N° 27, février 2008

Ibn Yamin Faryoumadi


Monireh Borhani
Traduit par

Babak Ershadi


Amîr Mahmoud Ibn Amîr Yamîneddîne Toqrâ’î Faryoumadî Khorâssânî, alias Ibn Yamîne, fut un homme de lettres érudit, un grand poète et un mystique, né en 685 de l’Hégire (XIIIe siècle) à Faryoumad dans la région du Khorâssân. Il passa son enfance dans son village natal Faryoumad, près de Beyhaq (actuellement Sabzévâr) où il commença ses premières études. Son père, Amîr Yamîneddîne, était un homme cultivé qui, sous l’empereur ilkhanide Sultân Mohammad Khodâbandeh (Oljeitu), avait acheté des propriétés dans le village. Il joua un rôle décisif dans la formation du talent poétique de son fils. Dès son enfance, le jeune Ibn Yamîne fit avec son père des jeux de vers, et plus tard, la correspondance en vers du poète et de son père devint célèbre auprès des gens cultivés de l’époque.

Tombeau d’Ibn Yamîne Faryoumadî

Les hommes de la famille d’Ibn Yamîne se transmettaient le métier d’écrivain à la cour et de calligraphe de père en fils. Ibn Yamîne effectua lui aussi ce métier pendant un certain temps. Comme son père, il se mit au service de Khâdjeh ’Alaéddîne. Après la mort de l’empereur ilkhanide, Sultân Abou Sa’îd (736 de l’Hégire), Khâdjeh ’Alaéddîne devint ministre, et le jeune Ibn Yamîne se rendit avec lui à la cour de Toghâ’î Teymour Khân, le souverain mongol, et passa plusieurs années à Astarâbâd. Lorsque le mouvement des révolutionnaires iraniens, les Sarbedârân, se généralisa au Khorâssân, Ibn Yamîne quitta la cour et il prit part à la guerre qui se déclencha en 743 de l’Hégire à Torbat-e Heydarîeh, entre les Sarbedârân et les troupes de Malek Mo’zeddîne Hossein, gouverneur de Herât à l’époque. Les Sarbedârân dirigés par Amîr Massoud perdirent la guerre. Ibn Yamîne fut capturé par les troupes du gouverneur de Herât et son recueil de poésie disparut. Mais le gouverneur reconnut le jeune poète et l’amnistia. Ibn Yamîne composa un poème en souvenir de son recueil de poésie perdu, et dans ces mêmes vers, il loua le gouverneur de Herât.

Il passa quelques années à la cour de ce même gouverneur et y composa de nombreux poèmes de circonstance, louant le gouverneur et les gens de sa cour. Puis il se rendit dans son village natal pour vivre dans la propriété qu’il avait héritée de son père. Bien qu’il ait passé plusieurs années à la cour des seigneurs locaux hostiles au mouvement des Sarbedârân, Ibn Yamîne resta, au fond de son cœur, fidèle aux Sarbedârân, qui étaient comme lui de confession chiite. Dans les poèmes qu’il rédigea lors de sa retraite à Faryoumad, il cita à plusieurs reprises les leaders des Sarbedârân, surtout Amîr Mass’oud et Nadjmeddîne ’Alî Mo’ayyed, dernier leader des Sarbedârân.

Les correspondances en vers du poète avec son père montrent que le jeune Ibn Yamîne avait voyagé au moins une fois à Gorgân, et certains de ces poèmes laissent deviner qu’il avait même visité Tabrîz, Zandjân, et l’Irak. En 754 de l’Hégire, Ibn Yamîne quitta son village et accompagna le chef des Sarbedârân, Khâdjeh Yahyâ Karrâbî, lors de son voyage dans le Mazandarân et à Astarâbâd, où le chef du mouvement chiite rencontra le monarque mongol Toghâ’î Teymour Khân. Lors de ce voyage, Ibn Yamîne loua le chef des Sarbedârân dans un nouveau poème et se réjouit de la conclusion d’un pacte d’amitié et d’alliance entre les Sarbedârân et le roi mongol. Mais lors d’une soirée de fête à Astarâbâd, les hommes de Khâdjeh Yahyâ Karrâbî poignardèrent le monarque. Après ce voyage riche en péripéties, Ibn Yamîne rentra à Faryoumad et s’isola jusqu’à la fin de sa vie. Il ne composa que quelques rares poèmes dans lesquels il louait le dernier leader des Sarbedârân, Khâdjeh Nadjmeddîne ’Alî Mo’ayyed.

A l’instar d’un grand nombre d’habitants de Sabzévâr et des villages situés près de cette ville, Ibn Yamîne était chiite. On peut d’ailleurs affirmer que ce sont principalement des motivations religieuses qui l’ont rapproché du mouvement des Sarbedârân. Dans certains de ses poèmes, Ibn Yamîne fait également l’éloge de l’Imâm ’Alî et de ses descendants.

Le Dîwân (Recueil) d’Ibn Yamîne réunit ses poèmes, tandis que son Monsha’ât (Correspondances) rassemble ses lettres. Le manuscrit du recueil d’Ibn Yamîne a disparu, ainsi qu’il l’affirme lui-même, en 743 pendant la guerre entre les Sarbedârân et les troupes du gouverneur de Herât. Plus tard, le poète se donna plusieurs années pour réunir de nouveau ses poèmes perdus, en y ajoutant ses nouvelles compositions pour constituer son Dîwân tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Ce Dîwân contient de nombreux éloges à la fois des chefs des Sarbedârân, des ministres, des grands seigneurs, des monarques ainsi que d’autres personnalités importantes du Khorâssân. Dans ses ghazals (dans la littérature persane, forme de versification lyrique majeure), outre le thème central de l’amour, Ibn Yamîne évoque parfois des thématiques ethniques et mystiques, à travers des métaphores et des images originales. Dans l’un de ses masnavîs (forme de versification narrative) intitulé Kârnâmeh (Le Bilan) composé en 741 de l’Hégire, un an avant l’assassinat du ministre Khâdjeh ’Alaéddîne, Ibn Yamîne s’inspire d’une œuvre du même nom (Kârnâmeh-ye Balkh) du grand maître de la poésie mystique Sanâ’î pour raconter l’histoire de sa vie en prenant le vent à témoin.

Dans deux autres masnavîs intitulés Tchahâr Pand-e Noushîravân (Quatre leçons d’Amocharvan) et Anoushîravân-o-Moubadân (Amocharvan et les mages), Ibn Yamîne a réuni des leçons morales et des conseils pratiques de la vie quotidienne, attribués au grand empereur sassanide Amocharvan (en Persan, Anoushîravân). Le recueil reprend délibérément le style, le rythme et le mètre du chef-d’œuvre de Ferdowsî, le Shâhnâmeh (Le Livre des rois). Le masnavî intitulé Madjles-Afrouz réunit des poèmes mystiques d’Ibn Yamîne. Ce recueil comporte également les vers en arabe du poète dont la plupart ont été traduits en persan.

Ibn Yamîne doit sa grande réputation poétique à ses compositions poétiques abordant des thèmes moraux et sociaux. Dans ces vers, le langage du poète tend délibérément vers la simplicité et la sobriété, là où le poète prêche le travail, la mesure, l’équilibre et la modération dans la vie, en appelant les gens à s’éloigner de la cupidité et des vices. Ces compositions poétiques courtes et simples reflètent la vie sociale tourmentée des contemporains du poète au Khorâssân, après l’invasion mongole. Bien qu’Ibn Yamîne ait longtemps été un poète de circonstance louant les "Grands" dans ses vers, il s’attaque également à leurs vices, leur ingratitude ou encore leur cruauté. Le langage d’Ibn Yamîne est sobre, solide et cohérent ; cependant dans ses poèmes lyriques, il ne semble pas pouvoir égaler les grands maîtres du passé ou même ses contemporains. Il nourrit souvent sa poésie de ses expériences personnelles et de sa vie pleine de moments tumultueux, d’où la sincérité et la vérité de sa parole.

Un recueil d’Ibn Yamîne (159 poèmes) traduit en allemand a été publié, pour la première fois, à Vienne en 1852. La traduction en arabe d’un autre recueil d’Ibn Yamîne fut publié à Calcutta en 1865. Un recueil réunissant 100 poèmes d’Ibn Yamîne a été édité, en anglais, en 1933 à Londres. Et enfin, à Téhéran, Rashîd Yâssemî a écrit en 1925 une biographie d’Ibn Yamîne et s’est chargé en 1938 de faire publier une nouvelle édition du recueil en persan du poète. Un an plus tard, Saïd Nafîssî a fait publier à Téhéran, le recueil des Rubâ’iyat (quatrains) d’Ibn Yamîne, accompagné de sa biographie.

Ibn Yamîne s’éteignit en 769 de l’Hégire (XIVe siècle), et fut inhumé près de la tombe de son père, dans son village natal.


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