N° 16, mars 2007

A propos de l’enseignement des langues étrangères à l’université


Afshin Nasimi
Traduit par Mohmmad Amini




Nous proposons à travers ces lignes quelques remarques concernant l’enseignement des langues étrangères en Iran d’une manière générale, et en particulier au sein des universités. Dès l’entrée, il convient d’établir une distinction fondamentale entre l’enseignement extra universitaire des langues, et l’enseignement tel qu’il est pratiqué au sein des institutions éducatives supérieures. Pour ce qui concerne l’enseignement des langues stricto sensu, cette tâche est tout naturellement, et surtout prioritairement, impartie aux instituts de langue, et autres structures similaires. Les facultés de langues étrangères, pour leur part, assument la responsabilité d’accueillir les novices et de leur apporter, dans un premier temps, un complément en matière de langue, mais aussi et surtout, d’orienter le parcourt desdits novices vers une spécialisation disciplinaire. En effet, au cours des quatre ou cinq premiers semestres de leur cursus, les étudiants trouvent l’occasion de compléter leurs connaissances de base ; leurs compétences grammaticales (morphologie, syntaxe, lexique et vocabulaire) ; leur niveau de compréhension de la langue, sensé leur permettre une saisie optimale du contenu sémantique du discours ; la mise en pratique d’une compétence discursive et textuelle ; les rudiments, de la culture cible, qui conduiront qualitativement, via l’articulation des éléments linguistiques sur leur contenant culturel adéquat, à une meilleur assimilation des règles du discours.

Cependant, bien que l’apprentissage de la langue reste l’un des principaux objectifs de l’enseignement universitaire, il n’en reste pas moins qu’il ne constitue pas sa principale vocation. D’une manière générale, les institutions universitaires assument une triple charge de formation, ou plutôt une formation en trois temps : elles développent dans un premier temps les potentialités de l’étudiant autour et par l’intermédiaire des caractéristiques élémentaire d’une discipline ou d’une branche disciplinaire particulière. Cette phase d’apprentissage relève du court terme, et couvre les années de licence. Dans un deuxième temps, l’étudiant trouvera un premier terrain d’application en vue de tester l’efficience de ses acquis. Cette seconde phase, un moyen terme, englobe ses années de master et permettent à l’étudiant d’acquérir une relative autonomie vis-à-vis du corps enseignant dans le cadre d’une recherche ciblée. La troisième et dernière phase concerne la recherche universitaire en tant que telle. En devenant étudiant-chercheur, l’apprenant se voit assigner la responsabilité de développer, en accord avec un directeur de thèse, une problématique particulière et de préférence inédite. Fort de ces présupposés, tout au long de leur apprentissage, les étudiants les plus ambitieux briguent le statut de spécialiste dans leur domaine de prédilection. Dans cette optique, la langue en tant que telle acquiert une dimension quasi instrumentale. Tout en gardant son importance en qualité d’objet d’étude privilégié et de support, elle cède le terrain à l’étude d’autres modes, autrement complexes, de déclinaisons langagières, de discours, bref, de branches disciplinaires toujours en relation étroite avec la langue.

Prenons à présent le cas particulier de l’enseignement des langues dans les universités iraniennes. Dès leur arrivée à la faculté des langues, les nouvelles recrues estudiantines se retrouvent confrontées, non pas à l’apprentissage des disciplines issues de la langue étrangère de leur choix, mais à l’apprentissage de la langue elle-même. Autrement dit, la faculté endosse dès l’entrée les habits élémentaires de la classe de langue. Dans d’autres circonstances, ce point n’aurait guère mérité d’être relevé. Au sein même des universités occidentales, les premiers temps de l’enseignement de langue sont pareillement consacrés à l’apprentissage élémentaire. Cependant, s’agissant du contexte iranien, sachant que les étudiants sont admis en fonction des notes obtenues au concours national d’entrée à l’université et qu’ils choisissent leur discipline en fonction du classement obtenu à l’examen, ils optent rarement de plein gré pour les études de langues. A cela s’ajoute (compte non tenu de la langue anglaise qui reste comme partout ailleurs, la première langue enseignée) leur méconnaissance quasi totale de la langue cible. Fort de ce constat, on imagine aisément les problèmes ultérieurement posés. Les premières années d’enseignement vont être grosso modo consacrées à l’enseignement de la langue mais aussi, enseignement supérieur oblige, à l’assimilation de données générales relatives aux diverses disciplines (littérature, histoire littéraire, approche des théories et des méthodes d’analyse littéraire, linguistique, linguistique appliquée, pratique de la traduction, didactique des langues). Le risque encouru (risque contre lequel le corps enseignant ne cesse de batailler) est de privilégier l’enseignement de la langue au dépend de l’enseignement des différentes matières (littérature et autres), avec pour conséquence la dévalorisation progressive de l’école doctorale. L’autre cas de figure consiste à privilégier cette fois, les diverses branches au dépend de l’enseignement de la langue, ce qui entraînerait inévitablement et de la même manière, une baisse sensible de niveau du côté des apprenants, en condamnant les meilleurs parmi ces derniers à devenir des chercheurs "au rabais".

Précisons pour conclure et pour remercier les personnes concernées qui ont eu l’amabilité d’apporter quelque éclairage à l’épineux dilemme que nous venons de soulever, que le problème posé reste purement théorique et que les faits prouvent a contrario que ce dilemme a pu jusqu’alors être en partie contourné.


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