N° 24, novembre 2007

Les styles poétiques persans


Ali Hashtroudi & Golâmréza Arjang
Traduit par

Mahnâz Rezaï


Littéralement, sabk, mot proposé comme l’équivalent persan du style, signifie "verser de l’argent fondu dans des moules". Il est à noter que le style poétique diffère de la forme poétique. Celle-ci constitue une catégorie dans laquelle un poème peut être classé et ce classement peut être effectué selon différents critères.

Dans la littérature persane, les oeuvres littéraires sont classées par genres parmi lesquels on trouve l’épopée, la tragédie, la comédie, le roman, la poésie... En classant les poèmes selon des critères formels, c’est-à-dire la longueur et le nombre de vers, le rythme, les rimes, nous pourrons distinguer les formes poétiques persanes telles que le ghasîdeh, le ghazal, le masnavî, le robâî...

Chaque poème, étant classé dans une catégorie formelle, possède aussi son propre style. Le style poétique est en effet la manière dont le poète utilise le langage poétique. Le Golestân (Le Jardin des roses) de Sa’adî et Maghâmât Hamîdî de Hamîdeddîn Balkhî, par exemple, sont tous les deux composés selon la forme du maghâmeh negârî. Mais Sa’adî se distingue de Balkhî de par la nature du vocabulaire qu’il utilise ainsi que par sa façon de construire les phrases et les vers. De même, Veisse va Râmine de Fakhreddîn As’ad Gorgânî et Khosrow va Shîrîn de Nezâmî Gandjavî, sont composés selon la forme du masnavî. Mais comme la vision propre de Gorgânî et de Nezâmî n’est pas la même, le style et le sens qu’ils suggèrent à travers la construction de leurs oeuvres se différencient.

Le style khorâsânien

Durant les premières années du IIIe siècle de l’hégire, c’est-à-dire deux cents ans après l’invasion des Arabes en Iran il y eut une utilisation croissante de la langue arabe par les poètes et les écrivains. Cependant, peu à peu, un mouvement se mit en place en Iran afin de revaloriser la langue, la littérature et la culture persanes. Dès lors, de nombreux poètes iraniens se mirent à composer leurs poèmes en persan. La poésie de cette époque était simple, de style clair, et épurée des images et figures de style compliquées.

Cette poésie comportaient des termes de persan dârî qui ne sont plus en usage aujourd’hui, et était épurée des mots arabes peu usités dans la langue courante et dont la signification était mal connue par la population. La poésie de cette époque avait pour sujet la description de paysages et celle des sentiments intérieurs, notamment religieux. Elle était composée dans les formes de ghasideh, ghazal, masnavî et robâ’ï. Roudakî, Farrokhî, Onsorî, Anvârî, Attâr, Sanâ’ï, et Ferdowsî sont les poètes qui excellent dans le style khorâsânien, qui fut largement usité jusqu’au VIe siècle.

Le style irakien

Au VIe siècle, le langage poétique persan subit une transformation considérable. L’emploi de mots arabes compliqués, d’images difficiles à saisir et de diverses figures poétiques devint plus courant. A cette époque, la poésie abordait plutôt les thèmes tels que le mysticisme, l’éducation morale et l’expression des sentiments. Cette poésie était d’abord écrite dans la forme du ghazal et du masnavî pour être composée plus tard dans la forme de ghasideh, ghat’é et robâï. Nezâmî, Sa’adî, Khâghânî, Djalâleddîn Mowlavî et enfin Hâfez et Djâmî comptent parmi les poètes les plus importants du style irakien qui demeura en vigueur jusqu’à la fin du IXe siècle.

Le style indien

A partir de la fin du IXe siècle, des poètes comme Bîdel Dehlavî, Kalîm Kâshânî, Arafî Shîrâzî et Sâeb Tabrîzî qui vivaient en Inde ou y avaient déjà voyagé, furent considérablement influencés dans leur écriture par les finesses de la poésie indienne, tout en employant un langage très raffiné et non dépourvu d’exagération dans l’emploi des figures et des symboles. Dans ce style, les expressions symboliques porteuses de messages abondent. Ce style de poésie, appelé "indien" ou d’Ispahan, traite davantage de la douleur et de l’échec, et comporte parfois des mots appartenant au langage quotidien. Le ghazal constitue également la forme la plus fréquente de ce style, dans lequel chaque distique porte ordinairement un sens indépendant et différent des autres. L’époque du style indien se prolongea jusqu’au XIIe siècle.

L’époque du retour littéraire

Vers la fin du XIIe siècle, des poètes tels que Hâtef, Moshtâg, Neshât, Soroush, et Ghâ’ânî s’inspirèrent largement des styles khorâsânien et irakien pour écrire des poèmes sous forme de ghasîdeh, de ghazal ou de masnavî.

La poésie des années de la Constitution

A partir de la Révolution constitutionnelle, les poètes s’orientèrent vers la composition de poèmes ayant des thématiques politiques et sociales. Les poètes de la Constitution tels que Eshghî, ’Aref, Farrokhî Yazdî, Lâhoutî, Ashrafeddîn Nasîm Shomâl, ou Malekoshoarâ Bahâr, nous ont légué des poèmes écrits dans un langage simple et clair proche du langage du peuple.

She’r-e now (la nouvelle poésie)

A partir des années 1950, avec la reprise des anciens styles, de nouvelles formes poétiques voient le jour. Cette nouvelle poésie se distingue considérablement de l’ancienne de par les sujets abordés, l’importance accordée aux sentiments, l’expression de la sensibilité de l’âme, l’emploi des allégories et des symboles, le refus des figures vides de sens et l’emploi de mots harmonieux et musicaux. Les poésies étaient d’abord composées de distiques rattachés les uns aux autres. Les meilleurs exemples de ce genre se trouvent dans l’oeuvre de Malekoshoarâ Bahâr. Peu à peu, le poète Nimâ Youshidj se démarqua des moules poétiques courants, créant une nouvelle forme de la poésie qui prit, plus tard, le nom de she’r-e now nimâï (la nouvelle poésie de Nimâ).

Dans le she’r-e now, la longueur des vers dépend du sujet qu’ils abordent et le message qu’ils véhiculent ainsi que les rythmes (place des accentuations et des césures) diffèrent d’un vers à l’autre.

Nimâ Youshidj, Fereidoun Moshîrî, Sohrâb Sepehrî, Mehdî Akhavânsâles, et Ahmad Shâmlou comptent parmi les poètes du style she’r-e now.


Visites: 1646

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.



2 Messages

  • Si moules, moulines, s’enhardit houle 28 décembre 2009 12:05, par Valentini

    « Trois euros le kilo de moules, trois euros le kilo de sardines, qu’est-ce qu’on fait ? »

    On mange les trois euros ! Et alors, comme au premier matin du monde, s’ouvre le labyrinthe des réformes. Par ce complexe, pénétré, selon les lois propres à la communication, un parfum nonpareil, on acquiert le statut de grand Travailleur. S’inscrire, en un éclair, dans toutes les mémoires, est le propre du génie. Catapulté à une telle hauteur, nous est dévolue la capacité à mobiliser notre cerveau, pour reproduire ce type de phrases. Mais au lieu de le faire pour le plaisir d’une oreille avertie, et en un sens innocente, on le fait pour le bien de toute une collectivité forcément indécise. Sinon au nom de quoi écouterait-elle ? Ce bien, rappelons-le, est mécaniquement supérieure au simple plaisir considéré à l’instant, il l’englobe et l’engloutit en un clin d’oeil. Si la collectivité en question ne l’entend pas de cette oreille, on doit en conclure qu’elle n’a pas le sens de l’humour. Sa place au soleil est donc usurpée. Cet humour formidable, au contraire, possédé, sait voir, lui, le bon côté des choses : les trois euros communs aux moules et aux sardines. Parce qu’avec ces moules et ces sardines, que fait-on ? De la merde ! Sauf le respect qu’on lui doit, en tant que chose intégrée à la richesse des nations. Quant aux trois euros, alors là, c’est autre chose ! Ils font le bonheur du grand Travailleur qui du coup n’a pas besoin de pétrole. S’il en a, c’est un plus, pas plus. Merci monsieur Vanier, à qui j’emprunte un tel quartz incongru, de montrer que si le talent est une chose qu’aujourd’hui on monnaie, il a aussi une face indécise où s’anime la réflexion pour peu qu’on lui laisse libre cours. Ce qui suppose un peu d’oreille. Non pour entendre quarante siècles trébuchés devant quarante, deux fois vingt, voleurs, mais pour jouir, si tant est qu’on le veuille, d’une voix charitable jaillit de quelque escarboucle auprès d’une boucle chère.

    Je sais, je sais, rien à voir ! Mais bon ! Faut voir !

    repondre message