouvements politiques extrêmement agressifs au XXe siècle : celui des auteurs de persécutions raciales et du fascisme en Europe et celui des partisans du nationalisme Hindou en Inde. [3]

L’orientalisme en Allemagne, une «science importée», est devenu une discipline dominante dans le système universitaire et scientifique au niveau international, jusqu’à constituer un réservoir de références et de modèles pour les sciences sociales naissantes à la fin du XIXe siècle.
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Franz Bopp
(1791-1867)

L’objet de l’article est donc de montrer comment, dans des Etats allemands sans ambitions impériales, s’est développé et institutionnalisé la science orientaliste de façon essentiellement académique et idéologique jusqu’à constituer un puissant instrument que les auteurs nationalistes et romantiques du XIXe siècle n’ont pas manqué d’exploiter.

Une « science importée »

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Johann Gottfried Ludwig Kosegarten
(1792-1860)

C’est à Paris, à la fin du XVIIIe siècle, que se produisit l’évènement déterminant qui fit véritablement entrer l’orientalisme dans le cercle des sciences universitaires. En 1795 fut fondée l’ « Ecole publique destinée à l’enseignement des langues orientales, d’une utilité reconnue pour la politique et le commerce ». Lieu de passage obligé pour les fonctionnaires et diplomates qui avaient à traiter avec l’Orient, l’école développa, à côté des enseignements utilitaristes, un caractère savant sous l’impulsion des deux premiers directeurs de l’école, Louis Langlès et Antoine Isaac Sylvestre de Sacy. Professeur d’arabe et auteur d’une Grammaire arabe, à l’usage des élèves de l’Ecole spéciale des langues orientales vivantes. Sylvestre de Sacy (1758-1838) devint l’orientaliste français le plus célèbre, jouissant d’une renommée internationale. De toute l’Europe, les étudiants affluaient pour apprendre sous son autorité. Et c’est d’Allemagne que vinrent le plus grand nombre de futurs orientalistes. [4] Parmi ses élèves allemands se trouvèrent notamment Heinrich Leberecht Fleicher (1801-1888) et Franz Bopp (1791-1867), qui tous deux jouèrent un rôle important dans le développement de l’orientalisme outre-Rhin.

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Jean-François Champollion
(1790-1832)

Progressivement à partir du début du XIXe siècle, les études orientales entrent dans les universités allemandes. Avant Berlin, c’est à Bonn (1818) et surtout à Jena (1817) que furent créées les premières chaires d’études orientales, animées par des professeurs formés à Paris. Ainsi à Jena, Johann Gottfried Ludwig Kosegarten, formé auprès de Sylvestre de Sacy aux langues orientales, fut accueilli au sein de la faculté de théologie en tant que « véritable orientaliste ». En effet, jusque là, l’enseignement des langues orientales était assuré par des professeurs qui étaient plus théologiens qu’orientalistes.

Ce mouvement d’introduction de l’orientalisme dans le champ académique s’accéléra durant les années 1820, si bien qu’en 1830, plus de la moitié des universités allemandes - et la totalité des universités situées en Prusse -, avaient en leur sein un orientaliste moderne. [5]

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Jakob Grimm
(1758-1863)

Toutefois, l’orientalisme ne devint un champ académique à part entière qu’avec la mise sur pied de structures permettant l’échange et la diffusion du savoir. Ainsi, de même que la création en 1822 de la Société Asiatique de Paris, dont Jean-François Champollion et Sylvestre de Sacy furent parmi les premiers membres, contribua à l’essor de la science orientaliste en France, l’établissement de la Deutsche Morgendlنndische Gesellschaft en 1845 à Leipzig contribua à l’institutionnalisation de l’orientalisme en Allemagne. Basée sur le même modèle que la Société Asiatique ou que la Royal Asiatic Society de Calcutta, elle vit le jour notamment grâce à l’arabiste Fleischer.

Etant donné l’absence de possessions territoriales allemandes en Orient à cette période, les travaux des orientalistes prirent un aspect purement académique, dont la seule finalité était la connaissance et le savoir. Toutefois, la méthodologie qui fut celle de nombreux orientalistes allemands allait placer cette discipline au cœur du mouvement national du XIXème siècle.

Méthodologie

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James MacPherson
(1736-1796)

Contrairement aux orientalistes français ou anglais, qui étaient largement préoccupés par des questions de commerce, de politique et d’administration de l’Orient, les orientalistes allemands se concentrèrent sur l’étude du sanskrit, du sumérien et d’autres langues anciennes. Et c’est précisément l’étude de l’Orient ancien et de ses langues qui fit la renommée de l’orientalisme allemand, tant du point de vue strictement savant qu’en raison des arguments qu’il donna aux hérauts de la nation allemande dans le mouvement romantique du XIXe siècle.

Etant donné l’absence de possessions territoriales allemandes en Orient à cette période, les travaux des orientalistes prirent un aspect purement académique, dont la seule finalité était la connaissance et le savoir. Toutefois, la méthodologie qui fut celle de nombreux orientalistes allemands allait placer cette discipline au cœur du mouvement national du XIXème siècle.

La voie d’accès privilégiée des orientalistes allemands fut donc la recherche philologique et linguistique. L’étude de Tuska Benes nous permet de comprendre comment et pourquoi ces sciences jouèrent un rôle si important dans la définition historique des cultures et dans le projet d’établir des relations généalogiques entre les nations du monde. [6]

Il apparaît ainsi que dès leurs premières recherches, les orientalistes allemands eurent recours à la philologie comparative pour établir des résultats ethnologiques. Cette approche ne divergeait pas réellement de la tradition médiévale qui consistait à faire correspondre les langues existantes aux figures bibliques, particulièrement aux soixante-douze descendants des fils de Noé désignés dans la Genèse. Elle fut renforcée par les travaux de Leibniz (1646-1716), qui accordaient une place importante à la linguistique. Pour lui en effet, les mots étaient ce qui indiquait le mieux l’origine, la parenté et les migrations des peuples.

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Johann Christoph Adelung
(1732-1806)

Cette tradition fut mise en œuvre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle par l’orientaliste et historien de Gِttingen August Ludwig Schlِzer (1735-1809) qui entreprit une classification des peuples du Nord en fonction de leur langue. Pourtant, jusqu’au XIXe siècle, l’étymologie resta une science largement spéculative, les comparatistes n’ayant pas encore les outils adéquats pour relier historiquement les langues qu’ils découvraient avec celles dont il est question dans l’ancien Testament. Il est vrai également que la plupart des érudits du 18e siècle étaient des philologues bibliques, ayant étudié l’arabe et le syriaque afin d’interpréter les Ecritures.

Dès leurs premières recherches, les orientalistes allemands eurent recours à la philologie comparative pour établir des résultats ethnologiques. Cette approche ne divergeait pas réellement de la tradition médiévale qui consistait à faire correspondre les langues existantes aux figures bibliques, particulièrement aux soixante-douze descendants des fils de Noé désignés dans la Genèse.

Ce n’est qu’avec Herder (1744-1803) que l’étude des langues perdit quelque peu son aspect biblique. Dans son Traité de l’origine du langage, il estimait en effet que le langage ne reflétait pas une réalité métaphysique préexistante mais était un produit historique des communautés humaines particulières. Situé au cœur du Volk, il exprimait les particularités profondes propres à chaque communauté d’hommes.

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William Jones
(1746-1794)

La philologie comparée comme méthode de l’orientalisme ne devint pourtant une réalité académique qu’avec les travaux fondateurs de grammaire comparée de Franz Bopp, fondateur de la linguistique comparée allemande et de Jakob Grimm.

Cette importance attachée à l’étude des textes anciens fut déterminante dans le rôle qui allait être celui de l’orientalisme en Allemagne.

La quête de l’origine

Depuis la « traduction » par James MacPherson (1736-1796) du cycle de poèmes d’Ossian [7], quasiment tous les pays d’Europe avaient entrepris, dans une perspective nationaliste, de rechercher les origines de son peuple le plus loin possible (la théorie de « nos ancêtres les Gaulois » date ainsi du XVIIIe siècle seulement). Dans ce cadre, il tenait particulièrement à cœur aux romantiques allemands de trouver le berceau originel du peuple allemand.

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Adam Müller
(1772-1829)

Or, justement, les travaux des orientalistes avaient commencé à mettre à jour les liens entre les langues de l’Orient et celle d’Europe. Le persan, par exemple, était déjà largement connu des Européens car il était parlé par de nombreux officiels de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Dès le XVIe siècle, ses liens avec l’allemand avaient été mis à jour. En 1806, dans son Aelteste Geschichte der Deutschen, le philologue Johann Christoph Adelung (1732-1806) estimait que la proximité des racines syllabiques dans les deux langues était tellement évidente qu’on ne pouvait avoir affaire qu’à une dérivation d’un peuple par rapport à l’autre. Les peuples de Perse auraient donc migré vers l’Ouest et se seraient établis en Europe. Toutefois, faute de preuves, il ne détermina pas d’où ces peuples avaient d’abord migré, avant de s’établir en Perse. Par là, l’origine primaire du peuple allemand restait également inconnue.

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Wilhelm von Humboldt
(1767-1835)

Les études orientales de William Jones et particulièrement ses recherches sur le sanskrit avaient pourtant déjà donné une solide base aux recherches philologiques en Orient. Ses travaux mirent en évidence le lien entre le persan et le sanskrit. Estimant avoir trouvé dans le sanskrit la langue originelle de l’Homme, il tenta de montrer l’origine commune de tous les peuples de la terre. Les ressemblances qu’il trouva entre le sanskrit et les langues européennes n’étaient pas destinées à montrer que les langues sémites n’avaient pas de lien avec le sanskrit. Toutefois, son approche de la grammaire historique offrit la possibilité d’une reconstruction de l’histoire des langues et des peuples depuis l’époque de Babel.

Ses travaux trouvèrent un écho bien plus favorable parmi les savants allemands qu’anglais. En effet, alors que pour les Anglais, la langue n’était considérée que comme le reflet des structures de l’esprit humain, les Allemands avaient depuis longtemps pour habitude de définir leur mère patrie en termes linguistiques. [8] Herder, passionné par l’étude du sanskrit et qui s’était attaché à observer des liens entre le langage et l’origine nationale des individus, contribua à renforcer cette tradition.

Orientalisme, romantisme et peuple allemand

Lorsque les guerres napoléoniennes ravagèrent l’Europe au tournant du XIXe siècle, nombre de savants, écrivains et poètes allemands sentirent le besoin de trouver ce qui faisait du peuple allemand un peuple original et unique. Rompant avec la tradition classique et avec les références françaises qui avaient marqué la vie savante et culturelle allemande jusque là, les premiers romantiques opérèrent une véritable révolution dont Herder fut l’un des principaux artisans.

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Arthur de Gobineau
(1816-1882)

Alors que des juristes romantiques tels qu’Adam Müller avaient substitué au concept de Nation celui de Volk, défini comme une communauté populaire façonnée par les instincts essentiels, les coutumes et les rites religieux, la pensée romantique commença à valoriser le local plutôt que l’universel, la foi plutôt que la raison et la tradition du passé plutôt que les progrès du futur. Amoureux de l’unique et de l’exotique, le courant romantique épousa tout naturellement le savoir orientaliste dans sa recherche de l’unicité du peuple allemand.

Les études orientales de William Jones et particulièrement ses recherches sur le sanskrit avaient pourtant déjà donné une solide base aux recherches philologiques en Orient. Ses travaux mirent en évidence le lien entre le persan et le sanskrit. Estimant avoir trouvé dans le sanskrit la langue originelle de l’Homme, il tenta de montrer l’origine commune de tous les peuples de la terre.

Friedrich Schlegel (1772-1829) avait été particulièrement intéressé par les généalogies entre les nations du monde qui semblaient découler de l’étude philologique comparative du sanskrit. Fasciné par les nations, les races et les peuples, il soutenait dans l’Essai sur la langue et la philosophie des Indiens (ـber die Sprache und Weisheit der Indier, 1808) « que le sanskrit et le persan d’un côté, le grec et l’allemand de l’autre, avaient plus d’affinités entre eux qu’avec les langues sémites, chinoises, américaines ou africaines » [9] . Sur cette base, il déduisit l’unité de la famille des nations européennes, provenant toutes d’un peuple originel ayant vécu en Inde ancienne, entre le Cachemire et le Tibet et parlant le sanskrit.

Sur une base d’abord linguistique, il opposa donc la famille de nations indo-européennes aux autres familles de peuples et particulièrement à celle des peuples sémites dont les parlers agglutinants lui paraissaient inesthétiques.

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Houston Stewart Chamberlain
(1855-1927)

Ainsi, la recherche du berceau des peuples européens et plus particulièrement du peuple allemand opéra un glissement des connaissances linguistiques vers des considérations ethnologiques, voire ethniques et raciales. Franz Bopp, ami de Schlegel, créa une hiérarchisation des sociétés en fonction de la proximité de leur langue au sanskrit. Sans surprise, les langues élues furent le grec et le latin pour les langues anciennes, les dialectes germaniques pour les langues européennes modernes et le persan pour les langues asiatiques.

La recherche du berceau des peuples européens et plus particulièrement du peuple allemand opéra un glissement des connaissances linguistiques vers des considérations ethnologiques, voire ethniques et raciales. Franz Bopp, ami de Schlegel, créa une hiérarchisation des sociétés en fonction de la proximité de leur langue au sanskrit. Sans surprise, les langues élues furent le grec et le latin pour les langues anciennes, les dialectes germaniques pour les langues européennes modernes et le persan pour les langues asiatiques.

De son côté, le savant et homme d’Etat prussien Wilhelm von Humboldt (1767-1835) développa la vision selon laquelle les meilleures sociétés et les meilleures langues évoluent de façon plus organique, plus naturelle et harmonieuse que les mauvaises. Très intéressé par le sanskrit et les groupes ethniques de la famille indo-européenne, il posa une correspondance entre la position d’une nation dans la hiérarchie des civilisations (la sienne, il va sans dire) et sa langue. Une langue considérée comme « imparfaite » était dès lors un frein au développement intellectuel du peuple qui la pratiquait.

Ainsi, la motivation des orientalistes allemands, et particulièrement des spécialistes de l’Inde, à trouver les affinités linguistiques et raciales entre les nations de la famille indo-européennes produisit une relation évidente entre la race, la langue et la culture. Et de l’idée du triomphe naturel de la race indo-européenne face au déclin irréversible des autres, largement admise parmi les savants et spécialistes de l’époque, émergea le « mythe aryen » qui fit des Européens, et particulièrement des peuples nordiques de l’Europe, des Perses et des Indiens dans une moindre mesure, les heureux héritiers de la race humaine culturellement et intellectuellement supérieure. Ce mythe pourtant, s’il fut défendu par de nombreux savants allemands, fut néanmoins popularisé par le compte Arthur de Gobineau (1816-1882), diplomate, écrivain et orientaliste français, auteur d’un Essai sur l’inégalité des races humaines ainsi que par Houston Stewart Chamberlain (1855-1927), gendre de Wagner et grand admirateur du peuple allemand.

Alors que les Français et les Anglais voyaient l’Orient comme un territoire à exploiter et à administrer, les Allemands s’y sont impliqués surtout de façon académique et savante. Par là, l’orientalisme allemand est devenu, plus qu’ailleurs, un modèle de référence en tant que science universitaire. Ce faisant, l’orientalisme allemand, par sa méthode caractéristique – la philologie et la linguistique comparées – a développé des savoirs et des connaissances, qui dans le contexte historique de la période romantique, ont donné des arguments solides aux discours nationalistes.

L’orientalisme en Allemagne présente donc deux caractéristiques essentielles, liées l’une à l’autre : science des puissances coloniales d’abord, l’orientalisme a ensuite été transféré en Allemagne où il s’est développé de façon essentiellement savante et académique. Ce développement particulier peut s’expliquer par le fait que jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’Allemagne n’avait pas de possessions territoriales. Ainsi, alors que les Français et les Anglais voyaient l’Orient comme un territoire à exploiter et à administrer, les Allemands s’y sont impliqués surtout de façon académique et savante. Par là, l’orientalisme allemand est devenu, plus qu’ailleurs, un modèle de référence en tant que science universitaire. Ce faisant, l’orientalisme allemand, par sa méthode caractéristique – la philologie et la linguistique comparées – a développé des savoirs et des connaissances, qui dans le contexte historique de la période romantique, ont donné des arguments solides aux discours nationalistes.

Il devient dès lors plus aisé de comprendre pourquoi la svastika, cette croix aux extrémités coudées et signe mystique indien représentant l’harmonie et le bien-être, devint le symbole du régime nazi qui tira des conclusions abominables du savoir produit par l’orientalisme allemand au XIXe siècle.

Notes

[1Sabine Mangold, Eine « weltbürgerliche Wissenschaft » - Die Deutsche Orientalistik im 19. Jahrhundert, Franz Steiner Verlag, 2004.

[2Edward W. Said, L’Orientalisme, Editions du Seuil, 2005, p.32.

[3Kaushik Bagchi, "An Orientalist in the Orient : Richard Garbe’s Indian Journey, 1885-1886", Journal of World History, Vol. 14, No. 3, p. 283.

[4Sabine Mangold, ibid. p. 41.

[5Sabine Mangold, ibid. p. 132.

[6Tuska Benes, Comparative Linguistics as Ethnology : In search of Indo- Germans in Central Asia, 1770-1830, Comparative Studies of South Asia, Africa and Middle East, 24:2 (2004).

[7James MacPherson, un Ecossais, aurait traduit en anglais des poèmes épiques retraçant la vie des peuples ayant vécu en Ecosse bien avant l’arrivée des Anglais. Ses traductions sont à la base du mouvement national en Europe, au cours duquel chaque peuple s’est cherché des ancêtres vivant sur son territoire actuel.

[8Tuska Benes, ibid, p. 122.

[9Edward W. Said, ibid, p. 117.


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