N° 11, octobre 2006

Ici, le ciel n’a pas d’étoiles


Shima Moallemi


Ici c’est le royaume du Soleil. Il y a longtemps que la terre y est devenue sèche, salée et amère. Pourtant, prise entre les mains du Soleil et du Ciel, elle a un cœur fragile et ravale ses chagrins au fond d’elle-même. Il suffit de creuser un peu pour arriver à une source où est caché le secret de son cœur ; secret si douloureux que chaque racine l’ayant découvert n’a pu le supporter et a succombé.

Ici, lorsque je me réveille, je n’entends aucun oiseau chanter. Il y en a bien sûr, des pléthores, mais leur chant est toujours étouffé par un bruit plus assourdissant, un bruit monotone, indispensable à la vie des hommes qui habitent ici : celui du climatiseur. En effet, ce n’est pas avec la racine du marronnier que j’ai découvert la contingence, mais avec le ronronnement de ce moteur.

Tout est monotone ici, non seulement la vie mais aussi les odeurs, les couleurs et les sons.

Je regarde par la fenêtre et je vois le vent qui torture les arbres frêles. Il est le messager funeste des verdures fragiles et apporte la gaieté aux plus forts, les palmiers. Les flammes inspiratrices n’ont nulle autre fonction que de radoucir leur dureté et leur orgueil. Une datte n’accepte de mûrir que si elle distingue sur le visage des hommes cette couleur marron.

Seul l’espoir fait subsister les hommes à la peau foncée, l’espoir seul…

La terre est sèche et ses herbes brûlées. Le vent souffle toujours et pénètre au plus profond de mon être, je sens ma tête qui chauffe ; puis le vent remonte à la surface de mon visage en chassant l’eau qui se trouve sous l’épiderme.

Il faut couvrir les fenêtres et tirer les rideaux pour empêcher le soleil d’entrer dans l’intimité de nos maisons. Les palmiers ne peuvent plus supporter cette charge. L’attente des hommes atteint enfin son but.

A l’instant précis où le Soleil est obligé de nous quitter et que la loi de la nature s’impose à sa volonté, à cet instant précis seulement, le Soleil rompt avec la terre pour laisser la ville aux mille reflets naître du cœur de l’eau. Le spectacle de la beauté peut alors commencer. Les hommes sortent de leurs demeures pour fêter ce triomphe.

Ne sachant où se distraire, ils commencent à errer dans les rues qui s’emplissent de milliers d’êtres.

Heureusement, cette distraction ne dure que deux ou trois heures et les hommes se soumettent de nouveau à la chaleur toute puissante, redevenant des sujets bien obéissants. Ils retrouvent vite la compagnie de leur climatiseur.

La ville retombe dans le silence et la paix. Quelques cigales chantent et les grenouilles croassent. Le Soleil absent a laissé sa trace sur la terre, sur les feuilles de chaque plante, sur les joues des hommes ainsi que dans leur cœur, sur un ciel rouge de fureur et de chagrin de n’avoir aucune étoile à refléter. Oui, ici, le ciel n’a pas d’étoiles. Et au moment où ce dernier s’incline pour baiser la terre, son seul consolateur, le Soleil, vient interrompre l’instant sacré pour rétablir son règne brûlant.


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