Grand mystique et poète persan, Abû Sa’id Abu-l-Khayr est né en décembre 967 (Moharram 357) dans le village de Mehneh situé dans la province du Khorâssân de l’époque. Son père, qui était physicien et herboriste, faisait également preuve d’un vif intérêt pour le soufisme. Abû Sa’id Abu-l-Khayr apprit dès son plus jeune âge les sciences de son époque, la littérature arabe, et reçut une formation approfondie en théologie : il étudia tout d’abord le droit et la jurisprudence islamique durant plusieurs années auprès de l’Imam Abû ’Abdollah Hazari puis, après la mort de son maître, il poursuivit ses études de théologie auprès de l’Imam Abûbakr Qaffâl ou encore de l’Imam Zâher ibn Ahmad. Sa rencontre avec Loghmân Sarakhsi influa de manière décisive sur la suite de son existence : ce dernier l’introduisit auprès du maître soufi Abo-l-Fazl Mohammad Ibn Hassan Sarakhsi, qui lui enseigna les grands principes de sa congrégation mystique, à laquelle il s’affilia. Il se sépara ensuite de son maître et retourna dans son village d’origine pour se consacrer, durant les années qui suivirent, à de multiples exercices spirituels et mystiques. Il revint alors auprès de son maître, qui l’envoya chez un autre maître soufi de Neyshabour, de qui il reçut la kherqe, ou l’habit soufi. Il revint de nouveau à Mehneh où il décida de fonder une "voie" ou congrégation soufie (tariqah) caractérisée par sa modération, sa distance avec les préceptes enseignés par la philosophie, et sa volonté de conciliation entre vie spirituelle et vie en société, rejetant ainsi toute isolation et réclusion par rapport au "monde". Il fut notamment influencé par de grandes figures du soufisme telles que Bâyazid Bastâmi, Hallâj ou encore Sheikh Abo-l-Hassan Kharaqâni qui marqua profondément sa personnalité et ses écrits.

Abû Sa’id Abu-l-Khayr demeure l’une des figures les plus éminentes du soufisme en Islam. Il est l’auteur de nombreux poèmes et dictons en persan et en arabe, rédigés notamment sous formes de quatrains (robâ’i), dont il ne nous reste aujourd’hui que deux recueils : Asrâr al-Towhid (Les secrets de l’unification ou du monothéisme), composé de poèmes et citations rassemblés par l’un de ses petits-fils, Mohammad Ibn Monavvar, plus d’un siècle après son décès, et Hâlât va sokhanân-e Sheikh Abû Sa’id (Etats spirituels et discours d’Abû Sa’id) dont le contenu aurait été rassemblé par Kamal al-Din Mohammad, beau-frère de son petit-fils.

De par ses œuvres et son enseignement transmis de génération en génération au sein et hors de sa congrégation soufie, il contribua de façon décisive à l’enrichissement ainsi qu’à l’évolution de l’ensemble de la tradition soufie. Il fut l’un des premiers à utiliser des métaphores communément employées dans les poèmes d’amour pour décrire l’union mystique et la recherche de l’aimé en Dieu, le tout étant rédigé dans un style simple et dépourvu d’emphase. Il insiste notamment sur le "je" ou le "moi", seule cause, selon lui, de la séparation de l’homme par rapport à son Créateur et de tous les maux de sa vie terrestre.

A ce titre, selon certains récits biographiques, il ne se désignait lui-même jamais par la qualificatif "je", préférant l’emploi du "ils". Le dépouillement de l’égo est donc la thématique centrale de son œuvre. En outre, il insiste sur le fait que le rapprochement et l’union ultime avec le divin ne peut se réaliser qu’en suivant les conseils d’un maître spirituel et par l’intermédiaire de la grâce divine. Enfin, il considérait le soufisme comme étant la réalisation de la vraie signification de l’islam.

Abû Sa’id Abu-l-Khayr est connu pour être dans un état quasi-continu d’extase divine et pour avoir accompli plusieurs miracles. Son utilisation de poèmes et de métaphores basées sur le langage amoureux dans ses sermons en fit la cible de nombreux théologiens qui l’accusèrent de blasphème. Cependant, son immense popularité rendit sans effet ces critiques. Il a constitué une référence pour de nombreux mystiques après lui, parmi lesquels ’Attâr Neyshabouri. Il a rencontré les grands maîtres soufis de son temps, ainsi que les grandes figures scientifiques et philosophiques telles qu’Avicenne, avec qui il a entretenu une correspondance régulière.

Cette grande figure de la tradition soufie et mystique de l’islam est décédé durant le mois de janvier 1049 (Sha’bân 440) dans son village natal.

Extraits de Asrâr al-Towhid, abordant sa conception du soufisme :

Le voile entre moi et Dieu n’est pas le monde, ni le trône divin ; c’est l’illusion du "je".

Passez au travers de vous-même et vous vous retrouverez auprès de lui.

L’illusion du "moi", le paradis n’est qu’absence du "je". L’enfer n’est qu’omniprésence du “moi”.

Si vous n’aspirez pas à sacrifier votre personne, ne perdez pas votre temps avec ces balivernes de soufis.

Le soufisme signifie fixer son regard sur l’Un et vivre à travers l’Un.

La signification du soufisme est de vous débarrasser de ce que vous avez dans la tête, d’utiliser avec parcimonie ce qui est entre vos mains, et de rester inébranlable face à tout ce qui peut vous arriver.

Avoir du ressentiment est une hérésie ; attribuer une chose à une autre cause que Dieu est une idolâtrie. Enfin, la joie est un devoir.


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1 Message

  • Abou Saïd Abu-l-Kheir 6 mars 2017 20:59, par aazam zanganeh

    RBonne Année et Heureux Norouz
    Norouz, le nouvel an persan, et l’une des plus grandes fêtes zoroastriennes, a lieu chaque année le 21 mars, c’est-à-dire le premier jour du printemps. Le jour où la durée du jour et de la nuit s’égalisent. Elle est également fêté dans touts les pays de l’Asie Centrale comme le Tadjikistan, l’Afghanistan, l’Uzbekistan, mais aussi au Kurdistan.
    Cette fête normalement dure14 jours, mais la tradition veut que le 13eme jour tout le monde sort dans les bois et les prairies pour piqueniquer, danser, chanter et célébrer joyeusement la fin de Norouz.
    Une des traditions de Norouz est de dresser une table appelée
    « Haft Sin ». Ce mot veut dire « septe S ». Il faut mettre sur cette table septe objets et nourritures dont les noms commencent par« S ».
    Mais en réalité la signification véritable de ce septe « S » remonte à l’époque zoroastrienne, mais altérée à l’époque islamique.
    Dans la philosophie existentielle zoroastrienne il existe septe énergies bienfaisantes que les hommes et les femmes peuvent acquérir au cour de leur existence. Ces énergies appelées « Amesha Spenta » sont :
    Sagesse, Pensée Juste, Rectitude, Contrôle de Soi, Sérénité, Evolution et Immortalité.
    Chacune de ces énergies sont par ordre les protecteurs, des hommes et des femmes, des animaux, du feu, du ciel et des métaux, de la terre, de l’eau et des plantes.
    En même temps chacune de ces énergies étaient associée à une plante
    telle que : le blé, l’ orge, l‘ avoine, le seigle, le haricot, le riz, le pois, qui étaient essentielles pour la survie des gens au cours de l’année. En tout, elles étaient septe plantes que l’on mettait sur la table de Norouz appelée Haft Sin, pour ne pas oublier qu’il fallait particulièrement cultiver ces plantes.
    Apres la conquête musulmane de la Perse au VIIeme siècle, lorsque les fêtes zoroastriennes furent interdites, mais que les gens voulaient malgré tout les fêter, ils ont appelé les septe « Amesha Spenta », d’abord « Spenta » et ensuite tout simplement « les septe S ».
    Aujourd’hui les « septe S » qui représentaient à l’origine ces puissants symboles spirituels mais aussi naturels ont été complètement détournés de leur sens originels et peuvent être remplacés par n’importe quels mots commençant par la lettre S !
    Khosro Khazai ( Pardis)

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