Le soleil brille. Les filets de lumière fendent les feuilles des arbres et rampent dans les arbustes. La vie grimpe aux arbres comme une giroflée. Elle glisse sur la terre comme un chant. La forêt la respire. C’est le printemps. Tout sent bon. Les essaims se mettent à fabriquer le miel avec les essences recueillies dans les fleurs. Les merles sautillent pour chasser les moustiques. Les moineaux picorent la terre.

Ces jours-ci sont les premiers pour le jeune pin. Un petit pin, mince et vert. Aujourd’hui, il est très heureux. Pourquoi ? On ne sait pas. Peut-être sans raison. Depuis le matin, il regarde les environs et se pose des questions sur ce qu’il a vu. Maintenant il pense aux réponses.

"Seul le silence est grand." La première phrase qu’il entend. Il ne comprend pas. Il regarde au dessus de lui.

- Ah ! pense le pin en lui-même. Puis il demande : Excusez-moi ! Qu’est-ce que vous dites ?

Mais sa question reste sans réponse. Un haut pin, vieux et fatigué, majestueux et grave, aux feuilles parfaitement vertes, le regarde.

- Tu es jeune, dit-il. Vous ne vous êtes pas encore rencontrés. Le jeune lui lance un regard étonné.

Quand l’hiver est venu, tous les arbres sont allés à sa rencontre, dit le vieux. Ils faisaient cela à chaque saison et toutes les saisons leur donnaient les choses qu’ils demandaient : les feuilles, les couleurs, les fruits. Mais les arbres étaient très avides. Ils étaient beaux au printemps, aimables et de belles couleurs en été et en automne. L’hiver leur demanda ce qu’ils voulaient. Chacun formula ses demandes. Ils voulurent plus qu’ils ne pouvaient recevoir. Alors, l’hiver se fâcha et reprit ce qu’il leur avait donné.

Le pin regarde vers le ciel. Il est couvert. On dirait que les nuages courent à la queue leu leu. Ils vont et viennent, rapidement. Comme s’ils venaient chercher quelque chose. Les nuages veulent prendre le soleil, mais ce dernier leur échappe des mains.

Le pin continue : " La terre est verte. L’arbre est haut, majestueux et fier. Le vent vient, puissant et dangereux ; cause de catastrophe. La terre est vide de verdure, toute sèche. L’arbre est blessé et vaincu. Il fait froid. On dirait que la vie prend ses jambes à son cou mais, ailleurs, sous une roche, la terre est encore verte.

Le pin hoche la tête doucement tout en regardant le jeune arbre.

- Peut-être que si l’on regardait au dessus de notre tête, dit-il, on trouverait un pin haut, vert. C’était le seul qui ne voulait rien de l’hiver.

Le pin regarde le jeune en souriant. Il paraît gentil.

- C’est le récit de la forêt, dit-il.

Le jeune lui lança des oeillades.

- C’est un plaisir de faire votre connaissance, dit-il.

- Voici la pluie, cher ami ! dit le pin.

Quelques instants plus tard, une vapeur provenant des environs frôle les troncs, les feuilles, les branches. Le brouillard enferme la forêt de son épais manteau. Tout est silencieux. Comme si une main invisible faisait dormir la jungle.

Si on contemple ce paysage de loin, seul le vieux pin est visible.


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