N° 26, janvier 2008

Lorestân, la terre de bronze


Helena Anguizi



Le Lorestân est l’une des plus vieilles régions d’Iran. Des vestiges de l’âge de pierre, notamment des gravures et dessins retrouvés dans des grottes qui jadis furent habitées par des hommes préhistoriques, font de la province l’un des plus anciens lieux d’habitation, également très célèbre pour ses réserves d’objets en bronze très anciens. En d’autres termes et comme le souligne si bien le célèbre archéologue français Roman Ghrishman "le véritable art iranien se trouve à Lorestân". Cette province compte parmi les régions les plus importantes de l’Iran et, et ses habitants ont toujours cherché à préserver les traditions et les coutumes du pays.

Lorestân et le bronze

Le château de "Falak ol-Aflak"

La civilisation du Lorestân est principalement célèbre pour ses objets en bronze, fabriqués selon la technique dite de la "cire perdue", et plus particulièrement pour ses mors de chevaux ouvragés et décorés de chevaux ou d’animaux fabuleux. L’art de travailler le bronze est chez les artisans du Lorestân, un savoir-faire qui témoigne de plusieurs siècles de culture d’une population à la fois paysanne et guerrière. C’est au cours du 4ème millénaire avant J.-C. que cet art connu son apogée. Le travail sur bronze est un art traditionnel iranien transmis de génération en génération qui servait de moyen de communication entre les tribus de cette époque. Les objets, outils et autres travaux artisanaux de ce genre dont les vestiges ont été découverts, sont surtout des épées, cimeterres, massues et autres armes de l’époque qui sont l’œuvre de grands maîtres du Zagros. De cette époque, il nous reste également des objets de luxe, tels que des bijoux et autres objets servant à l’art de la table et à la décoration.

Khorramâbâd, centre de la province

La vallée de Khorramâbâd est située au centre de la province du Lorestân. Entourée de montagnes qui sont d’excellentes réserves d’eau, la vallée possède de nombreuses sources naturelles à la fraîcheur exceptionnelle, même durant la saison chaude. Un climat unique y a favorisé l’installation de nombreuses peuplades tout au long de l’Histoire. L’abondance des sources, ou encore le magnifique lac de Kio qui permettait et permet encore les échanges entre l’ouest et le sud, font de Khorramâbâd l’une des villes les plus touristiques de l’Iran.

Les attractions de la province

Le fort de Shâpour

La ville de Khorramâbâd possède de nombreux attraits touristiques dont l’un des plus importants est le château de "Falak ol-Aflak". Cette magnifique forteresse d’une superficie de 5300 mètres carrés est érigée au sommet d’une colline et possède une vue splendide. Ce fort, également appelé "Dej-e Shâpour" ou la forteresse de Shâpour, date de l’époque sassanide. Il possédait en ces temps huit tours et des murailles à la fois très hautes et très solides : un parfait lieu de sécurité et une véritable barricade pour parer à d’éventuelles attaques. A l’époque contemporaine, avant la Révolution islamique, il servait de prison. On notera que l’extension et le développement de la ville de Khorramâbâd se sont réalisés à partir de cette même forteresse.

Une source d’eau potable et très fraîche coule tout au long de l’année non loin du fort, irriguant la végétation du parc et alimentant le grand bassin qui s’y trouve aujourd’hui. Outre la grande harmonie et la finesse de son architecture, cette construction possède des trésors exceptionnels parmi lesquels :

- Le tourbillon de pierre, sorte de bassin tournant servant à la répartition de l’eau. Cette œuvre culturelle et historique fait partie des constructions datant de l’époque sassanide.

- Le pont Shâpourî ou Shekasteh (brisé), d’une longueur d’environ 230 mètres et dont la construction remonte également à l’époque sassanide.

La province d’Azna, située à 132 kilomètres au nord-est de Khorramâbâd, possède un climat plutôt froid. Les installations pétrolières, le chemin de fer et l’usine d’alliage l’ont convertie en ville industrielle.

Au pied de la montagne surnommée "Ochtorân Kouh" se trouvent de magnifiques sites naturels, tels que le tunnel enneigé et la vallée du Takht. Parmi les attraits touristiques de cette région, on peut citer l’ensemble de la zone protégée d’Ochtarân Kouh, où cohabitent différentes espèces animales.

Le Daryâtche-ye Gahar

Le lac de Gahar

Le Daryâtche-ye Gahar est l’un des plus beaux lacs d’Iran situé à 121 kilomètres à l’Est de la province du Lorestân. Ce lac brille comme un véritable bijou dans la zone protégée d’Ochtorankouh. Il se trouve à 2400 mètres d’altitude et ses profondeurs atteignent les 28 mètres. L’existence d’une abondante végétation et la beauté du parc naturel l’environnant font de ce lac un haut lieu touristique attirant de nombreux visiteurs tout au long de l’année, et plus particulièrement en été. Le lac est entouré par les sommets de l’Ochtorankouh. Nombreux sont d’ailleurs les alpinistes qui escaladent chaque année ces montagnes pour profiter des beautés du paysage environnant. En ce qui concerne la végétation, toutes sortes d’arbres se trouvent aux environs du lac, dont des chênes, des amandiers ou encore des pistachiers. Dans les forêts avoisinantes, on retrouve des arbres fruitiers divers comme des pommiers, des poiriers, des grenadiers et bien d’autres. Dans cette région, les cultures sont également assez variées, allant de la plantation de toute sorte de céréales aux fleurs sauvages.

La région protégée de l’Ochtorankouh sert de lieu d’habitation à différentes espèces animales dont les chèvres, loups, ours bruns, renards, lapins, aigles, faucons, tortues et poissons. Il y pousse également de nombreuses - et, concernant certaines espèces, rares - plantes médicinales.

Itinéraire

La cascade de Âb-Sefid, Aligoudarz

La principale voie menant au lac part de la ville de Doroud. Il faut ensuite parcourir environ 17 kilomètres pour arriver à la source Khieh et de là, 18 autres kilomètres pour arriver au bord du lac. Le moyen le plus sûr reste les bêtes de somme que louent les indigènes. Hormis ce chemin, il existe une route plus abordable que l’on peut parcourir en voiture. Celle-ci traverse la province d’ ’Alî Goudarz. Il faut ensuite parcourir environ 12 kilomètres à pied pour atteindre le lac. Mais la voie la plus périlleuse est sans aucun doute la montagne : cette route assez dangereuse ne peut être empruntée que par des alpinistes professionnels.

La province de Kouhdasht, à 94 kilomètres au Sud-Ouest de Khorramâbâd, est un site naturel aux attraits touristiques nombreux. Le berceau de la fabrication des fameux objets en bronze se trouve dans cette province, et à ce titre, le nom de cette ville est bien connu de tous les grands chercheurs et archéologues du monde. La grotte de Mir Malass et celle de Botkhâneh, le Gonbade Shâh Mohammad, le bois de Bolourân et le temple rouge de Damlarî comptent parmi les principales attractions de la ville. Ce sanctuaire fait partie de ceux ayant été découverts lors des fouilles dans le Lorestân. Il est bâti au sommet de la montagne rouge de Damlarî et à 6 kilomètres à l’Est de Kouhdasht. C’est un groupe de chercheurs, dirigé par le professeur Schmitt, qui, en 1938, a entamé les fouilles où un nombre important d’objets en bronze ont été découvert.

Située à 110 kilomètres au sud-ouest de Khorramâbâd, Poldokhtar fait partie des régions où les températures sont les plus élevées de toute la province. Le visiteur pourra y admirer la surprenante grotte de Kalmakare, dont les gravures et les objets retrouvés datent de l’époque achéménide.

La perle des océans

La cascade de Bisheh, Ochtorankouh

Les habitants du Lorestân sont des gens très hospitaliers et croyants. Les cérémonies religieuses y sont célébrées en grande pompe. Les mariages, surtout chez les nomades, sont très importants. C’est un spectacle à ne pas manquer, où la musique folklorique rempli un rôle essentiel. Les instruments de musique traditionnels sont le Kamantcheh, le Dohol et le Sorna.

Le climat du Lorestân est continental et peu humide, avec quelques précipitations en hiver souvent suivies de neige. Etant donné que la province est située sur les pentes les plus à l’ouest des monts Zagros, elle bénéficie des précipitations annuelles les plus importantes des régions situées au sud de l’Alborz.

Un climat propice, l’abondance des sources et la terre fertile facilitent le travail des éleveurs et des agriculteurs. Les principales productions sont les céréales, la canne à sucre, et différentes variétés de fruits dont les pommes, poires, cerises, raisins, figues, etc. Le textile et le sucre sont les deux industries les plus importantes de la province.

Dans certaines régions comme Azna ou encore Aligoudarz, on pratique beaucoup l’élevage d’abeilles. La majeure partie des villes de la province sont reliées entre elles grâce à des routes asphaltées.

L’artisanat

La tapisserie est une activité économique centrale ainsi que le plus important métier lié à l’artisanat de cette province ; surtout à Khorramâbâd, Aligoudarz et Doroud.

L’art nomade est constitué essentiellement de guélims et djadjims (sortes de tapis), ainsi que de guivehs, sortes de pantoufles traditionnelles. Il y existe également de nombreux ateliers fabricant des objets décoratifs travaillés minutieusement sur du maillechort ou encore sur du cuir tanné.


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