Téhéran. I. 2008.

Poésie, mots pour et vers les étoiles, mots inscrits au sol,
En leur indifférence sans regard, les étoiles ne voient ni ne disent
Poussières à peine
Mots éphémères, un peu, si peu inscrits et déjà s’effacent
Et se dissolvent en la durée et l’indifférence
De ce qui va, va et va et passe
Poèmes, passages, puis rien
Souffles tièdes et parfumés d’un jardin au cœur de Téhéran, quelques roses
Comme un rêve non advenu ou disparu déjà, avant même le réveil
Comme toute chose, si précaire, si peu, à peine
Effacement, oubli, doute sur ce qui fut, sur l’être des choses et
Et la mémoire n’ose

Les mots et les mots encore, errance en l’infini
Vagues et voguent les mots d’une pensée informe encore
Et à venir
Et se disséminent en ces lointains sans horizons, jamais
Errent les mots en les ténèbres, errent
Et ne disent qu’eux-mêmes, perte de leur sens
Et voguent sans fin, hors les temps épuisés, temps de dire
Temps las, non compté
Mots en tous sens, inarticulés, muets en le silence infini des espaces
Mots égarés et hagards, sortis d’eux-mêmes
Lancés si loin, si loin, en la poésie indéfinie

Rien ou presque


Téhéran. II. 2008.

Temps compté, temps conté et raconté
Temps qui fait, temps qui édifie les réalités, de possibles réalités
Temps compté des horloges et des astres
Retour des jours et des jours et des saisons
Temps qui roule et déroule, sans fin
Et puis temps incompté, temps disséminé en l’infini, en l’éternité
Temps des choses dites et advenues
Et cependant dissoutes en l’espace immense où tout s’égare
Choses abolies, mémoire faiblissante, effacement
Temps persan et approximatif, tranquille et vague
Temps des heures passées et dépassées
Roule et roule, va d’ici en là bas, va
De Téhéran à Ispahan
Et passe et passe sous les étoiles
Au dessus des montagnes, en cette pureté du bleu si bleu
Passe le temps persan, approximatif et vague
Temps incertain, courbe et sinueux
Inscrit dans le frêle écho du târ, écho des déserts
Sons errants en l’alentour si vide
Sons malingres et têtus, vagues et
Temps qui va


Iran, Babِlsar. IV. 2008.

Grise et grise la mer
Un peu, à peine de lumière, si grise, sans même un peu de bleu pâle
Grise la mer et les cieux
Et calme la vague, et va et vient la vague
Hors toute mesure, ou juste celle de son va et vient, qui rien ne mesure
Hors les temps comptables, sans fin ou comme

Grise et calme, depuis là bas vers un horizon incertain
Jusqu’à la grève, comme si toute chose s’échouait là
Comme un but à jamais atteint, toujours manqué
Et revient la vague grise, revient et encore
La mer si grise

La nuit, la mer, lents et pesants rouleaux qui s’échouent
Nuit et terrains vagues, espaces indécis
Sans passé ni dessein, vagues et présents
Vagues herbes folles, flaques grasses, abandon
Vagues et sans espoir ni joies, attentes amères de lendemains incertains
Et tellement tristes

Oubli déjà, trop vague
Vagues terrains où rien n’advient, pas même le pire ni le malheur
Et pas même le néant ne s’attarde là
Juste l’indéfini, l’informe, le non advenu
Vagues et sans joie, lieux de si peu, tellement indicibles que

Errance de toute définition.


Téhéran. III. 2008.

Seuls quelques pas comptés
Sur l’asphalte, à peine imprimés, comme en négatif
Comme je ne sais
Pas dans la ville, pas comptés, rythme de la marche
Dissémination de soi en la ville immense, ronflante
Dissémination en le nombre croissant, jusqu’à l’incomptable, jusqu’à je ne sais
Ni jamais ne saurai
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit
Pas et pas inaudibles en ce tintamarre de l’immense bigarrée Téhéran
Entre gris et néons, entre jours et nuits de décembre
Entre terre et ciel
La joie d’être, là, fête
Temps qui passe, pas à pas
Un, deux, trois, quatre pas, encore, cinq, six,
Vers je ne sais où, passe la vie
Ronfle l’immense Téhéran
Passage, comme toute chose, passage


Téhéran, V. 2008

Etrange nuit froide de décembre, nuit tardive et profonde
Silence et absence
Quelques hommes assemblés autour de grands feux de planches
Ombres mouvantes, irréalité

Etrange Téhéran nocturne et déserte
Dangereuse peut être, et noire
Passent quelques taxis improbables et disloqués
Tournent les rocades et se croisent et s’entrecroisent routes et voies

Nuit sous les étoiles de décembre
Ville éteinte et vague, circonvolutions
Insupportable absence des désordres diurnes


Iran. VI. 2009.
Il fut un temps antérieur aux rêves des hommes
Temps où le temps allait, seul en l’espace infini
Temps lui-même infini et insensé
Car alors ni passé ni futur ne se conjuguaient à aucun temps
Ni n’avaient été pensés
Temps où nul ne rêvait encore

Car le vide infini de l’espace
Car le temps qui ne se comptait pas, mais juste allait
En tous sens ou bien aucun
Et puis, les croyances
Et puis Zorvân, dieu d’antan

"Cette modification du temps infini en temps fini est la plus importante de la croyance zorvânite et Zorvân, en raison de la pause qu’il créa au sein de l’éternité fut nommé « Derang Khoutây », qui signifie Dieu de la pause." [1]

Ainsi les dieux, ainsi les hommes comptent le temps
Celui de leurs usages et passages, temps à l’envers, compte à rebours
Pour chacun, pour tous, pour rien ou presque
Passe le temps où s’inscrivent des rêves, avec un avant et un après
Temps inventé avec un passé toujours déjà passé
Un au-delà inimaginable, sauf en des rêves
Temps orienté, temps d’ici bas

Mais le temps de Zorvân, illusion
Car le temps n’échappe pas à l’insensé infini

Notes

[1Arefeh Hedjazi, "Zorvân, dieu du temps et de la destinée", La Revue de Téhéran, N°40, mars 2009,.


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2 Messages

  • l absurdite de l homme 8 novembre 2009 15:28, par dalila

    y a t-il un coeur qui vit en encore
    qui ne tremble pas pour de l or
    j ai l impression que les ames sont mortes
    que l amour nous ferment les portent

    je me demande encore
    si ce monde est fou
    est comment se situer
    si je n est vraiment pas tord
    je sens que je perd le nord

    tant de guerre pourquoi faire ?
    tant de mort pour quel tord ?

    y a t-il une trève ?
    y a t-il un reve ?

    pour que cesse
    le cauchemard de la detresse

    ecoute les crient est les pleurs ecraser
    par les pas du malheur faire le mal
    c est si facile mais l hetre humain est si fragile

    ont fait payer par la douleur des innocents
    qui meurt
    ecoute se qui ceux donne raison
    pour tous detruire a l horizon

    alors tant de guerre pourquoi faire ?
    tant de mort quel tort
    ma reponse est negative
    de mon impuissance de mon coeur
    j assiste est habite l ignorence a mes questions
    ma reponse remplit d excuse souleve
    la violence de mes mots
    je traverse la vie
    aveugle de tout sentiment
    ma memoire fait l amnesie
    de l absurdite de l homme

    ecrit par dalila b

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    • l absurdite de l homme 8 novembre 2009 22:18, par J.P. Brigaudiot

      A Dalila,
      merci pour votre envoi en écho aux poèmes publiés dans la revue de Téhéran ; ça me touche beaucoup cette communication entre inconnus sur le terrain de la poésie, comme votre texte me touche également. Communiquer à travers la poésie c’est abolir les choses inacceptables de la vie, juste pour réver d’un monde autre.
      J.P. Brigaudiot

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