N° 25, décembre 2007

La troisième écriture


Rouhollah Hosseini
Traduit par

Shekufeh Owlia


Sa mère lui avait dit avec fermeté : "Tu ne devrais pas faire le premier pas, c’est à lui de le faire, parce que tu es une fille toi, tu comprends ça ?" Je l’ai compris dans ses yeux baignés de larmes tandis que les sanglots lui nouaient la gorge. Un frisson violent me saisit, une sueur froide mouilla tout mon corps. J’avais froid. J’aurais tant aimé partir ! Si j’avais eu la tête baissée, je serais sans doute parti… comme le jour où on m’annonça la mort de ma mère ou le jour où on m’informa du départ de mon père… comme le jour où j’appris que j’avais eu la meilleure note à l’examen d’entrée à l’université, ou le soir du mariage de mon frère où tout le monde me désignait du doigt comme pour dire, "(…) c’est lui le frère du jeune marié !’’ et mes tantes s’exclamaient : "Nous aimerions tant te voir un jour en costume de noce ! Toi, le beau prince.’’ Et en fin de soirée, pendant que les coups de klaxon célébrant le bonheur des jeunes mariés déchiraient le silence de la nuit, je longeais en silence le ruisseau qui passait devant notre jardin pour rentrer au lever du jour en traînant la jambe, et pour m’entendre dire de la part de mon oncle : ’’Dis donc Ali, où est-ce que tu as couché hier soir ?’’ Et distrait, je répondais : ’’J’ai dormi juste là, dans la petite chambre de derrière.’’ Perplexe, il se tournait dans le sens indiqué, se grattant pensivement la tête et enfin déclarait : ’’Viens donc ranger la literie dans le placard ! Tout le monde est épuisé par la journée d’hier." Et moi, je ne désirais que partir.

Ma pauvre mère se faisait des cheveux blancs en pensant à mon avenir. Elle avait coutume de dire : ’’Mon fils à moi, il est toujours dans les nuages et ne fait que flâner du matin jusqu’au soir. Je crains qu’il ne reste oisif toute sa vie ! Je lui ai répété des milliers de fois qu’il est en âge de se marier, mais que voulez-vous, il ne prête jamais l’oreille à mes conseils de mère. Comme on dit, la femme c’est la vie ! S’il se marie, je pourrais mourir en paix !’’ Je ne voulais pas qu’elle souffre davantage, sinon je lui aurais murmuré au creux de l’oreille : ’’Tu m’as fait cadeau de ce qu’il y a de plus cher au monde : la vie… je t’en suis reconnaissant et n’attends plus rien de toi !’’ Elle se contentait de dire d’une voix étouffée : ’’Que Dieu nous pardonne tous ! ’’ Ensuite, son regard chargé de mélancolie me fouettait les mollets pendant que je sortais. Je me sentais las. Ma tête était lourde, je remontais la ruelle sombre jusqu’à la rue principale. Depuis mon enfance, j’aimais dévaler les rues qui descendaient à perte de vue. Elles me donnaient toujours envie de partir. Je me mettais en chemin.

La ville sentait le midi, le soleil et le ragoût de mouton. J’avais la nausée, je pressais le pas pour m’en éloigner, pour me diriger vers les bois où des milliers d’arbres m’attendaient. Si seulement il m’était possible de pénétrer leur tronc afin de ne plus faire qu’un avec eux ! Non, c’était impossible. Alors, m’accotant à un des arbres, je prenais une branche sèche entre les mains et je commençais à dessiner des traits ça et là sur le sol. J’avais beau essayer, même au sommet de la montagne, c’était impossible.

Je savais bien que c’était impossible. Le chapitre était clos depuis longtemps. Il était déjà trop tard… Il me fallait continuer à vivre dans ce monde comme tous ceux qui m’entouraient ; porter des vêtements chics, conduire, avoir des enfants, sourire à la vie quoi ! Mais en réalité, il s’agissait d’une autre question : j’aimais la vie beaucoup plus que tous ceux que je fréquentais… j’en débordais même. C’est pourquoi, lorsqu’elle a dit : ’’je t’aime’’, je n’ai pas paniqué, je ne me suis pas effarouché non plus. J’ai pris une inspiration profonde, m’apprêtant à lui dire que moi aussi… mais je n’ai pas pu, je ne sais pas pourquoi. J’aurais tant voulu partir. Si mes yeux n’avaient pas croisé les siens, je serais sans doute parti. Mais son regard se changea en miroir où venaient se refléter mes amours, tous ces moments de ma vie où je lui disais : ’’je t’aime’’ et qu’elle me quittait. Elle partait à jamais, et moi, je restais seul, sans nouvelles, chaque fois, jusqu’à la fin de ma vie. Combien de fois en descendant la rue, j’avais souri avec amour à toute passante qui posait son regard sur moi ! Pourtant, on aurait dit que mon regard les laissait indifférentes. C’était à croire que je ne les avais jamais vues, que mes yeux avaient croisé au hasard les leurs, que je n’étais jamais passé par cette rue. Je soupçonnais même que j’étais devenu une ombre moi aussi, comme celles que les autobus tracent l’hiver sur la façade froide des maisons en ciment. Moi, par contre, je ne voulais pas disparaître dans l’indifférence, comme si de rien n’était.

J’étais convaincu qu’elle mourrait, si jamais je partais. J’en étais sûr et certain. Sans moi, elle perdrait sa raison d’être. Si je suis resté, c’était peut-être pour dire, qu’une erreur quelconque avait été commise, qu’un facteur important avait été omis, que l’histoire, après tout, s’était peut-être trompée. Je voulais crier à pleins poumons : "ne dites pas qui doit faire le premier pas…’’ Je voulais hurler : "L’amour est au-delà de vos travaux de comptable !" J’étais donc persuadé que mon nom serait gravé à jamais dans les cœurs et les âmes des générations futures en tant que parangon de fidélité : "celui qui ne s’éloigna pas alors de sa bien-aimée et qu’il aima même davantage…" J’avais donc décidé d’engager autrement cette histoire d’amour. L’occasion se présentait enfin de contribuer à refaire l’histoire, en frayant un nouveau chemin pour les amants des générations futures. Je voulais dire : "Il y aussi ce chemin-là ! Après tout, l’histoire n’est-elle pas la somme de nos vies quotidiennes ?"

Pourtant, plus j’y pensais, plus l’envie me prenait de partir. Ainsi, mes croyances s’effaçaient doucement pour laisser place au monde angoissant des mots. J’avais une peur bleue de tout ce qui était mots, phrases. Même mes propres paroles m’effrayaient ! Plus les termes que j’employais étaient alambiqués, plus ils perdaient leur sens. J’avais réalisé depuis fort longtemps qu’il n’y avait aucun asile pour moi dans ce monde. Mais je souhaitais trouver place un jour quelque part au milieu des mots. J’avais lu un bon nombre de livres sur l’exil des écrivains et des poètes. Ils avaient trouvé refuge dans les mots le jour où plus personne n’avait saisi le sens profond de leurs paroles. Non seulement ils n’avaient pas perdu espoir, mais au contraire ils avaient vaillamment poursuivi la voie qu’ils s’étaient tracés car ils croyaient à la force de leurs idées. Moi par contre, je… fuyais les mots. C’est à croire qu’à l’aide des mots, je creusais ma propre tombe … que les mots me conduisaient vers une mort certaine. C’est pourquoi, quand on m’apprit que j’avais remporté le premier prix de ’’l’Association des écrivains’’, j’eus mal au coeur. Une seule pensée m’habitait : j’aurais tant aimé partir. Le jour de la remise des prix, lorsqu’on m’invita à monter sur scène, l’envie me prit de m’en aller par la porte noire de derrière, en prenant le plus sombre des corridors. Une fois monté sur la tribune, je ne trouvais rien à dire, pas le moindre mot au milieu de tous ces applaudissements et de ce brouhaha. La tête me tournait, j’avais mal au cœur. Un drôle de sentiment m’envahit, où s’entremêlaient la douleur et la crainte. L’angoisse me déchirait le cœur. J’ai levé une main tremblante comme pour annoncer que… mais comme de coutume je n’ai rien pu dire. Je voulais seulement partir. J’ai descendu les marches et je me suis mis à arpenter la rue.

Dans la rue, elle me serrait la main et lançait : ’’Hé ! Où est-ce que tu vas ? Tu es toujours dans la lune !" La fièvre envahissait m a main qu’elle lâchait rapidement. Elle allait fixer des yeux les boutiques où l’on vendait de nouveaux modèles de foulards. Mes mains gelaient, elles suaient de partout. Elle se retournait alors vers moi et, changeant soudain de ton, me demandait perplexe : "Celui-ci me va bien ?’’ Au loin, les couleurs se mêlaient, formant un royaume magique et inaccessible où seules les ombres semblaient proches. Comme d’habitude, j’hésitais… je me sentais si seul au milieu de cette foule ! J’aurais tant aimé partir.

-Ali, écoute-moi donc. Tu es encore dans les nuages ? S’écriait-elle.

-Quoi ? Je suis juste ici, à tes côtés. Oui, celui-là te va très bien.

Elle riait comme pour dire : ’’Que le ciel te vienne en aide !" Puis elle plongeait au milieu des châles aux couleurs éclatantes, comme un papillon qui volerait d’une fleur à l’autre. Elle était si belle lorsqu’elle tournait en rond comme ça, sans mot dire ! J’aimais la façon qu’elle avait de fixer les objets d’un air rêveur. ’’Est-ce que celui-là me va ?’’ demandait-t-elle encore, avec une moue dédaigneuse. Ebloui par son charme, je m’exclamais : ’’Tu sais quoi ? Tous les vêtements du monde t’iraient bien, ma belle Vénus. Belle comme tu es, même drapée dans une pièce de tissu blanc, tu serais parée comme une reine.’’

’’Allez un peu de sérieux ! Sois plus moderne dans tes goûts, toi le passionné de l’antiquité grecque ! ’’ me reprochait-elle.

D’un geste léger de la main, elle touchait alors mon nez et moi, je restais là à attendre qu’elle finisse par descendre son doigt sur ma bouche et de là… Mais hélas, rien. J’avais la tête lourde, c’était comme si j’avais cogné mon front contre des milliers de miroirs qui allaient voler en éclats, comme si, dans un angoissant amalgame, des pleurs, des rires et des cris s’étaient joints. Et tout cela parce que j’avais envie de partir.

A la tombée de la nuit, il se mettait à pleuvoir. Nous trouvions refuge sous les auvents des magasins. On fixait les voitures qui roulaient à toute vitesse en nous éclaboussant au passage. Elle déclarait sur un ton plaintif : ’’Ils ne savent même pas conduire, ces rustres ! ’’ Le sommeil me gagnait peu à peu ; mes paupières s’alourdissaient. Je fermais les yeux, reposant la tête contre les murs froids de béton. Elle avait froid, elle se collait à moi et mon corps devenait tout chaud… je brûlais ! Dans mes rêves, je devenais le feu vert de l’intersection. Moi, je devenais vert, vert comme le froid et elle, elle devenait rouge, rouge comme la chaleur… Entre nous, le feu était toujours orange, orange comme l’hésitation. Le feu passait au vert et tout le monde me traversait, j’étais traîné au ras du goudron des rues et des trottoirs. Le vent commençait à siffler, l’emportant. J’avais beau courir à perdre haleine, il m’était impossible de l’atteindre, elle était loin devant moi. Elle s’écriait alors : ’’Dépêche-toi, paresseux !’’ Elle avait raison, je n’étais qu’un lâche après tout. Je traînais des pieds, mes épaules tombaient mollement et ma tête pesait lourdement sur ma nuque, je ne savais pas pourquoi. Je ne parvenais jamais à rassembler mes membres pour faire de mon corps celui d’un homme bien fait. J’avais souvent essayé de développer ma musculature, mais à vrai dire c’était peine perdue. اa ne me rapportait que de la fatigue. Je me fatiguais à tel point que je voulais dormir tout de suite après ces exercices, pendant des heures et même pendant des jours, les jours de neige, les jours de la fin du mois d’Azar [1].

Je la vis l’un de ces jours-là, debout, en attente, au coin de la rue, avec ses bottes noires : svelte, mignonne, de longues jambes. Elle était d’une telle beauté que j’en eus le souffle coupé. Je décidai un instant de m’en aller, de l’oublier ! N’y parvenant pas, je me penchai pour faire une grosse boule de neige que je lançai de toutes mes forces vers sa poitrine pour lui couper le souffle. Elle en eut le souffle coupé. Elle se répandit doucement sur le sol comme les barils de pétrole qu’on répandait, enfant, en hiver, dans les ruisseaux, avant d’y mettre le feu. Quand je m’approchai d’elle, elle battait encore des cils. Elle m’attendait. Dans ses yeux, je lisais l’attente. Elle s’écria : ’’Te voilà enfin ! اa m’a plu. Je te trouve bien audacieux !" Mais hélas, je regrettais ce que je venais de faire. On aurait dit que de longues années s’étaient écoulées depuis mon regret. Elle m’avait tout de même reconnu. J’enviais son intelligence... Je m’étais dénoncé. Tel un cocon elle s’enroula autour de ma raison. Je ne voyais plus clair. J’étais tombé amoureux. "Je suis amoureux ! Tu es amoureux ! Il est amoureux !" A force de le répéter, je me suis mis à tousser. Je me penchai sur le trottoir. De ma bouche baveuse jaillissaient des caillots de sang. On aurait dit des miettes de poumons. Rouges, elles avaient la couleur des belles grenades que ma grand-mère déposait avec soin sur la nappe du korsi [2] au plus froid de l’hiver. Mon grand-père prenait toujours place à la tête du korsi et nous, les petits, on plongeait sous la couverture à l’autre extrémité, à l’endroit le plus froid. On en profitait pour jouer à glisser nos pieds sur les mollets blancs des filles ! Et si jamais ma cousine nous dénonçait ? Si l’oncle comprenait ce qu’on faisait ? Il s’écriait de temps en temps : "Pour l’amour du ciel, qu’est-ce que vous foutez là-dessous ?" De peur, on retenait nos souffles.

Comme on aimait relever des défis lors de ces soirées ! "Eh ! Voyons voir qui peut retenir son souffle le plus longtemps possible, c’est d’accord ?" Et tous s’empressaient de dire : ’’C’est d’accord !’’ Aux dernières secondes, l’épreuve devenait insupportable. Nos visages ressemblaient alors à ceux de cadavres gonflés, remontant à la surface de l’eau. J’imaginais toujours ainsi le visage gonflé des morts. Aux dernières secondes. Ce défi, je le relevais aussi sous l’eau. Prenant une profonde inspiration, je plongeais au plus profond de la rivière et m’enfonçais à tel point que je ne retrouvais plus le chemin du retour. Ma tête touchait la vase. Là, je pensais vainement pouvoir me cacher. Je n’en pouvais plus. Aux dernières secondes. Effrayé, je remontais à la surface, le visage livide. Et l’année suivante, quel était mon désarroi lorsque je m’apercevais passant par là, qu’il n’y avait plus aucune trace de la rivière ! Et la nausée me prenait. J’aurais tant aimé partir. Je cherchais la mer. Dans ses ténèbres, il devenait possible, peut-être, de se cacher.

Sous la pluie de toutes ces années, toutes les nuits, je me dirigeais vers la mer. Celle-ci, tantôt houleuse, tantôt calme, m’attendait toujours au loin. Parfois, je la voyais en rêve me frapper si rudement le crâne que je me réveillais aussitôt en sursaut, mes cheveux et mon visage humides de sueur, d’une sueur froide aussi salée que l’eau de mer. Respirant péniblement, je sortais de mon abri en toute hâte. Le vent dans les cheveux, j’avançais avec la vitesse de l’éclair vers les vagues mouvementées de la mer. On se heurtait de front ! Je me disloquais au milieu de l’eau, de la pluie et du vent. Je devenais alors ce drapeau vert, planté sur le rivage, qui s’effaçait de la vue au milieu des vagues dansantes. "Voyons Ali, ne soit pas si têtu ! Ne vois-tu donc pas le drapeau rouge qui flotte au loin ? Si tu fais un pas de plus, c’est la mort assurée !" Elle s’inquiétait pour moi. Effrayée, elle me fixait de ses yeux grands ouverts, j’aurais dit un tableau rouge et noir, un tableau que j’aurais vu je ne sais où. Son regard se mêlait à l’éclair, collait à mes pieds, me jetant à terre sur la rive. Epuisé, je m’enfonçais dans un sommeil profond.

En ouvrant les yeux, je voyais que j’étais bien au chaud, enveloppé dans une couverture, accroupi près du feu dans une cabane enfumée située au cœur de la forêt. "J’en ai marre de tes sottises. Arrête, nom de Dieu, arrête ! Tu ne peux pas t’imaginer comme j’ai eu mal au dos en te tirant jusqu’ici" disait-elle. Mais en réalité, ça faisait des années que j’avais arrêté. Depuis ces jours anciens où je retenais mon souffle le plus longtemps possible.

Au milieu de la forêt, je tournais autour des arbres jusqu’à en avoir mal à la tête. Je touchais de la main leur écorce, les caressant, les sentant dans le seul but que l’un d’eux m’engloutisse enfin. Pénétrant la chair des arbres, je sillonnais leurs anneaux à la vitesse de la lumière pour m’élancer enfin vers la cime. Comme un singe. Mais c’était impossible. Une joie et une peine indescriptibles m’envahissaient. Je m’apitoyais sur mon sort. Elle avait pris le soin de me dire : ’’Tu vas te tuer à la tâche comme ça." C’était chose faite, depuis des siècles déjà. J’étais devenu une ombre errant sous deux yeux qui, une fois l’an, s’ouvraient avec peine au passage pesant du vent et du temps. J’écorchais au crépuscule le visage du soleil d’où jaillissait un sang chaud qui éclaboussait l’horizon. Le monde tout entier plongeait dans un silence profond, sans précédent. Je me roulais du fond de la nuit vers l’horizon où le ciel, au comble de ma douleur, effleurait les lèvres de la mer. "Comme je suis misérable, Roya !" me suis-je écrié. Ces paroles retentirent dans ma tête tel l’aboiement d’un chien tombé dans un torrent glacé. Je me suis réveillé en sursaut.

***

Il était neuf heures du matin. "Merde !" J’étais bel et bien en retard. Les cérémonies allaient avoir lieu dans moins d’une demi-heure. Quel scandale d’arriver en retard un tel jour ! Je me suis précipité dans la salle de bains ; il me fallait vite prendre une douche et me raser. Je me suis approché du miroir. Même après onze heures de sommeil, j’avais encore les yeux rouges de sang. Incroyable ! Tout à coup, ma pensée vola vers Roya. Elle m’avait sûrement passé un coup de fil entre-temps. Zut… j’avais bien dix appels en absence sur mon portable. Ce n’était pas le bon moment pour faire la grasse matinée. La cérémonie de remise du prix allait commencer dans un quart d’heure. Elle m’avait pourtant supplié d’être là à l’heure, la pauvre. Elle avait déclaré : ’’Tu te rends compte l’écrivain, tu vas enfin devenir célèbre après avoir travaillé toutes ces années." Je me suis rendu au garage à toute vitesse, mais ma vieille bagnole ne démarra qu’au troisième essai. J’étais si pressé que je ne me suis même pas donné la peine de fermer la porte à clé. J’ai monté la rue Velenjak, j’y étais presque. J’entendais au loin les murmures de la foule. Mes yeux tombèrent sur Roya qui, au milieu de l’animation et à côté de sa mère, jetait un coup d’œil inquiet à sa montre. En les voyant l’une à côté de l’autre, j’ai constaté pour la première fois à quel point elles se ressemblaient. Une cinquantaine de mètres nous séparait. J’ai garé ma voiture dans la rue qui menait au bâtiment de la société des écrivains et je suis descendu. Je pouvais voir tout le monde sans que personne ne me voie. C’était une rue étroite, assombrie par endroits par l’ombre des arbres. Il n’y avait plus qu’une vingtaine de mètres me séparant de la foule. J’ai soudain et machinalement tourné dans une petite ruelle en pente. Un cours d’eau ruisselait sur le bas côté. J’ai descendu la pente au rythme du ruisseau.

Notes

[1Azar : le neuvième mois du calendrier persan.

[2Korsi:Terme turc désignant les anciens poêles où l’on brûlait du bois.


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