N° 19, juin 2007

Zandjân ; Province des artisans


Mahnâz Rezaï


La province de Zandjân se situe au Nord-Ouest de l’Iran, entre l’Est de l’Azerbaïdjan et Qazvin, et s’étend sur une superficie de 22 164 km carrés. La langue du peuple de cette région est le turc azeri. Ses villes principales sont Abhâr, Khodâbandeh, Khorramdâreh, Soltâniyeh, Târom et Mâhnéshân.

L’ancienneté de la ville de Zandjân remonte au IIème siècle avant J.-C. Elle aurait été érigée sous le règne d’Ardéshir Bâbakân, fondateur de la dynastie sassanide. Cette ville s’appelait alors "Shâhin", c’est-à-dire ce qui concerne le Shâh. Elle changea par la suite de nom pour s’appeler Zangân. Sous le règne d’Osmân et après la conquête de cette région par les Arabes (par Barâ-e Azeb), ce nom fut arabisé pour devenir Zandjân.

Au moment des attaques des Mongols, Zandjân et ses environs subirent d’importantes destructions. La région de Soltâniyeh attirait toujours l’attention des Mongols. Après s’être converti au chiisme, Soltân Mohamad Khodâbandeh (Oldjâyto, l’un des rois mongols) fit beaucoup d’efforts pour développer cette région, tout en sachant qu’avant même l’arrivée des tribus mongoles, la région de Soltâniyeh était très importante. La découverte d’objets remontant au 5ème millénaire av. J.-C. telles que des faïences de couleur en sont témoins.

Les métiers manuels

1. Couteau

Ciselure en argent

Zandjân évoque avant tout le couteau. Ainsi, dès son arrivée dans cette ville, le visiteur pourra remarquer l’existence de nombreux ateliers où les artisans fabriquent des couteaux et des magasins où on les vend. En effet, en raison de son ancienneté - il y a environ 4000 ans que l’on y fabrique des couteaux - et de sa qualité, le couteau de Zandjân a acquis une réputation mondiale. Deux cents ateliers de coutellerie avec plus de 7700 couteliers fabriquent ainsi chaque année plus de 700 000 couteaux de toutes sortes : couteaux de cuisine, de chasse, à cran d’arrêt, ornemental, poignards à lames courtes et larges, canifs, épées, couperets, ciseaux et petits marteaux à casser le sucre.

Ces fabriques sont surtout réputées pour leur couteau à tailler la plume qui était fabriqué abondamment à l’époque Safavide, alors que l’écriture nasta’lighe était très à la mode.

Au XVIIe siècle, cette ville fut un centre industriel très important pour la fabrication des armes blanches comme l’épée.

Tchâruq

La fabrication manuelle du couteau est un processus assez compliqué comportant de nombreuses étapes. Les manches de la plupart de ces couteaux sont fait de corne de cerf ou de chèvre ou encore de maillechort. Le couteau se fabrique avec de la lime, de l’émeri, du charbon et un four. Après avoir fondu l’acier dans le four, le maître coutelier le martèle sur une enclume. De nouveau, il le fond et le plonge dans l’eau froide. Puis il commence à le limer pour ensuite l’aiguiser. Cette dernière étape est la plus délicate et difficile : après le premier polissage, le maître recouvre la lame d’une mince couche de chrome pour le rendre plus solide. Il la polit ensuite pour une deuxième fois afin de la rendre plus brillante.

2. Tchâruq

Le Dôme de Soltâniyeh

Tchâruq est le plus ancien des arts manuels de cette ville, avec un passé de 1000 ans. Une partie du vieux bazar de Zandjân est ainsi nommée "zone des couturiers de tchâruqs".

Les tchâruqs sont des pantoufles à talons hauts ou bas destinées aux femmes. On les coud avec des fils de laine ou de soie. Sa semelle intérieure est de cuir. Elles sont souvent de couleurs vives et très diverses, et on y ajoute un ou deux pompons comme ornement supplémentaire. Dans le passé, elles étaient avant tout portées par les femmes riches.

3. Ciselure et orfèvrerie

La ciselure et l’orfèvrerie (malilékâri) ont aussi un long passé dans cette ville. A l’époque de Rézâ Khân, les artisans de cette ville ont à maintes reprises voyagé à Ispahan et à Téhéran, induisant un développement de cet art dans ces villes. L’orfèvrerie est un travail très compliqué qui prend beaucoup de temps et exige une grande minutie. Le maître orfèvre fond l’or ou l’argent en lingots puis le fait passer dans des moules pour réduire son épaisseur à 1 millimètre. Avec les fils obtenus, il orne des plateaux, des verres à thé, des poignées de couteau, des boîtes décoratives...

Les monuments historiques

1. Le Dôme de Soltâniyeh, le plus grand dôme en brique du monde

Ce dôme se situe dans la ville de Soltâniyeh, à 39 kilomètres de la ville de Zandjân. Il fut construit en 9 ans (de 704 à 713 de l’Hégire lunaire, ou au XIVe siècle) sous le gouvernement d’Oljâyto (Soltân Mohammad Khodâbandé).

Rakhtshur khâneh (la laverie)

Avec une hauteur de 48,5 mètres et un diamètre de 25,5 mètres, il est le troisième plus grand dôme du monde après celui de Santa Maria à Florence et celui d’Aya Sûfiâ à Istanbul. C’est aussi le plus grand dôme en brique du monde. Il figure au patrimoine mondial de l’Unesco et est le monument le plus visité par les touristes iraniens ou étrangers.

2. Raktshur khâneh (la laverie)

Cet édifice fut construit en 1347 de l’hégire lunaire dans le quartier le plus fréquenté de la ville. Cet édifice, qui s’appelait alors Bâbâ Djamâl Tchoguri (le fossé de Bâbâ Djamâl), était réservé au lavage des vêtements. Les femmes s’y rendaient surtout en hiver. L’eau de ce lieu était fournie par le canal (qanât) souterrain de Mirbahâeddin. Son fonctionnement était donc très moderne pour l’époque. Elle est aujourd’hui transformée en musée.

3. Le bazar

De par son ancienneté, son architecture et sa structure unique, le bazar de Zandjân est répertorié comme l’un des plus importants monuments historiques de l’Iran. La construction de ce bazar a commencé à l’époque de Aghâ Mohammad Khân Qâdjâr pour s’achever au début du XIXe siècle, à l’époque de Fath’ali Shâh. Au début du XXe siècle, on y a construit des mosquées, des maisons et des hammams. Recouvrant une surface de 15 hectares, il est le plus grand bazar couvert de style qâdjâr en Iran. Etiré comme une longue ligne parcourant la ville du Nord au Sud, il divisait auparavant l’ancienne ville en deux parties orientale et occidentale. Doté de 56 entrées, il reliait entre eux tous les différents quartiers de la ville. Cette ensemble, que l’on appelle aujourd’hui Madjmue-ye bazar-é Zandjân, est divisé en différentes parties selon les objets que l’on y vend avec le "quartier" des orfèvres, des drapiers, des chapeliers,...

4. Kârvânsarâ Sangi (Caravansérail en pierre)

Ce caravansérail se trouve au Sud de Zandjân et fut construit sous le règne de Shâh Abbâs II. Aujourd’hui, une grande partie a été détruite et ce dernier a été transformé en restaurant où l’on sert des plats traditionnels iraniens et où l’on vend des objets artisanaux fabriqués localement.

La mosquée de Seyyed

D’autres caravansérails se trouvent également dans cette région dont le plus important est celui de Sartcham construit au XIVe siècle et qui se situait sur la route commerciale reliant Téhéran à l’Azerbaïdjan.

5. Les hommes de sel (Mardân-e namaki)

En 1993, on a retrouvé des ossements, des vêtements, des cheveux et quelques outils dans la mine de sel de Tchehrâbâd de l’un des villages de Zandjân. Des études archéologiques menées par l’Université d’Oxford ont révélées qu’ils remontaient à l’époque Sassanide, datant donc de 1700 à 2200 ans. Jusqu’à présent, les ossements de sept personnes ont été découverts, attirant l’attention des archéologues du monde entier.

Lieux religieux

1. La mosquée de Seyyed

L’ensemble comportant une mosquée et une école fut construit au milieu du XIXe siècle sous le règne de Abdollâh Mirzâ, le onzième fils de Fath’ali Shâh Qâdjâr. Egalement appelée la mosquée du vendredi ou "Masdjed Djâmeh", la mosquée de Seyyed se situait juste au centre de la ville. Elle est l’un des

monuments important de cette ville construite selon le style qâdjâr et comporte quatre iwâns.

2. Le mausolée de Gheidâr Nabi

Ce mausolée se trouve dans la ville de Gheidâr (Khodâbandeh) au sud de Zandjân, dont l’ancienneté remonte à 5000 ans av. J.-C. Le choix du nom de cette ville a des raisons historiques et religieuses : 1.Gheidâr, en raison de l’existence du tombeau de l’un des prophètes.2. Khodâbandé, en raison de l’existence de la tombe de Soltân Mohammad Khodâbandé. Ce mausolée abrite le tombeau d’un prophète, Salâmân ebn-e Hamal ebn-e Gheidâr, fils du prophète Ismaïl. Au XIVe siècle, l’un des rois mongols reconstruisit ce tombeau sous forme de mausolée.

3. Le mausolée de Ahmad Abhâri

Le monument historique et religieux le plus important d’Abhâr est le mausolée de Molânâ Ghotb-eddin Ahmad Abhâri (Pir Ahmad Zahrnoushe). Situé au Sud d’Abhâr, il fut choisit comme lieu de rassemblement et de mortification par Pir Ahmad et les 400 ascètes soufis.

La nature

Entourée de plaines, de montagnes et de rivières, Zandjân est également doté d’un riche patrimoine naturel. Parmi les atouts touristiques de cette région dans ce domaine, on peut citer la grotte de Kataleh Khor et la nature de la ville Târom.

1. La grotte de Kataleh Khor (la plus belle grotte de chaux du monde)

La grotte de Kataleh Khor

La grotte de Kataleh Khor (ou Kataleh Khorshid) se trouve à 140 km du Sud de la ville de Zandjân et à 80 km de la ville Khodâbandeh. Cette grotte de chaux découverte en 1951 appartient à l’époque jurassique, et a donc près de 120 millions d’années.

Elle est reconnue comme étant la plus belle grotte de chaux du monde de par ses cristaux et ses sept étages.

Contrairement à la grotte Ali Sadr à Hamadân, Kataleh Khor est une grotte presque sèche et sa chaux est plus nette et plus pure. Elle laisse ainsi passer la lumière entre les cristaux, créant ainsi de superbes "gandils" et effets de lumière.

Elle est divisée en trois parties : culturelle, récréative et sportive.

2. Târom, l’Inde de l’Iran

Les jardins d’oliviers de Târom

Située au Nord de Zandjân et à côté de la province de Guilân, Târom jouit d’un climat modéré. Connue pour la douceur de son climat, son sol fertile et la présence de jardins fruitiers, de forêts vierges, de la rivière Gézél Özen et de beaux paysages naturels, cette ville a été surnommée l’Inde de l’Iran. Elle produit de nombreux produits agricoles tels que l’olive, la grenade, la figue, le riz, etc.

Malgré les problèmes sociaux et économiques qu’elle doit aujourd’hui affronter, cette région a su conserver sa culture, ses monuments historiques ainsi que le souvenir de ses grands hommes comme le Sheikh Shahâb-eddin Sohrawardi, grand philosophe et fondateur de la doctrine de l’Ishrâq.


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