N° 57, août 2010
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CAHIER DU MOIS
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CULTURE
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LECTURE
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La modernité poétique libanaise est née de la conjonction de plusieurs tendances de fond : dépérissement de la « forme vieille » et des modèles de versification classique qui perdent dans les années 1940 toute valeur normative et toute séduction pour les poètes libanais ; attirance pour le travail des avant-gardes et choc provoqué par la découverte du surréalisme et du « stupéfiant image » ; retour critique du monde arabe vers sa propre tradition poétique, dont les poètes modernes veulent retrouver, par-dessus des siècles de sclérose, la fécondité originelle :
Roger Caillois et Jean-Clarence Lambert ont composé jadis une imposante anthologie, le Trésor de la poésie universelle, qui regroupe et présente en un seul et même épais volume ocre de plusieurs centaines de pages, un florilège de poèmes, de textes traditionnels, tous plus ou moins sacrés. On y retrouve des vers du monde entier, et de toutes les époques ; on y rencontre l’amour, la peur, le feu, le sang, le cortège des grands de la légende et de l’histoire (on peut même y croiser, sous les traits des prophètes de jadis, des hommes du futur).
La dernière exposition de Hossein Maher, qui a eu lieu à Téhéran en février 2010, était une série de grands tableaux représentant des poissons morts et dépecés. Lors de l’entretien que j’ai eu avec lui, Hossein Maher a parlé des thèmes que le poisson lui évoque : le Khouzestân où il a vécu pendant son enfance et son service militaire, l’eau et les rituels de purification qui lui sont associés. Mais les poissons de la dernière exposition de Hossein Maher sont avant tout, pour lui, une réponse enfin trouvée à son questionnement de longue date sur la place qu’il occupe dans la société.
Gibran Khalil Gibran
Traduit par
Ô mon ami, je ne suis pas tel que je parais
L’apparence est la chemise que je porte - une chemise tissée
Par le temps qui me met à l’abri de tes questions et qui te met à l’abri de mon oubli.
Ce « moi » qui est en moi, ô mon ami, demeure dans la maison de l’oubli et y restera à jamais ;
Inconnu et incompréhensible.
Je ne veux pas que tu croies tout ce que je dis et que tu acceptes tout ce que je fais-
Car mes paroles ne sont que le reflet de tes pensées et mes actes ne sont que la réalisation de tes souhaits.
Parmi les grandes figures de la littérature persane, celle de Fereydoun Abou Hâmed Mohammad ’Attâr Neyshâbouri est l’une des plus mystérieuses. Les rares données concernant sa vie et son parcours spirituel et littéraire le laissent encore plus inconnu que Sanâï (poète persan qui vécut un siècle avant lui). Ses parents, sa famille, ses contemporains, ses maîtres et ses voyages font tous partie du côté secret de sa biographie. A ce sujet, tout ce qui a été dit sur lui est entaché de légendes et de probabilités.
Asrâr nâmeh, que l’on pourrait traduire par « Livre des secrets », est l’un des quatre mathnavis [1] mystiques composés par ’Attâr, les trois autres étant Mantiq at-Tayr [2], Elâhi nâmeh et Mossibat nâmeh. L’œuvre complète de ’Attâr corrigée et commentée par Mohammad-Rezâ Shafi’i Kadkani - qui a consacré plus de trente ans de sa vie à ce grand poète mystique iranien – est progressivement publiée depuis six ans aux éditions Sokhan, chaque volume étant consacré à un livre de ’Attâr.
Le Mantiq at-Tayr (Le Langage des Oiseaux), masnavi symbolique et mystique de 4458 vers, est sans doute le plus beau et le plus poétique des ouvrages gnostiques de Sheikh ’Attâr Neyshâbouri, poète mystique iranien des XIIe et XIIIe siècles. Ce livre a également été nommé Maghâmât-e Toyour (Rangs des oiseaux), en référence à sa dimension pédagogique d’enseignement des étapes et des rangs du cheminement soufi. Il met en scène des oiseaux, symbolisant l’homme, qui se mettent à la recherche de leur Roi, le mythique Simorgh.
L’histoire de Sheikh San’ân et de la jeune fille tarsâ fait partie des récits-paraboles figurant dans Mantiq at-Tayr (Le langage des oiseaux), récit initiatique et mystique de Farid ad-Din ’Attâr (v. 1142-1220) racontant le parcours d’oiseaux se mettant en quête de leur roi, le Simorgh, guidés par la Huppe (hodhod). Malgré leur désir de connaître leur roi, les oiseaux hésitent à prendre leur envol, inquiets de la difficulté du voyage et peu enclins à abandonner la tranquillité de leur existence terrestre.
Pendant des siècles, Le Mémorial des Saints (تذکرة الاولیاء) de Farid ad-Din ’Attâr (1142-1230) a joui d’une réputation sans précédent parmi les Perses. Cette légende dorée musulmane du XIIIe siècle retrace les paroles et les prodiges de célèbres soufis. Le contenu de cet ouvrage ne se limite guère à la littérature mystique perse mais inclut également certains aspects de la littérature mystique turque. Cet œuvre offre un aperçu exhaustif du développement intellectuel et spirituel de la mystique musulmane mais ne peut pour autant être considéré comme une source historique fiable des faits concernant le développement du soufisme dans le monde islamique oriental.
Différentes traductions des œuvres de Farid ad-Din ’Attâr ont fait date en Occident, propageant notamment parmi les adeptes du romantisme, les idées du poète. Le Pand-Namêh (ou Recueil de Conseils) est traduit en Occident dès le début du XIXe siècle par Sylvestre de Sacy. Sous le Second Empire, plus exactement en 1863, paraît en France la première traduction de Mantiq at-Tayr (La Conférence des Oiseaux), par l’orientaliste Garcin de Tassy et, à la fin du siècle, celle du Tadhkirat al-Owliâ (ou Le Mémorial des Saints), rédigée en deux volumes par Pavet de Courteille.