N° 50, janvier 2010

Le tremblement de terre de Bam
Retour sur un triste bilan


Afsaneh Pourmazaheri


Le 26 décembre 2003, un tremblement de terre de 6,5 sur l’échelle de Richter rasa entièrement, en l’espace de sept minutes, la ville iranienne de Bam, ôtant la vie à 30 000 personnes. Triste cerise sur le gâteau, cette tragédie fut aggravée par la destruction de la grande citadelle de Bam, vieille de 2700 ans. Au soir même du drame, les Iraniens portèrent le deuil de leurs infortunés compatriotes et d’une cité devenue site crépusculaire.

La citadelle de Bam avant le tremblement de terre

La vieille Perse, au cours de son histoire, fut à plusieurs reprises témoin de la disparition de ses villes, en l’espace d’un clin d’œil, pour cause de séisme. Chaque catastrophe a entrainé son lot de problèmes économiques, sociaux, culturels et politiques qui ont durablement affecté les générations à venir. La fragilité et l’exposition de l’Iran à de nombreux tremblements de terre n’est certainement pas sans raison. D’un point de vue topologique, le plateau iranien, en particulier les multiples prolongements des chaines montagneuses du Zagros, de l’Alborz et des montagnes Kapeh-Dâgh, est situé sur la ceinture séismique qui va des Alpes à l’Himalaya. Géologiquement parlant, la portion de la croute terrestre qui supporte l’Iran subit également une continuelle pression pour les raisons suivantes : la poussée du plissement alpin, l’ouverture graduelle de la Mer Rouge, le déplacement de l’Arabie vers l’Iran, le déploiement de l’Océan Indien et le glissement continu de la Mer d’Oman sous Makrân. De plus, le plateau iranien, non seulement en raison de sa fragilité, mais aussi pour des causes dues à l’évolution de ses chaînes de montagnes et la pression subie par ses dernières durant plus de vingt millions d’années (pression exercée par deux plaques tectoniques, celles de l’Arabie et de l’Eurasie), possède un manteau supérieur très fragile. En conséquence, le plateau iranien déplore d’innombrables failles dans les régions montagneuses aussi bien qu’en son centre. Cette situation met le pays à la merci des tremblements de terre, notamment dans la région du sud-ouest, comme on a pu le constater avec l’hécatombe de Bam.

La citadelle de Bam après le tremblement de terre de 2003

La ville de Bam est située dans la province de Kermân, au sud-ouest de l’Iran. Cette province est, forte de sa superficie de 186 422 km2, l’une des plus vastes provinces de l’Iran. La ville a les caractéristiques d’une ville du désert. Quant à la vieille citadelle de Bam, elle reste la plus grande citadelle en brique crue et en argile connue au monde. Ce chef-d’œuvre monumental s’étendait, du temps de sa gloire, sur plus de six kilomètres carrés et dominait la pente et le haut d’une colline de pierre sablonneuse, en bordure de la fameuse « Route de la Soie ». La date exacte de sa construction est inconnue mais les archéologues ont estimé son âge à plus de 2700 ans. Elle avait précédemment fait partiellement l’objet d’une substantielle remise en état, mais pendant ses 27 siècles d’existence, aucune catastrophe naturelle ne parvint autant que la catastrophe de 2003 à ébranler de manière significative son imposante structure. Il faut également ajouter qu’elle demeura habitée jusqu’en 1860, avant de devenir un site touristique.

Les destructions à la suite du tremblement de terre de 2003, Bam

Le tremblement de terre de Bam survint le 26 décembre 2003 à 5 h 26 du matin. D’après les données du Centre sismographique de l’Iran [1], l’épicentre du séisme se trouvait à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de la ville, à une latitude de 29°01’ N et à 58°26’ E. [2]

Selon le même centre, l’épicentre de ce tremblement était situé à une profondeur de dix kilomètres. Pourtant, en ce jour de tremblement, il est apparu que la pression du sol allait très vite en décroissant, autour de l’épicentre, en direction de la ville Arg-e Djadid (la nouvelle citadelle) qui ne garde aucune trace de destruction.

Selon des témoins, des secousses produites la veille du drame au soir, ainsi que des secousses ressenties le matin même de l’accident n’avaient pas manqué d’effrayer les habitants de la ville. A tel point que certaines personnes avaient hésité plusieurs heures avant de regagner leur domicile. Sans la persistance du froid et la fatigue, peut-être auraient-elles hésité au-delà de ces quelques heures, en évitant ainsi un bilan humain aussi lourd. L’Iran ne dispose toujours pas de statistiques précises et fiables concernant le nombre exact de morts, néanmoins, il semble qu’il aurait dépassé les 30 000 [3]. Selon les chiffres officiels, environ 50 000 habitants furent blessés et plus de 100 000 ont vu s’effondrer leur habitat.

Bien que le séisme de Bam fût moins destructeur que celui de Mandjile en 1990, du fait de la proximité de l’épicentre, de la densité de population de Bam, et des maisons bâties en brique crue, le nombre des victimes du tremblement de terre de Bam dépassa celui de Mandjile. Ce type de catastrophe est en grande partie aggravé par l’industrialisation, qui favorisa en Iran l’apparition de villes fortement peuplées tout au long du XXe siècle. Ces dernières néanmoins ne bénéficient pas des structures et infrastructures urbaines fondamentales appropriées. A Bam, comme dans d’autres villes du désert iranien, les habitations en brique crue avec leurs murs lourds et leurs plafonds en forme de dôme restent très courantes. Ces dernières furent complètement anéanties pendant le tremblement de terre. Malheureusement, les demeures plus modernes, celles construites en béton et en acier, subirent le même sort.

Comité de secours à la suite du tremblement de terre, Bam

Le tremblement de terre de Bam a non seulement rendu les populations plus sensibles aux problèmes relatifs à l’urbanisme et à l’idée de bien choisir son lieu de vie, mais il a également fait prendre conscience aux responsables gouvernementaux de l’importance centrale d’édicter des règles plus strictes dans ce domaine. Il serait à ce titre utile d’évoquer quelques règles et consignes dont le respect scrupuleux à Bam aurait sans doute permis de limiter de manière significative le nombre des victimes :

Un bon nombre de constructions en béton armé ou d’habitat bâtis autour d’une charpente métallique ont, nous l’avons signalé, subi le même sort que les anciennes bâtisses. Aux spécialistes d’évoquer les raisons d’un tel désastre. Par ailleurs, les secouristes sont arrivés sur les lieux de la catastrophe cinq heures plus tard, et jusqu’au lendemain du même jour, ils ne semblaient guère (selon les témoins oculaires) au courant de la gravité de l’événement. Notons également que la solidité légendaire de la vieille citadelle de Bam (qui a malgré tout tenu deux mille ans et demi avant de s’effondrer) avait eu comme conséquence d’endormir l’opinion publique et de faire oublier la présence des failles sous-terraines. C’est pourquoi aucun effort de prévention n’a précédé le tremblement de terre. Les survivants ont soutenu qu’avec un simple enseignement dispensé à l’adresse des enfants et des personnes âgées, l’étendue de la catastrophe aurait pu être fortement limitée. Fort de cette idée, de solides formations préventives sont à présent envisagées pour les enseignants, aussi bien que pour les écoliers.

Les maisons anciennes en brique crue, avec leurs belles voûtes en berceau, ont survécu au tremblement de terre, et dans quelques cas, les terrasses d’accès n’ont pas souffert du choc grâce à leur architecture adéquate ; preuve que l’on peut aussi avoir recours à l’architecture traditionnelle pour renforcer les édifices. Comble de la tragédie, les habitants de Bam avaient été avertis la veille, nous dit-on, de l’imminence de l’évènement, par les vibrations et par les bruyantes réactions des animaux domestiques.

Tentes du Comité de secours (Komiteh-ye emdâd), Bam, 2003

Après l’annonce de la catastrophe, de nombreuses organisations, organes gouvernementaux, et volontaires du monde entier sont immédiatement intervenus pour soutenir les victimes de Bam. Des représentants des pays étrangers se sont même rendus sur place afin d’apporter personnellement leurs aides aux habitants. De nombreux pays contribuèrent également à fournir de l’aide à la population en affrétant des équipements et des produits en tous genres ; des tentes, des produits alimentaires, des médicaments et des premiers soins. De plus, près de quatre millions de dollars furent réunis en provenance des personnes. Le Croissant Rouge a réuni plus de 25 millions d’euros et le Comité de Secours (Komiteh-ye Emdâd) plus de 5,7 millions d’euros. Un grand nombre de pays ont également contribué à cet effort ; le Japon avec 820 000 euros, la Corée du sud avec 200 000 euros, l’Afghanistan avec 100 000 euros et la Chine avec 152 000 euros. Quelques pays comme l’Espagne ont aussi accordé des prêts allant jusqu’à 20 millions de dollars, à condition que l’Iran fasse en partie appel aux entreprises espagnoles pour la reconstruction de la ville. Le Japon a également accordé un prêt de dix millions de dollars pour la remise en état des infrastructures souterraines comme le réseau des égouts de Bam. Quant à la France, elle a alloué cinq millions de dollars pour le rééquipement de l’hôpital de Bam. De même, des pays comme la Suisse, la Hollande, la Turquie, l’Allemagne et le Japon ont soutenu l’effort de reconstruction.

Pourtant, la ville de Bam est encore, malgré les années, en train de payer le prix du manque de règles (dirons les plus superstitieux) une improbable faute. Après six années passées, malgré les sommes conséquentes d’argent iranien et étranger, les ruines des maisons continuent d’attrister la face de la ville. Les enfants continuent de jouer dans les allés poussiéreuses et encore et toujours le chagrin et le deuil sont visibles sur le visage des habitants de Bam. Il reste à leur souhaiter de pouvoir un jour réellement surmonter le poids de ce désastre.

Sources complémentaires :
- Atari Kermâni, Abbâs, Nadjde Sami’i Samirâ, Zelzeley-e Bam, fâdje’e-yi dar târikh (Le tremblement de terre de Bam, une catastrophe dans l’histoire), ed. Peykan, Téhéran, 2008, p. 504.
- Bayânzâdeh, Akbar, Gozâresh-e zelzele-ye Bam, (Rapport sur le tremblement de terre de Bam), ed. Amouzesh-e irâniân, Téhéran, 2009.

Notes

[1Centre de recherche de sismologie, Janbeh-hâye zelzeleh shenâsi zaminlarzeh-ye 5-e dey mâh-e 1382-e Bam (Les aspects sismologiques du tremblement de terre de Bam, le 26 décembre 2003).

Site internet du Centre international de sismologie et de l’ingénierie du séisme : http://www.iiees.ac.ir/Bam_report_2.pdf

[2Pourtant, d’après Hassan Moghadam, professeur à l’Université San’ati Sharif et Mehdi Zâre’ l’hypocentre ou foyer central du tremblement de terre se situait justement en-dessous de la ville de Bam. Selon ces derniers, cette malheureuse localisation fut la principale cause de destruction de la ville et de sa vieille citadelle.

Zâre’ Mehdi, Gozâresh-e moghadamâti-e shenasi-e manâtegh-e zelzeleh zâdeh, (Rapport préliminaire d’identification des terrains subissant le tremblement de terre), 2003, site internet du Centre international de sismologie et de l’ingénierie du séisme : http://www.iiees.ac.ir/Bam_report_reaccon_farsi.html

[3Centre de recherche sismologique. Site internet du centre international de sismologie et de l’ingénierie du séisme ; http://www.iiees.ac.ir/Bam_report_2.pdf


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7 Messages

  • Le tremblement de terre de Bam
    Retour sur un triste bilan
    9 octobre 2010 14:42, par mohamadi 9371551846

    c’est mangific mademoiselle Afsâneh Pourmazâheri

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  • Bonjour
    Tout à l’Heure j’ai vu des commentaires déplacés sur ce site et qui ont disparus depuis.Tant mieux.
    je voulais juste dire à tous les lecteurs que ce journal est édité avec courage et dédication de la part des journalistes et que la qualité est remarquable. C’est un plaisir de le lire.Le coin des commentaires est agréable et permet de dialoguer en toutes liberté : essayons de respecter ce lieu et le maintenir et évitons d’y écrire des messages offensants ou impolis. ce n’est pas un lieu d’injures ni d’insultes, et je pense vraiment que ceux qui avaient écris ces messages doivent avoir honte.personnellement je suis un simple lecteur qui apprécie l’effort fait par léquipe de rédaction même si je ne suis pas toujours d’accord avec ce qui est rédigé. respectons ce lieu d’échange d’idées et soyons digne du travail accomplit.pour écrire ce genre de chose il faut être un petit misérable et impoli et indigne.
    merci

    repondre message

    • je suis tout à fait d’accord. Il ne faut pas laisser des jeunes embellir la revu téhéran par leur commentaires déplacés. Cela est tout à fait irréspectueux pour le travail des journalistes. c’est inadmissible. J’éspère que cela ne se reproduira plus pour mon journal quotidien. De tout coeur. LOLA (J & T)

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  • Tout à l’Heure j’ai vu des commentaires déplacés sur ce site et qui ont disparus depuis.Tant mieux.
    je voulais juste dire à tous les lecteurs que ce journal est édité avec courage et dédication de la part des journalistes et que la qualité est remarquable. C’est un plaisir de le lire.Le coin des commentaires est agréable et permet de dialoguer en toutes liberté : essayons de respecter ce lieu et le maintenir et évitons d’y écrire des messages offensants ou impolis. ce n’est pas un lieu d’injures ni d’insultes, et je pense vraiment que ceux qui avaient écris ces messages doivent avoir honte.personnellement je suis un simple lecteur qui apprécie l’effort fait par léquipe de rédaction même si je ne suis pas toujours d’accord avec ce qui est rédigé. respectons ce lieu d’échange d’idées et soyons digne du travail accomplit.pour écrire ce genre de chose il faut être un petit misérable et impoli et indigne. je ne crois pas que j’aimerais perdre mon petite ami Dimitri lebreton 4a

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  • Le tremblement de terre de Bam
    Retour sur un triste bilan
    12 octobre 2014 08:48, par ryan sader

    Djibouti, saint-sauveur et guyane ont resenti se seisme :
    Djibouti de bam : 2600 km ressenti apres 2h 1min 53sec
    saint-Sauveur de bam : 5600 km ressenti apres 2h 5min 9sec
    guyane de bam : 11200 km ressenti apres 2h 11min 3sec
    l’intensite de se tremblement de terre a été enregistrer sur une intensite de 9 sur l’echelle MSK.

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  • Le tremblement de terre de Bam
    Retour sur un triste bilan
    8 juin 2017 20:01, par Thierry Dupoint

    Bonjour, depuis peu j’ai un exposé oral sur ce séisme et mon professeur me demande de parler de plusieurs conséquences qu’à causé ce séisme à bam.Sauf que je dois parler des conséquences environnementales et je n’en ai pas trouvé nulle pare...Merci de m’informer si il y en a...

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