N° 16, mars 2007

La fête de Tchahârshanbeh Souri


Mortéza Johari
Traduit par

Helena Anguizi


Parmi les cérémonies traditionnelles, le Tchâhârshanbeh Souri compte parmi les plus anciennes fêtes célébrées par les Iraniens. Tchahârshanbeh signifiant mercredi en persan, cette fête consiste à célébrer le dernier mercredi de l’année, et son importance la fait figurer au même rang que les autres grandes fêtes nationales telles que Norouz, Mehregân, Bahmanjâneh ou encore Sadeh.

Parmi ces grandes fêtes, prenons au hasard "Sadeh" que l’on célèbre cinquante jours avant Norouz. Cette tradition date d’il y a plus de mille ans, et plus précisément de l’époque des Samanides et des Ghaznavides. Ces festivités étaient soutenues par les rois de l’époque qui encourageaient les poètes à composer pour l’occasion leurs meilleurs morceaux. A la veille de la fête, de grands feux étaient érigés et la population se rassemblait autour en chantant, dansant et animant le feu.

A l’époque de Beyhaghi, monarque Ghaznavide, c’est à l’extérieur de la ville que l’on allumait le feu qui animait la soirée. De nombreux poèmes lyriques signés Onssori, Farokhi ou encore Manoutchehri, relatent parfaitement de la grandeur de cette fête. Aujourd’hui encore, le 10 du mois de Bahman, les zoroastriens de Kermân célèbrent cette fête qu’ils complètent par une série de cultes religieux.

Le feu était l’un des éléments sacrés pour la race Aryenne, tout comme il l’était chez les romains. D’où l’évidence de sa présence lors des fêtes. A noter également que le feu faisait l’objet d’une véritable vénération à cette époque.

Dans l’Iran actuel, chaque année, le 14 mars, qui coïncide avec la Saint-Simon et qui commémore l’accueil du Christ par Simon, les Arméniens d’Iran allument un feu et célèbrent cette fête en sautant par-dessus les flammes, qui est appelée "Tiarnân Tarâj" en arménien.

En Grèce également, à la Saint-Jean, l’une des fêtes religieuses du christianisme, les festivités se font autour d’un grand feu. C’est une tradition qui perdure et les grecs d’Asie continuent à allumer des feux le 6 mai. En Turquie, le visiteur sera ébloui par les flammes du feu à la fête de "Atâsh Gajeh çi", c’est-à-dire la nuit du feu et qui se tient également le 6 mai.

Comme à l’ancienne, les Iraniens du Caucase allument sept feux qu’ils enjambent en s’amusant. Au Kurdistân, tous les mercredis, on fait la fête. Les gens sortent et s’amusent et dans certaines régions, le dernier jour d’Esfand (dernier mois du calendrier persan), on allume un feu, autour lequel on se rassemble et pardessus duquel on saute comme partout ailleurs, à cette différence que dans cette région du monde, les habitants ont pour coutume de veiller à ce que le feu ne s’éteigne pas jusqu’à l’année d’après à la même date.

Conformément aux anciennes traditions, à Tusserkân aussi, il existe des festivités semblables, auxquelles s’ajoute la fête de la cruche, qui consiste à briser des pots en terre cuite. A cette occasion, chaque famille se procure une cruche ou un pot ancien. En général, la veille de la fête, le père de la famille, épaulé par les enfants émerveillés, remplit de charbon la cruche et y jette une pièce de monnaie. Le récipient est ensuite tourné trois fois au dessus des têtes en récitant un dicton contre le mauvais œil, dans l’espoir d’éloigner tout malheur. La cruche est ensuite emportée sur le toit, d’où elle est jetée hors de la maison.

Bien qu’il existe chez les Iraniens différentes coutumes et manières de fêter Tchahârshanbeh Souri, peu sont ceux parmi eux qui ne célèbrent pas cette fête ancestrale.

"Zardieh man az to, Sorkhieh to az man", qui en somme est un vœu que l’on formule lorsque nous sautons pardessus le feu, et qui signifie : "Que le jaune (en allusion à la faiblesse et à la maladie) disparaisse en moi et la rougeur (la santé et la joie) me soit rendue", est une phrase bien connue, pour tous les Iraniens qui depuis leur plus tendre âge ont appris à animer leur fête avec le feu. Ce feu que l’on allume avec des buissons secs que l’on prend soin de rassembler à l’approche de Tchahârshanbeh Souri. Une fois le feu consumé, grâce à une pelle à poussière, les cendres sont ramassés et jetées dehors, au pied d’un mur. Au retour, la personne qui s’est chargée de cette tâche doit frapper à la porte et attendre d’être interrogée. On lui demande : " Qui va là ? " Elle répond : "C’est moi !", on lui demande alors : "D’où viens tu ?", elle répond : "Du mariage". Cette fois on lui demandera :"Que nous apportes-tu ?" et elle dira : "La santé". Et là elle pourra rejoindre les siens à l’intérieur de la maison.

Une autre belle et intéressante coutume du Tchahârshanbeh Souri à laquelle nous avons fait allusion plus haut est la cérémonie de la cruche. A cette différence que celle-ci consiste à jeter d’une hauteur et à briser une cruche, neuve, n’ayant jamais contenu d’eau. Cet acte est aussi un moyen d’éloigner tout malheur du foyer familial.

Jadis, nos ancêtres étaient persuadés qu’il ne fallait pas garder plus d’un an un récipient en terre cuite. Par conséquent, lorsque l’année touchait à sa fin, toutes les vieilles poteries étaient brisées. Pour eux, garder plus d’un an un quelconque récipient était signe de faiblesse et de pauvreté ; de sorte que pour désigner quelqu’un d’extrêmement pauvre on disait souvent de lui qu’ : "Il garde chez lui une cruche de deux ans". Considérant le fait que le récipient en terre cuite était dépourvu de tout émail à l’époque, cette pratique semble plus logique du fait de l’absence de glaçage, encourageant l’amas de souillure. Et vu les conditions d’hygiène de cette époque, il y avait peu de moyens de débarrasser parfaitement les plats de leur crasse. Le seul moyen était donc de s’en débarrasser. Et c’est de là que vient cette coutume de briser des cruches le soir du Tchahârshanbeh Souri, avec cependant quelques changements liés à l’évolution du temps.

Qui dit Tchahârshanbeh Souri dit fête et qui dit fête dit dégustation ! Une autre coutume de cette grande fête consiste à manger divers mets - surtout des fruits secs -, le tout en famille autour d’une histoire souvent racontée par les plus âgés.


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