N° 47, octobre 2009

La province du Sistân et Baloutchistân, un aperçu historique


Djamileh Zia


L’actuelle province du Sistân et Baloutchistân réunit sur le plan administratif depuis quelques décennies deux régions très différentes du point de vue géographique, culturel et historique. Le Sistân est une plaine qui était fertile depuis des millénaires jusqu’à récemment. La construction de barrages sur la rivière Helmand (Hirmand en persan) en amont de son arrivée en Iran a provoqué l’assèchement de cette plaine et du plus grand lac d’eau douce d’Iran, le lac Hâmoun. Le Baloutchistân, région aride, désertique, avec des montagnes volcaniques, est situé entre les montagnes de Bam à l’ouest et le fleuve Indus à l’est. Dans cet article, nous évoquerons l’histoire du Sistân au cours de l’Antiquité et des premiers siècles après l’invasion de l’Iran par les Arabes, les hypothèses qui courent sur l’histoire de l’installation des Baloutches au sud-est de l’Iran, et les divisions administratives de l’Iran de l’Antiquité à nos jours.

Le Sistân, une région importante pour les Iraniens sur le plan historique

Les Iraniens entrèrent sur le plateau iranien par les environs du lac Hâmoun. Après les deux invasions importantes que connut l’Iran au cours de l’Antiquité - celle d’Alexandre et celle des Arabes - la rébellion contre les occupants étrangers fut toujours initiée par les régions du nord-est et de l’est de l’Iran, dont le Sistân.

Le Sistân, région située dans la partie orientale du plateau iranien, au sud du Khorâssân, a une grande importance historique pour les Iraniens. Au cours du IIe millénaire av. J.-C., les Aryens qui migraient de la Sibérie vers des régions plus méridionales se scindèrent en deux groupes ; un groupe s’implanta en Inde et l’autre groupe se dirigea plus à l’ouest. C’est par le Sistân que ce deuxième groupe d’Aryens entra dans cette région d’Asie qui se nomme Iran depuis cette époque. A partir du Sistân, les Iraniens migrèrent progressivement vers l’ouest du plateau iranien et s’installèrent dans les montagnes du Zagros pour fonder les dynasties Mède et Perse vers le VIIIe siècle av. J.-C. De plus, les textes avestiques les plus anciens font penser que Zoroastre aurait commencé à prêcher - entre 1400 et 1000 av. J.-C. - dans les environs du lac Hâmoun. Les fouilles archéologiques effectuées ces dernières années sur le site archéologique de Shahr-e Soukhteh, situé aux environs de la ville de Zâbol, montrent cependant qu’une civilisation beaucoup plus ancienne, vieille de 5000 ans au moins, a existé dans la région du Sistân avant l’arrivée des Aryens [1].

A l’époque achéménide, la ville principale de Sistân était Zarang, une ville entourée de murs et de fossés remplis d’eau, avec cinq portes en fer pour entrer dans la ville. Zarang était la ville de résidence du gouverneur du Sistân. Dans l’Antiquité, on prononçait Zarang « darangineh », d’où le nom de Drangiane donné à cette province. Le Sistân était la plus grande région productrice de céréales de l’Empire achéménide et l’impôt prélevé dans cette province était par ordre d’importance en troisième position après l’Egypte et la Mésopotamie.

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L’étendue de l’Empire Perse vers 500 av. J.-C.

Après l’invasion de la Perse par Alexandre, les Grecs séleucides régnèrent en Iran. En 250 av. J.-C., les membres d’une tribu nomade de la province de Parthe, dont les ancêtres étaient des Parthes et des Sakas, se rebellèrent contre ces occupants étrangers et fondèrent une nouvelle dynastie iranienne, la dynastie des Arsacides. La Parthie correspondait à l’actuel Khorâssân. Les Sakas, tribus scythes d’Asie Centrale, étaient eux aussi des Aryens. Ils faisaient partie des peuples de l’Empire achéménide comme en témoignent les sculptures qui existent sur plusieurs sites archéologiques - notamment les tombes royales à Persépolis et à Naghsh-e Rostam - représentant les « peuples sujets » en train de porter le trône du roi, et les sculptures qui existent sur les escaliers de l’Apâdânâ à Persépolis, montrant les peuples tributaires de l’Empire achéménide sous forme de délégations qui offrent des cadeaux au roi.

A l’époque des Arsacides, plus particulièrement des rois Farhâd II ou Phraate II (136-128 av. J.-C.) et Ardavân II ou Artaban II (127-124 av. J.-C.), les Sakas – qui vivaient aux alentours des fleuves Syr-Daria (que les Iraniens appellent Seyhoun) et Amou-Daria (que les Iraniens appellent Djeyhoun) - migrèrent plus au sud à cause de l’attaque d’une tribu mongole, et s’installèrent dans la ville de Zarang qui prit désormais le nom de Saguestân ou Sistân, mot qui signifie « le pays des Sakas ».

Les rois sassanides, bien qu’originaires de la Perse stricto sensu - qui correspond à l’actuelle province de Fârs, au sud-ouest de l’Iran - accordaient beaucoup d’importance à la province du Sistân qu’ils considéraient comme l’un des piliers de leur Empire du fait de son histoire, et portaient parmi leurs titres honorifiques celui du Roi du Sistân. Le Sistân continua à être une région fertile à l’époque sassanide ; l’impôt de la seule ville de Zarang était de 1 million de pièces d’or par an lorsque les Arabes conquirent la Perse.

Les documents historiques témoignent de la résistance des Iraniens face à l’envahisseur arabe. Les habitants de certaines régions de l’Iran luttèrent et résistèrent parfois pendant des décennies avant de se rendre. [2] Chaque province de l’Empire créé par les musulmans avait un gouverneur, nommé par le calife. Le calife laissait une assez grande autonomie au gouverneur pour gérer les affaires de sa province, surtout quand celle-ci était éloignée de la capitale du califat. Le gouverneur n’avait que l’obligation d’annoncer chaque semaine à la prière du vendredi que la province était sous l’autorité du califat, de faire frapper les pièces de monnaie de sa province à l’effigie du calife, et d’envoyer à ce dernier une partie des tributs annuels de sa province.

Au cours du troisième siècle qui suivit l’occupation de l’Iran par les Arabes (ce qui correspond au IXe siècle de l’ère chrétienne), les Iraniens des provinces du Khorâssân et du Sistân entreprirent des mouvements d’insurrection contre le calife et fondèrent des gouvernements autonomes. L’éloignement géographique de ces régions par rapport à la capitale du califat facilita probablement leur tâche. La faiblesse des califes abbassides qui succédèrent à Haroun al-Rashid fut également un facteur favorisant la création de ces dynasties indépendantes, les Tâhirides dans le Khorâssân (de 821 à 873), les Saffârides dans le Sistân (de 863 à 900). Les habitants du Sistân avaient probablement aussi à l’esprit que les héros des mythes et des épopées iraniens tels que Rostam et Zâl étaient natifs de leur région, et considéraient qu’il était de leur devoir de suivre leur exemple [3].

Le chef de l’armée insurrectionnelle du Sistân s’appelait Ya’qoub Ibn Al-Layth Ibn Al-Saffâr [4]. Il était un simple chaudronnier, comme son père. Il prit la tête de l’armée des ayyârs du Sistân, qui étaient des soldats de fortune volant aux riches afin de donner leur butin aux pauvres. Ya’qoub et son armée réussirent à rétablir la sécurité dans le Sistân, où les Khavâridjs [5] semaient en permanence des troubles et tuaient et pillaient les habitants. Ya’qoub proclama ensuite un Etat autonome dans le Sistân, et conquit le Khorâssân et le Kermân. Après l’occupation de l’Iran par les Arabes, la langue officielle et administrative fut l’arabe. Ya’qoub Ibn Al-Layth fut le premier dirigeant iranien après l’occupation des Arabes à décider que le persan serait la langue officielle de sa cour ; parler une autre langue y fut désormais interdit. On raconte qu’il refusait qu’on récite ses élégies en arabe, arguant que cela ne servait à rien puisqu’il ne les comprenait pas. La conséquence de cette politique fut que son secrétaire, Mohammad Vassif Sadjestâni, commença non seulement à rédiger les lettres royales en persan mais composa également les premiers poèmes en persan après l’occupation des Arabes. Les Saffârides furent supplantés par une autre dynastie iranienne, les Sâmânides.

Les Baloutches, un peuple d’origine mystérieuse

Nous avons des connaissances limitées sur l’histoire des Baloutches avant leur installation dans cette région qui s’appelait Maka ou Mokrân avant que les Baloutches n’y résident.

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L’étendue de l’Empire perse à l’époque des Arsacides

Le Baloutchistân, qui signifie en persan « le pays des Baloutches », est le nom d’une région appelée ainsi après l’installation des tribus baloutches en son sein. Il correspond globalement aux deux régions de Maka et de Gédrosie de l’époque achéménide, qui étaient limitées au nord par la Drangiane et l’Arachosie, à l’ouest par la Carmanie, au sud par la mer d’Oman et à l’est par le fleuve Indus. Maka faisait partie des provinces de l’Empire achéménide lors du règne de Darius Ier comme en témoignent l’inscription de Behistoun (également appelé Bisotoun) et l’une des deux inscriptions qui figurent sur le tombeau de Darius Ier à Naghsh-e Rostam (Naqs-i Rustam). Les rares documents datant de l’Antiquité qui existent à propos de cette région aride ont été écrits par les chroniqueurs grecs qui suivaient Alexandre dans ses conquêtes. A son retour d’Inde, ce dernier divisa ses troupes en trois groupes qui prirent trois itinéraires différents pour revenir à Persépolis ; un groupe, formé par les soldats les plus fatigués, passa par l’Arachosie et la Drangiane ; un groupe, dirigé par Néarque, emprunta la voie maritime pour faire un état des lieux des côtes iraniennes, des îles et des golfes où l’on pouvait accoster, ainsi que des villes qui étaient sur la mer ; le troisième groupe, dirigé par Alexandre, passa par la Gédrosie, région désertique au bord de la mer d’Oman qui correspond au sud du Baloutchistân actuel. L’armée dirigée par Alexandre et la flotte dirigée par Néarque progressaient ensemble. Pierre Briant écrit : « Dans la première partie du voyage, Alexandre et Néarque se heurtent à des populations barbares, voire « sauvages ». (…) Il ne semble pas y avoir trace de présence de l’Etat central jusqu’à Pura, résidence officielle de la Gédrosie (…) Ce n’est qu’en arrivant réellement en Carmanie que les marins de Néarque eurent la certitude d’être revenus dans un pays civilisé. (…) Dans la première partie du voyage jusqu’au premier contact en Carmanie, la côte est inhospitalière, ne comprend ni halte ni port, les mentions relatives au commerce sont fort rares. » [6]. La plupart des soldats du troisième groupe moururent de soif en traversant la Gédrosie à cause de la chaleur torride de cette région. Alexandre fut obligé de se rendre à Pura – ville appelée actuellement Fahradj, située à quelques kilomètres à l’est de Bam - et de se diriger ensuite vers Persépolis après avoir traversé le fleuve Halilroud et l’actuelle ville de Sirdjân. [7]

Mais ces habitants que Néarque et Alexandre rencontrèrent en Gédrosie n’étaient vraisemblablement pas des Baloutches. Avant l’arrivée des Aryens sur le Plateau iranien, les habitants du sud-est de l’Iran étaient probablement des Dravidiens ; ceux-ci étaient les habitants de l’Inde avant que les Aryens ne s’y installent. Il semble que les habitants de la région actuellement nommée Baloutchistân aient été encore des Dravidiens - également nommés Brahouis - longtemps après l’installation des Aryens en Iran. Arrien, historien romain du IIe siècle qui a décrit les campagnes militaires d’Alexandre, appelle d’ailleurs les habitants de la rive occidentale de l’Indus « les Indiens de ce côté de l’Indus » ou encore « les Indiens montagnards ». La région de Maka fut nommée Mokrân après les conquêtes des Arabes. [8]

L’origine des tribus baloutches n’est pas encore connue de manière certaine et plusieurs hypothèses ont été avancées. Selon certaines hypothèses basées sur l’étude comparée de la langue baloutche - qui fait partie du groupe des langues iraniennes - et d’autres langues indo-européennes, les Baloutches seraient en fait originaires des rives de la mer Caspienne. Les Baloutches, réputés pour leur courage, auraient été choisis par Khosrô Ier Anoushirvân, roi sassanide, pour garder les frontières du nord de l’Iran. Selon cette hypothèse, les rois sassanides auraient fait migrer des hommes de la tribu baloutche pour qu’ils gardent les frontières du sud de l’Iran également. Cependant, il n’existe pas de document relatif aux motifs et à la date précise de cette migration des Baloutches du nord vers le sud de l’Iran.

Quoi qu’il en soit, on relate que les Arabes, lors de la conquête de la Carmanie en 23 de l’Hégire (644 de l’ère chrétienne) furent confrontés à un peuple nomade qui vivait dans les montagnes. La Carmanie correspondait à l’actuelle province de Kermân. Ces nomades montagnards vivaient dans les montagnes des régions de Djiroft et de Bam qui s’étendent jusqu’à la mer. On les appelait les Koutchs ou Koufadjs, mot qui signifie « montagnards » en langue pahlavi [9]. Les Koufadjs étaient des nomades. Ils étaient réputés pour leur banditisme et leur grande violence. Ils parlaient une langue particulière et vivaient sous des tentes. Certains historiens pensent que les Koufadjs étaient en fait des Brahouis. Selon certaines hypothèses, les Koufadjs étaient de la même origine que les Tziganes. Le nom des Koufadjs et celui des Baloutches est presque toujours cité ensemble dans les textes, à partir de la défaite de l’armée du gouverneur de la province de Kermân lors de l’attaque des Arabes, qui eut pour conséquence la migration de nombreux habitants de Kermân vers les régions situées plus à l’est. La plupart des auteurs précisent cependant que les Koufadjs et les Baloutches étaient deux peuples différents. Il semble que les Koufadjs ne craignaient personne à part les Baloutches, réputés pour leur bravoure ainsi que nous l’avons précisé plus haut. Certains auteurs insistent sur le fait que les Baloutches ne commettaient jamais d’actes de banditisme et ne mettaient jamais en danger la vie des voyageurs.

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L’étendue de l’Empire Perse à l’époque des Achéménides

La date précise de la migration des Baloutches vers le Mokrân n’est toutefois pas connue. Certains historiens pensent que les Baloutches ont migré à Mokrân lorsque les Seldjoukides attaquèrent et prirent la province de Kermân, c’est-à-dire au XIe siècle. Selon une autre hypothèse, les Baloutches auraient migré vers les provinces du Sistân et du Khorâssân au cours des siècles qui suivirent la conquête de Kermân par les Arabes, mais ils auraient été repoussés de ces deux provinces à cause des pillages qu’ils y auraient commis. Selon cette version, le roi Mahmoud Ghaznavide (998-1030) aurait chargé son fils Massoud de combattre les Baloutches et ceux-ci, après avoir été vaincus, auraient commencé à migrer vers le Mokrân, puis vers les régions situées à l’est de Mokrân. Le banditisme des Koutchs et des Baloutches est évoqué dans quelques passages du Shâhnâmeh, chef-d’œuvre de Ferdowsi [10] qui date du Xe siècle.

Les Baloutches vivent actuellement dans le Baloutchistân de l’Iran et du Pakistan, ainsi que dans le Sistân en Iran et les provinces du Sind et du Pendjab au Pakistan. Une petite partie de cette tribu vit près de Merv, dans le Turkménistan.

Les divisions administratives en Iran depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui [11]

Historiquement, le Sistân est une province proche du Khorâssân et le Baloutchistân a longtemps été administré par le gouverneur de Kermân. Ce n’est qu’en 1960 que les deux régions du Sistân et du Baloutchistân de l’Iran ont été réunies en une seule province.

Les premières divisions administratives de l’Iran datent de l’époque de Darius Ier, roi achéménide. Elles étaient principalement fondées sur les divisions ethniques, c’est-à-dire que chaque satrapie correspondait globalement à la région où habitait naturellement une ethnie particulière de l’Empire. L’Empire achéménide comptait 30 satrapies selon l’inscription qui figure sur la tombe de Darius Ier. Chaque satrapie avait un gouverneur, que l’on appelait satrape. Ce dernier avait une grande autonomie pour gérer sa province.

Les dynasties qui régnèrent en Iran après les Achéménides - les Séleucides et les Arsacides - continuèrent à administrer l’Iran selon ce même procédé. Lors du règne de Khosrô Ier Anoushirvân, roi sassanide, l’Iran fut divisé en quatre grandes provinces. Celle située dans la partie orientale de l’Empire s’appelait la province du Khevarâssân ; elle englobait le Khorâssân actuel, le Khârezm, le Gorgân au sud de la mer Caspienne, la Bactriane, la Sogdiane, le Sistân et le Baloutchistân. La province de la partie occidentale de l’Empire, appelée Khevarvarân, englobait la Mésopotamie, le Kermânshâh et le Kurdistan. La province d’Avâkhtar, au nord, correspondait à l’Azerbaïdjân, l’Arménie, la Géorgie, la Caucase, le Mâzandarân -que l’on appelait Tapourestân à l’époque-et les alentours du mont Damâvand. La province de Nimrouz, au sud, regroupait le Khouzestân actuel, la Perse stricto sensu -qui correspond à l’actuelle province de Fârs- et de Kermân, et se prolongeait jusqu’à l’Indus en englobant le sud du Baloutchistân actuel. Le roi nommait un gouverneur à la tête de chacune de ces quatre provinces. Cette division administrative avait un aspect militaire et son but était de faire régner la sécurité aux frontières et empêcher l’invasion de l’Iran. Les gouverneurs de ces quatre provinces avaient le titre de Pâzouksbân, qui signifie « gardien de la frontière ». Ils avaient une armée sous leurs ordres. L’armée de l’Iran était d’ailleurs divisée en quatre régiments qui correspondaient à ces quatre provinces. Ces quatre Pazouksbâns de l’Iran bénéficiaient d’une grande liberté dans les prises de décision, mais ils étaient contrôlés par le pouvoir central, qui avait de nombreux espions dans toutes les régions de l’Iran. Chacune des quatre provinces citées plus haut était subdivisée en plusieurs régions, gérées par des gouverneurs.

Après la chute de l’Empire sassanide jusqu’à l’arrivée au pouvoir des Safavides, les divisions administratives de l’Iran changèrent perpétuellement. Les différentes régions de l’Iran furent plusieurs fois attaquées et conquises par les Arabes, puis les Iraniens, puis les Turcs, puis les Mongols, et chaque conquérant gouverna pour un temps avant que son territoire ne soit totalement ou partiellement conquis par un autre conquérant. Les Safavides réussirent à unifier à nouveau l’Iran et à mettre en place un pouvoir central fort. Au cours de leur règne, l’Iran fut divisé sur le plan administratif en quatre provinces du nord, du sud, de l’est et de l’ouest, subdivisées elles-mêmes en régions, comme à l’époque sassanide. [12]

Ces divisions administratives changèrent très peu pendant le règne du roi Nâder Afshâr et des rois de la dynastie Zand ; les rois qâdjârs gardèrent eux aussi les divisions administratives des Safavides.

Il n’y eut pas de véritable loi à propos des divisions administratives en Iran depuis la fin de règne des Qâdjârs jusqu’en 1316 (1937). Seul un complément de loi du 3e article de la loi constitutionnelle votée en 1285 (1906) stipulait que les provinces de l’Iran n’étaient pas modifiables sauf par une nouvelle loi. En 1286 (1907), un décret sur les divisions administratives fut soumis à l’assemblée nationale. Ce décret délimitait quatre provinces principales, les eyâlats, qui étaient dotées d’un pouvoir quasi-autonome. Il s’agissait des provinces d’« Azerbaïdjan », de « Kermân et Baloutchistân », du « Fârs et les ports du Golfe Persique », du « Khorâssân et Sistân ». Ce décret délimitait également une douzaine de provinces plus petites, appelées velâyats, qui étaient sous le contrôle direct du gouvernement ou sous le contrôle des eyâlats cités plus haut, selon les cas. Cette division administrative n’était basée sur aucun critère logique et changea plusieurs fois au cours des trois décennies suivantes, si bien qu’en 1316 (1937), l’Iran était subdivisé en 27 régions de partitions inégales et non équilibrées sur le plan politique et économique.

En 1316 (1937), une nouvelle loi fut votée et l’Iran fut divisé en dix provinces, appelées ostâns, et 49 villes principales, appelées shahrestâns. Les dix provinces étaient numérotées et on les désignait par leur numéro. La province numéro 2 était celle du « Khorâssân et Sistân », la province numéro 4 était celle de « Kermân et Baloutchistân ». Il était prévu dans cette loi que le gouvernement avait le droit de rectifier ces subdivisions administratives selon les besoins.

En 1339 (1960), une nouvelle loi sur les divisions administratives fut votée. Depuis cette date, les provinces de l’Iran (c’est-à-dire les ostâns) sont désormais désignées non plus par des numéros, mais par leurs noms historiques. En 1960, l’Iran fut subdivisée administrativement en 14 ostâns et 6 farmândâri-e kol ; ceux-ci dépendaient du gouvernement central comme les ostâns mais étaient des provinces plus petites. Dans cette nouvelle division administrative, la région du Sistân fut séparée du Khorâssân, la région du Baloutchistân fut séparée de Kermân, et une nouvelle province, nommée Sistân et Baloutchistân fut créée, qui comptait six villes principales : Zâhedân, Zâbol, Irânshahr, Tchâbahâr, Sarâvân et Khâsh. La ville de Zâhedân fut choisie à cette date comme centre administratif de la province.


Bibliographie :

- Ansâri, Fereshteh, Negâhi be farhang-e baloutch (Bref exposé sur la culture baloutche). Cet article existe sur le site , page consultée en septembre 2009.

- Badi’i, Rabi’, Djoghrâfiâ-ye mofassal-e Irân (La géographie détaillée de l’Iran), Ed. Eghbâl, Téhéran, 1991.

- Briant, Pierre, Histoire de l’Empire Perse, de Cyrus à Alexandre, Ed. Fayard, Paris, 1996.

- Dictionnaire encyclopédique en langue persane Dehkhodâ.

- Mourre, Michel, Le petit Mourre (Dictionnaire d’Histoire universelle), Ed. Bordas, Paris, 2004.

- Pirnyâ, Hassan, Târikh-e Iran ghabl az Eslâm (L’Histoire de l’Iran avant l’Islam) In Târikh-e Iran (L’Histoire de l’Iran), Ed. Néguâh, Téhéran, 2006, p. 139.

- Préface éditée par les relations publiques de l’Université de Zâbol In Davâni, Ali, Eftekhârât-e mardân-e Sistân (Les gloires des hommes de Sistân), Ed. Rahnamoun, Téhéran, 2006.

- Zarrinkoub, Abdol-Hossein, Târikh-e Irân ba’d az Eslâm (L’Histoire de l’Iran après l’islam), Ed. Amir Kabir, Téhéran, 1974.


Notes

[1Voir à ce propos l’article de A. Hedjâzi sur Shahr-e Soukhteh, dans ce même cahier.

[2La région de Tabarestân (ou Tapourestân) par exemple, qui correspond à l’actuel Mâzandarân, résista à l’envahisseur et resta autonome au cours du premier siècle qui suivit l’occupation de l’Iran par les Arabes.

[3Les légendes iraniennes racontent l’histoire de ces héros qui se mirent au service des rois d’Iran dans les guerres contre Tourân. Ils furent immortalisés par Ferdowsi dans le Shâhnâmeh.

[4C’est-à-dire Ya’qoub fils de Layth fils de Saffâr.

[5Les Khavâridjs étaient des musulmans extrémistes qui contestaient le pouvoir du calife car ils pensaient que seul Dieu avait le droit de régner. Ils s’étaient exilés dans les régions du sud et de l’est de l’Iran.

[6Briant, Pierre, Histoire de l’Empire Perse, de Cyrus à Alexandre, Ed. Fayard, Paris, 1996, p. 778.

[7Pirnyâ, Hassan, Târikh-e Iran ghabl az Eslâm (L’Histoire de l’Iran avant l’Islam) In Târikh-e Iran (L’Histoire de l’Iran), Ed. Néguâh, Téhéran, 2006, p. 139.

[8Cependant, Pierre Briant cite le nom de Makrân pour cette région dans son livre sur l’Histoire de l’Empire achéménide cité plus haut. On peut donc se demander si cette région ne s’appelait pas Makrân dès l’époque achéménide.

[9Le mot « kouf » signifie « montagne » en pahlavi.

[10Ferdowsi était natif de Khorâssan.

[11Badi’i, Rabi’, Djoghrâfiâ-ye mofassal-e Irân (La géographie détaillée de l’Iran), Tome 1, Ed. Eghbâl, Téhéran, 1991, pp. 213-226.

[12Cela montre à quel point les rois safavides avaient envie d’imiter et de prendre exemple sur les Sassanides.


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